L’Institut Nazareth: de l’école spécialisée pour les aveugles au centre de réadaptation, un parcours de plus d’un siècle

Parcours historique de l’Institut Nazareth fondé à Montréal en 1861 et dirigé par les Sœurs Grises jusqu’en 1975. Aperçu des transformations structurelles et organisationnelles engendrées par les mutations sociales qui ont marquées la fin du siècle.

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L’Institut Nazareth: de l’école spécialisée pour les aveugles au centre de réadaptation, un parcours de plus d’un siècle

Je remercie les organisateurs et organisatrices des Après-midi à la carte de m’avoir invitée à vous entretenir de l’Institut Nazareth qui a été, pendant de nombreuses années, non seulement l’école que j’ai fréquentée, mais mon principal milieu de vie et le foyer de mes apprentissages scolaires, culturels et sociaux.

Pour refaire avec vous le parcours plus que centenaire de l’Institut Nazareth, le propos sera de nature historique. Il sera illustré par des images de lieux, de situations et d’individus, images qui devraient contribuer à concrétiser le propos et peut-être à faire revivre des souvenirs.

Je consacrerai l’essentiel de mon exposé aux origines de l’Institut Nazareth, sa fondation et son évolution jusqu’en 1975, (date de la cessation de ses activités comme établissement privé dirigé par les religieux). Puis, j’exposerai sommairement les transformations structurelles et organisationnelles de l’Institut Nazareth, transformations engendrées par les mutations sociales.

L’Institut Nazareth s’inscrit dans le rayonnement du dynamisme et de l’innovation de deux fortes personnalités françaises du XIXe siècle, de deux grands leaders dans le processus de la scolarisation des aveugles: Valentin Haüy et Louis Braille. En effet, ces hommes sans lesquels de très nombreuses institutions (dont l’Institut Nazareth) n’auraient peut-être jamais vu le jour, ont été des agents de changement, des accélérateurs de l’histoire. Voilà pourquoi il me semble indispensable de vous les présenter.

Monument Valentin Haüy

Dans le contexte troublé de la fin du XVIIIe siècle en France (celui de la révolution de 1789), Valentin Haüy, homme dynamique, convaincu et convainquant, fonde à Paris en 1784 la première école pour aveugles, l’Institut royal des jeunes aveugles. Il concrétise alors la volonté d’offrir aux aveugles, dans un cadre institutionnel, un parcours scolaire. Valentin Haüy donne beaucoup de visibilité à son action parce qu’il veut préparer le public à croire aux possibilités des aveugles et aussi, parce qu’il veut se procurer des subsides. Avec Valentin Haüy, une accélération de l’histoire s’engage pour les aveugles, puisque ses initiatives mettent en route un immense mécanisme social qui ne s’arrêtera plus. En effet, une ère nouvelle commence avec lui pour les aveugles du monde. Un peu partout, on songe, comme lui, à éduquer les aveugles et des écoles spéciales s’ouvrent par exemple à Saint-Pétersbourg en 1803, à Berlin en 1804, en Autriche en 1805, etc. Après l’Europe, l’Amérique (les États-Unis 1829, puis le Canada 1861) s’engagent sur la voie de la formation organisée des aveugles. Valentin Haüy a donc joué un rôle déterminant dans la libération et la réintégration des aveugles dans la société et son nom a été donné à une très importante et toujours très influente association française pour les aveugles, l’Association Valentin Haüy fondée en 1889.

Buste de Louis Braille

Si la scolarisation des aveugles en institution immortalise le nom de Valentin Haüy dans l’histoire, c’est l’invention d’un système tactile d’écriture et de lecture qui immortalise le nom de Louis Braille. Si l’on peut considérer Valentin Haüy comme un agent de changement au niveau social et institutionnel, l’on peut parallèlement considérer Louis Braille comme un agent de changement en éducation, en pédagogie et en alphabétisation pour les aveugles.

Faire accéder les aveugles à l’éducation dans un cadre institutionnel sans les techniques et les outils permettant la maîtrise de la lecture et de l’écriture, cela pouvait paraître insensé. Il est vrai que la technique du gaufrage du papier, technique introduite par Valentin Haüy, permet d’obtenir des lettres tactilement tangibles. Il s’agit en fait d’une adaptation de l’alphabet visuel auquel on donne du relief et aussi de l’ampleur. Cette technique de lecture a été utilisée par les premiers élèves de l’Institut royal des jeunes aveugles (dont Louis Braille). À l’usage, elle s’est pourtant révélée trop complexe pour permettre une lecture tactile fluente; de plus, cette technique ne permet pas à l’aveugle d’écrire.

L’invention qui allait se consolider avec Louis Braille est d’un tout autre ordre. Et c’est Charles Barbier, ingénieur français et officier dans la cavalerie, qui donne le coup de barre, qui marque le changement de cap et ouvre la voie à Louis Braille en ne se référant plus à l’imagerie de l’alphabet romain.

Sonographie de Charles Barbier

Il conçoit un système basé sur le point et non plus sur le trait. Pourtant, la motivation de Charles Barbier n’était pas de permettre aux aveugles de lire, mais bien de trouver un moyen de communication entre les troupes pendant la nuit sans recourir à la lumière. Voilà pourquoi il invente, vers 1808 (un an avant la naissance de Louis Braille), un système d’écriture nocturne punctographique basé sur un code phonétique arbitraire et déchiffrable par le toucher. De plus, il met au point un moyen ingénieux d’impression des caractères reposant sur l’emploi d’une tablette et d’un poinçon, procédé qui sera utilisé aussi pour le braille.

Bien que Barbier n’ait pas initialement conçu son système à l’usage de l’aveugle, il s’intéresse à cette application et présente son système à l’Institut royal des aveugles en 1821. Des élèves vont l’expérimenter et, parmi eux, Louis Braille.

Après 4 ans de travail à partir du système de Barbier (soit en 1825), Louis Braille (qui n’a que 16 ans) a conçu l’essentiel de son procédé qui s’est développé sur des bases empiriques et par un esprit ingénieux confronté aux contraintes de la cécité. En 1829, Louis Braille présente un premier exposé de sa méthode sous le titre: Procédé pour écrire les paroles, la musique et le plain-chant au moyen de points à l’usage des aveugles et disposés pour eux.

Alphabet braille : apprenez le braille
Alphabet braille

C’est dans la version définitive de 1837 que Louis Braille témoigne de l’influence de Charles Barbier; il écrit alors: «Si nous avons signalé les avantages de notre procédé sur celui de cet inventeur, nous devons dire à son honneur que c’est à son procédé que nous devons la première idée du nôtre».

Ce qui différentie fondamentalement le système de Louis Braille du système de Charles Barbier, c’est que, d’une part, la matrice des points passe de 12 à 6 et que, d’autre part, de phonétique, le système devient orthographique.

Par le braille, le message communiqué, qu’il soit de nature alphabétique, numérique ou musical, demeure intact, mais l’imagerie tactile du système est totalement différente et autonome par rapport à l’imagerie visuelle. C’est d’ailleurs ce changement fondamental d’approche qui a été critiqué et qui a occasionné de grandes résistances. Les principaux arguments des adversaires de la méthode braille étaient fondés sur la crainte de voir s’élargir par l’adoption d’un alphabet qui n’est pas d’emblée lisible par tous, le fossé séparant l’univers des voyants de celui des non-voyants.

Ce n’est qu’avec le braille, technique d’alphabétisation qui bouscule tous les procédés précédents et va, envers et contre tout, s’imposer, que l’instruction va s’épanouir pour les aveugles. Le système braille est actuellement en usage dans le monde entier et pour toutes les langues, y compris l’arabe, le japonais, le chinois, etc. Le braille n’est pas une langue, mais une technique de lecture et d’écriture à usage tactile.

Louis Braille est né en Seine et Marne le 4 janvier 1809. Il perd la vue à 3 ans à la suite d’un accident. Il fréquente d’abord l’école du village, puis entre à l’Institut royal des jeunes aveugles à Paris le 15 février 1819. Très tôt, il développe un goût particulier pour la classe de musique. Si Louis Braille a pu organiser avec une exceptionnelle précision sa notation musicale, c’est qu’il a lui-même étudié, puis enseigné la musique, en plus d’être titulaire des grandes orgues d’églises à Paris. Atteint de tuberculose dès l’âge de 26 ans, Louis Braille n’en poursuit pas moins ses activités de chercheur et d’innovateur, de professeur et de musicien pendant toute sa vie. Il meurt en 1852, alors que l’école où il a été formé et où il a fait carrière est devenue, en 1843, l’Institut national des jeunes aveugles sise depuis lors au 56 boulevard des Invalides dans le VIIe arrondissement de Paris. Cette école demeure un important centre de formation pour les aveugles.

Paris Institut national des jeunes aveugles: Photo Ralph Treiner

C’est deux ans après la mort de Louis Braille (soit en 1854) que commence la diffusion du braille à l’extérieur de la France. C’est en 1854 également que le futur fondateur de l’Institut Nazareth de Montréal, Benjamin-Victor Rousselot, s’embarque pour le Canada. Il a été précédé en cela par Paul Letondal, autre compatriote et contemporain de Louis Braille, formé comme lui à l’Institut national des jeunes aveugles et professionnellement actif comme professeur de musique et organiste à Montréal depuis 1852. L’un et l’autre allaient jouer des rôles de premier plan dans l’éducation et l’instruction des aveugles à Montréal, mais aussi dans le développement social et culturel.

Benjamin-Victor Rousselot
Paul Letondal

Benjamin-Victor Rousselot est né le 17 janvier 1823 à Cholet, au coeur de la Vendée. Il est ordonné prêtre à Paris en 1846. À cause de la fragilité de sa santé et de la faiblesse de sa vue son projet d’entrer chez les Sulpiciens est ajourné; il le réalise néanmoins quelques années plus tard. À compter de 1854 et jusqu’en 1889 (année de son décès) on le retrouve à Montréal où son action sociale et son influence ont laissé de profondes traces. Il est d’abord directeur spirituel de l’Hôpital des Soeurs Grises, puis, curé de deux importantes paroisses: Notre-Dame et Saint-Jacques. Il s’intéresse d’ailleurs à la restauration et à l’embellissement de ces deux églises. Il est associé à presque toutes les oeuvres de charité et d’enseignement qui ont alors fleuri à Montréal. À titre d’exemples, il introduit les Salles d’asile, fonde L’hospice Saint-Joseph et L’hôpital Notre-Dame, fait établir les religieux Trappistes de Oka au Lac-des-deux-Montagnes, crée L’orphelinat agricole de Montfort, prend une part active à la construction de L’école du Plateau et à l’organisation de L’école polytechnique, assume les fonctions de président de la Commission des écoles catholiques de Montréal de 1867 à 1886. Mais son oeuvre de prédilection est l’Institut Nazareth duquel il sera chapelain de la fondation jusqu’en 1866.

Monsieur Rousselot croit que l’instruction, excellente pour tous, est encore plus nécessaire à l’enfant atteint de cécité. Il décide d’instruire les enfants aveugles, de développer leur intelligence, de les préparer à gagner leur vie par l’exercice d’un métier, d’un art ou d’une profession libérale, à se rendre utile dans la société et à devenir des citoyens honnêtes, laborieux, et indépendants.

C’est donc dans ce but qu’il fonde, en 1861, l’Institut Nazareth, école mixte pour jeunes aveugles francophones catholiques, et qu’il confie cette mission scolaire et sociale aux Sœurs Grises de Montréal qui en assumeront les responsabilités et la pérennité jusqu’en 1975.

Institut Nazareth rue Ste-Catherine à Montréal

Les premiers locaux de l’Institut Nazareth sont aménagés rue Sainte-Catherine, à l’emplacement actuel du complexe de la Place-des-Arts. Les vieux bâtiments ayant hébergé cette école pendant plus de 70 ans seront démolis pour permettre l’érection du nouvel ensemble.

On ouvre d’abord une classe sur le modèle de l’Institut national des jeunes aveugles de Paris. Cependant, sans matériel adapté, l’enseignement est d’abord exclusivement oral. Mais rapidement, soit vers 1865, Paul Letondal initie les religieuses au système braille. Elles pourront alors l’enseigner aux enfants dont elles ont la charge. Ce qui fut rapidement fait puisque les archives des Sœurs Grises révèlent que la méthode braille a été enseignée pour la première fois le 5 février 1866.

Leçon de lecture braille
Leçon de lecture braille

Parce qu’il est important pour M. Rousselot de procurer de la lecture à ses aveugles, il s’implique dans les deux voies de solution qui s’imposent: s’approvisionner à Paris (mais il faut des sous) et faire transcrire des ouvrages (il faut des ressources humaines).

Les liens entre l’Institut Nazareth et la Commission des Écoles catholiques de Montréal se tissent rapidement puisqu’ils datent de mai 1868, alors que M. Rousselot assiste à la réunion du bureau des commissaires au cours de laquelle «(…) il est résolu que l’école des aveugles soit placée sous le contrôle des commissaires et qu’une subvention annuelle de 180 $ lui soit accordée.» Cette année-là, l’école compte déjà 44 aveugles; elle en comptera 70 deux ans plus tard.

C’est cependant en 1890 que l’Institut Nazareth adopte le programme d’études de la Commission des écoles catholiques de Montréal mettant ainsi de plus en plus l’accent sur la vie académique et l’enseignement technique et professionnel. L’enseignement de la musique, pour sa part, y est déjà fort développé. Rudimentaire qu’il était à la fin des années 1860, il est progressivement devenu beaucoup plus organisé. À cette même époque, on observe que l’accordage est déjà enseigné et que, dans le cadre d’ateliers, la vannerie et le rempaillage, entre autres, sont déjà pratiqués.

Toujours soucieux de faire évoluer la scolarisation des aveugles, M. Rousselot, lors d’un séjour à Paris en 1875, posera deux gestes déclencheurs d’un grand dynamisme pour l’Institut Nazareth. Il fait l’acquisition d’un système d’imprimerie en braille qui permet la production des livres les plus usuels du cours primaire. Au secondaire, les professeurs et les élèves s’imposent la tâche de transcrire à la main leurs manuels scolaires. Parallèlement, il convainc une diplômée de l’Institut national des jeunes aveugles de venir à Montréal.C’est ainsi que Rosalie Euvrard arrive à Montréal en 1876. Avec la collaboration de Paul Letondal et des religieuses, elle travaille à la réorganisation de la vie scolaire et musicale de l’Institut Nazareth. L’éventail des matières académiques s’élargit et la musique, considérée comme l’une des carrières les plus rémunératrices accessibles aux aveugles, s’impose comme une composante essentielle de la formation à l’Institut Nazareth. C’est en 1881 que Rosalie Euvrard rentre en France.

Rosalie Euvrard

Mais Paul Letondal, installé à Montréal depuis trente ans, père d’une famille de musiciens et d’artistes remarquables au Québec, poursuit sa collaboration avec les religieuses de l’Institut Nazareth. Pianiste, organiste (à la Chapelle du Gésu, entre autres), violoncelliste, compositeur et professeur (au Collège Sainte-Marie), homme cultivé et musicien exceptionnel, Paul Letondal doit être considéré, selon Gilles Potvin, comme l’un des pionniers de la profession de musicien au Canada. Premier musicien aveugle connu à s’installer au Canada, on le retrouve partout: membre fondateur de l’Académie de musique de Québec, de la Revue canadienne, etc.

Arthur Letondal

Son fils, Arthur Letondal, grand musicien et professeur qui a très certainement hérité des dons de son père, mais non de sa cécité, a enseigné à l’Institut Nazareth pendant 55 ans, soit de 1900 à 1955. Sept des élèves de Arthur Letondal remportent le prix d’Europe et parmi eux: le pianiste et organiste aveugle, Paul Doyon, la pianiste Gilberte Martin et le compositeur Clermont Pépin. Ces deux derniers musiciens sont au nombre des personnalités musicales qui, tout au long de l’histoire de l’École de musique de l’Institut Nazareth, ont collaboré, avec les Soeurs Grises, à la formation de plusieurs générations de musiciens aveugles.

Paul Doyon Prix d’Europe
Gilberte Martin
Clermont Pépin

On le voit bien, 1876 s’inscrit, dans l’histoire de l’Institut Nazareth comme une date des plus importantes, celle des débuts de l’École de musique, École qui connaîtra une évolution et un rayonnement considérables au Québec. Cette École ne sera-t-elle pas considérée par certains au début du XXe siècle comme le premier conservatoire de musique à Montréal? Rappelons que la loi pour le conservatoire ne sera votée que le 29 mai 1942 et que les cours ne commenceront qu’en janvier 1943.  Rappelons aussi que Gabriel Cusson, ancien élève de l’Institut Nazareth, sera alors au nombre des premiers professeurs du Conservatoire de musique de Montréal.

Gabriel Cusson
Gabriel Cusson

Au cours de toute son histoire, l’École de musique de l’Institut Nazareth est dirigée par des religieuses. Mais très rapidement, soit à partir de 1880, le corps professoral se compose, outre de religieuses, d’anciens élèves et de musiciens choisis parmi les sommités du monde musical du Québec.

Les instruments enseignés sont le piano, l’orgue, le chant et le violon. On observe l’existence d’une fanfare entre 1870 et 1903 et, jusqu’en 1940, un chœur à voix mixtes fort réputé.

À compter de 1883 et ce jusqu’en 1933, les élèves de l’École de musique de l’Institut Nazareth présentent tous les ans un concert public à Montréal. Ces concerts constituaient des événements culturels recherchés et appréciés. Les programmes et compte rendu de ces concerts annuels publics révèlent:

    • que le répertoire et les prestations sont de grande qualité,
    • que les auditeurs y sont nombreux (entre 600 et 1500),
    • que les auteurs français contemporains (Debussy, Ravel, Fauré, Honneger, Lily Boulanger, Vierne, Dupré) y sont abondamment joués,
    • que la musique canadienne est au programme (Henri Gagnon, Achile Fortier, Pierre Vézina, Gabriel Cusson: ces deux derniers ayant étudié, puis enseigné à l’Institut Nazareth).

Les journaux font écho à ces concerts. C’est ainsi que l’on peut lire vers 1925 sous la plume de Henri Letondal dans le journal, Le Canada:

«Actuellement, l’Institut de Nazareth est ce conservatoire de musique dont on rêve de doter Montréal un jour. Il faut bien se rendre à l’évidence puisque les élèves aveugles se montrent d’une si jolie force en solfège, en théorie et en harmonie, aussi bien que d’une exécution parfaite.».

Les étudiants les plus avancés de l’École de musique donnent des récitals d’orgue dans la chapelle de l’Institut Nazareth décorée par le peintre-architecte Napoléon Bourassa.

Chapelle de l'Institut Nazareth rue Ste-Catherine à Montréal
Chapelle de l’Institut Nazareth rue Ste-Catherine à Montréal
Conrad Letendre

Selon Conrad Letendre, formé à l’Institut Nazareth, l’âge d’or de cette école se situe entre 1905 et 1930. Pour illustrer cette affirmation, voici quelques faits marquant et personnalités musicales dominantes formées par cette École.

1917 est une date charnière dans l’évolution de l’École de musique de l’Institut Nazareth en ce qu’elle cristallise une reconnaissance de la réalité et confère à l’École un nouveau statut. Sœur Marie des Neiges est nommée directrice de l’École de musique de l’Institut Nazareth en novembre 1916. Elle y demeure jusqu’en 1932.

Cette période est marquée de réalisations importantes. En janvier 1917, il y a formation d’un corps professoral qui comprend, outre Sœur Marie des Neiges, les professeurs externes de musique, Arthur Letondal (que j’ai présenté précédemment) pour le piano, Pierre Vézina pour l’orgue et Alfred Lamoureux pour le chant, ces deux derniers étant des anciens élèves de l’Institut Nazareth. Un programme est élaboré et des diplômes seront décernés après examens sérieux. Aux trois options instrumentales initiales s’ajoutent, en 1920, les options violon et violoncelle.

En avril, des pourparlers s’engagent avec la Faculté des arts de l’Université Laval. L’agrégation est officialisée le 28 mai 1917. C’est ainsi que l’Institut Nazareth devient la première École de musique liée à la succursale de l’Université Laval et décernant des diplômes sanctionnés par l’Université.

Le règlement, présenté dans l’Annuaire 1917-18 de la Faculté des arts stipule, entre autres, que le but de l’École est:

    1. a) De former au professorat tous les aveugles susceptibles d’enseigner la musique;
    2. b) De développer chez eux les aptitudes requises par les charges religieuses ou profanes qu’ils seront appelés à exercer celles d’organistes, de pianistes, de chantres ou de chanteurs.

De plus, il officialise le corps professoral.

Le cours d’accordage n’est pas mentionné dans le règlement établi lors de l’agrégation. Mais Sœur Marie des Neiges fait part, dans le registre musical, de la jonction de l’École d’accordage à l’École de musique.

Il est intéressant d’observer que, parallèlement à l’agrégation de l’École de musique de l’Institut Nazareth, des agrégations de même nature se sont produites pour l’École Polytechnique, l’École de médecine vétérinaire, l’École de chirurgie dentaire, et autres.

En 1920, lorsque l’Université de Montréal obtient son indépendance complète de l’Université Laval, l’École de musique de l’Institut Nazareth est annexée à l’Université de Montréal qui décerne ses premiers baccalauréats à Armand Pellerin (1921), Gabriel Cusson (1924), Conrad Letendre (1926). C’est au cours des années 20 que deux élèves de l’Institut Nazareth obtiennent le prix d’Europe: Gabriel Cusson en violoncelle en 1924, puis Paul Doyon en piano en 1925. Plus tard, deux musiciens formés à l’Institut Nazareth reçoivent un doctorat honorifique de l’Université de Montréal: Alfred Lamoureux en 1937 et Paul Doyon en 1957.

En plus d’assurer la direction de l’École de musique, de relancer les grands concerts annuels publics interrompus pendant la guerre, Sœur Marie des Neiges participe à la formation des élèves. Elle enseigne le plain-chant, la pédagogie, l’histoire de la musique et l’instrumentation. Elle est aussi directrice musicale de la chorale. De plus, elle fait de la transcription du noir au braille. La disponibilité des documents en braille a toujours été et demeure encore un défi pour ne pas dire un écueil ou une frustration quotidienne.

Donner accès aux aveugles au travail rémunéré, tel était l’un des objectifs à la fois du fondateur de l’Institut Nazareth, M. Rousselot, et de l’École de musique. Voici quelques exemples de réussites professionnelles de musiciens aveugles qui nous ont quittés, exemples témoignant de l’atteinte de cet objectif et de sa matérialisation.

Alfred Lamoureux

Alfred Lamoureux, élève à l’Institut Nazareth au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, y enseigne par la suite jusqu’en 1940, parallèlement à des activités pédagogiques dans de nombreuses autres institutions de Montréal (pensionnats Marie-Rose, Mont-Royal, Hochelaga, Saint-Lambert, etc). Chanteur: il se fait entendre dans de nombreuses églises (Gésu, Notre-Dame, Saint-Patrice, Saint-Jean-Baptiste). Compositeur: il laisse de la musique religieuse (messes, motets, deux oratorios, et de la musique chorale). Auteur: il écrit un manuel d’histoire de la musique pour les couvents et les collèges.

Armand Pellerin

Armand Pellerin, en plus d’assurer des fonctions d’organiste d’église à Montréal tout au long de sa carrière (Sainte-Catherine, Saint-Jacques-le-Mineur, Sainte-Cécile, entre autres), exerce essentiellement ses fonctions pédagogiques à l’Institut Nazareth. Accompagnateur hors pair, tant à l’orgue qu’au piano, il est de tous les concerts et de tous les offices avec la chorale et les instrumentistes de l’École de musique. Au cours des dix dernières années de sa vie (il meurt en 1961), on le retrouve aux services de la bibliothèque à l’Institut national canadien pour les aveugles à Montréal.

Armand Pellerin Service de la bibliothèque INCA
Gabriel Cusson au piano

Né en 1903 et mort en 1972, Gabriel Cusson, grâce au Prix d’Europe, poursuit ses études à l’École normale supérieure de musique de Paris de 1924 à 1930. De retour à Montréal, il participe à des concerts en tant que chanteur et violoncelliste. On l’entend également comme soliste dans les églises (Notre-Dame-de-Grâces, Saint-Léon-de-Westmount). Son impressionnante carrière de professeur se déploie au Conservatoire de musique de Montréal (dès sa fondation), au Conservatoire de musique de Québec, à la Faculté de musique de l’Université de Montréal, dans de nombreuses institutions religieuses d’enseignement (l’Institut Cardinal-Léger, l’École de musique des religieuses de L’Assomption à Nicolet, l’Institut Nazareth, entre autres) et en studio privé. Une telle implication pédagogique a débouché sur l’élaboration d’un ouvrage didactique considérable (4 volumes d’exercices contenant l’essence de sa méthode de formation auditive) dont la publication est souhaitée par un grand nombre de musiciens et professeurs. Comme compositeur, Gabriel Cusson laisse des oeuvres, toujours inédites, dont deux drames bibliques: Jonatas et Tobie, deux suites pour orchestre, de la musique vocale et instrumentale.

Paul Doyon au piano

Comme Gabriel Cusson, Paul Doyon est né en 1903. Comme lui, il a étudié à l’Institut Nazareth, gagné le prix d’Europe et poursuivi ses études à l’École normale supérieure de musique de Paris. Paul Doyon, pianiste et organiste, s’accomplit dans la carrière d’instrumentiste et d’interprète.

«Il a une maîtrise du clavier telle qu’il semble avoir des doigts rapides comme l’éclair, des doigts qui eux voient», disait de lui Louis Vierne. Et Alfred Cortot d’ajouter: «Il est un musicien au goût très fin, d’une très grande facilité d’assimilation; il a la main de Rubinstein, le vrai, Anton, et la sonorité de Raoul Kuhnau».

Paul Doyon se fait entendre avec divers orchestres canadiens et étrangers dont celui de la Société des concerts symphoniques de Montréal (1936 et 1949). Il joue à Windsor (Ontario) la Fantaisie pour piano et orchestre de Marcel Dupré en première audition nord-américaine avec l’Orchestre symphonique de Détroit sous la direction de Paul Paray. Sa carrière de pianiste le conduit jusqu’aux Indes, au Japon et à Taïwan et le révèle au public sur les ondes de différentes radios nationales.

Paul Doyon à l’orgue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Forcément nomade comme pianiste, Paul Doyon est extraordinairement sédentaire comme organiste puisque, nommé titulaire des orgues de Notre-Dame-de-Grâce en 1921, il y demeure jusqu’en 1986, année de son décès.

Conrad Letendre

D’un an le cadet de Gabriel Cusson et de Paul Doyon, Conrad Letendre s’impose comme organiste, pédagogue, théoricien et compositeur. L’enseignement occupe une place de premier plan dans ses activités musicales. C’est à Saint-Hyacinthe, en 1927, que commence la vie professionnelle de Conrad Letendre; mais bientôt elle se partage entre cette ville et Montréal. Homme à l’esprit chercheur, il demeure, jusqu’en 1977 (année de son décès), un maître à penser. Ses élèves organistes (dont deux prix d’Europe: Raymond Daveluy et Kenneth Gilbert) fondent le groupe Conrad Letendre. C’est parmi cette phalange d’organistes qu’il faut chercher les promoteurs du renouveau de l’orgue amorcé à Montréal au début des années 60. Ses recherches le conduisent à l’élaboration d’un nouveau système d’harmonie érigé en un traité considéré comme l’œuvre la plus importante de Conrad Letendre. Les principes de son système d’harmonie alimentent une large part de son activité pédagogique, entre autres, à la Faculté de musique de l’Université de Montréal. La maison Jacques Ostiguy a publié L’œuvre d’orgue de Conrad Letendre.

Si l’École de musique de l’Institut Nazareth a formé pendant près d’un siècle de nombreuses générations de musiciens, professeurs, interprètes et compositeurs, elle a également formé plusieurs générations de techniciens en accordage de pianos. Uniquement entre 1920 et 1930, on dénombre plus d’une trentaine d’accordeurs diplômés. À cette époque, c’est Monsieur Philias Mercier, formé lui-même à l’Institut Nazareth, qui est professeur d’accordage. La formation s’articule autour de trois axes: la théorie du mécanisme, la réparation et l’accord proprement dit. Le cours d’accordage, précisons-le, est réservé aux hommes de plus de 16 ans.

Enseignement garçons et filles métier à tisser 1939
Enseignement garçons et filles métier à tisser 1939
Cuisine 1940

Nous sommes à l’époque des instituts familiaux pour les filles. Or à l’Institut Nazareth, les filles sont initiées aux travaux ménagers, à la couture, au tricot, au crochet, au tissage et à la cuisine. Bien que les ateliers aient été organisés à l’Institut Nazareth dès les débuts de l’œuvre, ils prennent eux aussi de l’expansion. En 1917, Sœur Juliette Gamache participe à l’ouverture de nouveaux ateliers. En 1923, pour répondre aux besoins des adultes, des ateliers de fabrication de balais, de vadrouilles, de matelas et d’articles divers sont mis sur pied. Ces articles sont vendus au magasin de la rue Sainte-Catherine.

Atelier des hommes réparation de chaises 1912
Classe d’enfants modelage 1912

La formation académique donnée à l’Institut Nazareth répond aux exigences du Département de l’instructions publique de l’époque. Elle fait l’objet d’inspections comme dans toutes les autres écoles. En 1917, entre autres, un inspecteur témoigne de la qualité de l’organisation scolaire de l’Institut Nazareth et de la qualité de la culture intellectuelle.

Classe de dactylographie

En plus de l’écriture braille pratiquée par tous les élèves, l’écriture manuscrite en noir est enseignée entre 1920-1930 à l’Institut Nazareth, si désirée, à l’aide d’un carton comportant des rainures. Les élèves sont également initiés à la dactylographie. Ces habiletés contribuent à l’autonomie accrue de la personne aveugle.

La qualité de cette formation a, entre autres, permis à trois aveugles de poursuivre des études supérieures en «milieu intégré» dirait-on aujourd’hui au cours des années 1920.

Louis-Philippe Lainesse, diplômé de l’Institut Nazareth en 1921, poursuit ses études en droit à l’Université de Montréal. Licencié en 1931, il est reçu premier de sa promotion. Il exercera une longue carrière d’avocat.

 Jeanne Cypilhot
Jeanne Cypilhot

Jeanne Cypihot, diplômée de l’Institut Nazareth en 1929, s’inscrit au Collège Marguerite-Bourgeoys et y obtient un baccalauréat ès arts. On la retrouvera plus tard comme professeur à l’Institut Louis-Braille.

Rolland Campbell, après ses premières classes à l’institut Nazareth, poursuit ses études au Collège Notre-Dame puis au Collège Sainte-Marie. Désireux de devenir prêtre, il essuie un premier refus, à cause de sa cécité, de la part de la communauté des Pères de Sainte-Croix puis un second refus comme prêtre séculier avant d’être accueilli par la communauté des Clercs de Saint-Viateur. Il est finalement ordonné prêtre le 27 décembre 1948 par Monseigneur Charbonneau.

Les aumôniers et religieuses de l’Institut Nazareth accordent une grande importance à la vie intellectuelle. Ils sont parallèlement conscients de l’inaccessibilité des aveugles à l’imprimé. Ils consacrent donc des heures à la lecture à haute voix des journaux et oeuvres intéressantes.

Dans le prolongement de la volonté de M. Rousselot de donner accès aux livres en braille aux aveugles, une bibliothèque circulante va voir le jour en 1911. L’idée d’une telle bibliothèque circulante pour les aveugles de l’extérieur de l’École a été émise en 1898 par M. Labelle alors aumônier de l’Institut Nazareth. Ici encore on s’inspire du modèle parisien.

À l’origine, la Bibliothèque braille ne compte que 200 volumes, ce qui ne signifie pas 200 titres puisque la transcription en braille d’un ouvrage nécessite généralement plusieurs volumes. Pour accroître le nombre d’ouvrages, les religieuses lancent l’idée de constituer un réseau de bénévoles formé de personnes soit qui apprennent le braille et font de la transcription à domicile soit qui viennent dicter littérature et musique à l’institution. De telles ressources existent encore aujourd’hui et sont d’ailleurs toujours nécessaires.

C’est à une religieuse aveugle, ancienne élève de l’Institut Nazareth, Soeur Petit, que l’on confie, en 1913, le poste de responsable de la Bibliothèque braille de l’Institut Nazareth; elle y demeure pendant 45 ans.

C’est en 1914 que la Bibliothèque commence à faire circuler ses ouvrages par la poste à la suite d’une décision gouvernementale accordant le port gratuit pour les colis postaux en braille. Un tel service existe toujours.

Après plus de 70 ans d’activités éducatives en un même lieu, rue Sainte-Catherine, l’Institut Nazareth connaîtra, en moins de dix ans, deux déménagements, le premier très heureux, le second, plus douloureux.

L’oeuvre initiée par M. Rousselot en 1861 a pris beaucoup d’expansion et la clientèle s’est accrue: elle provient non seulement de Montréal, de l’ensemble du Québec, mais aussi des différentes provinces canadiennes et même des États-Unis. Elle demeure, au cours des années 30, la seule école catholique francophone pour les aveugles en Amérique.

Institut Nazareth Chemin de la Reine-Marie
Institut Nazareth Chemin de la Reine-Marie

La maison de la rue Sainte-Catherine est devenue trop petite. Les Sœurs Grises procèdent donc à la construction d’un immeuble au 4565 Chemin de la Reine-Marie (actuellement le Centre hospitalier Côte-des-Neiges). La nouvelle demeure des enfants atteints de cécité répond alors à toutes les exigences modernes du temps et à tous les besoins de l’oeuvre: salles de classes, locaux pour l’École de musique y compris orgue de pratique et orgue de concert, tous les services de la Bibliothèque braille (couture et reliure des volumes, emballage et distribution, dictée, correction et transcription), École de métiers pour les hommes, d’enseignement ménager pour les filles, adjonction subséquente d’une classe pour demi-voyants. Les élèves s’installent au Chemin-de-la-Reine-Marie en février 1932. C’est en ces lieux que se célèbrent, en novembre 1936, les fêtes du 75e anniversaire de fondation de l’Institut Nazareth.

Un violent choc est ressenti par le milieu des aveugles le 18 janvier 1940, lorsque les journaux publient la nouvelle que l’Institut Nazareth sera transformé en une école d’aviation ou en un hôpital pour les blessés de guerre. En fait, une dette croissante et des revenus insuffisants obligent les autorités de la Communauté, dans un premier temps, à louer cet immeuble au ministère de la Défense nationale qui y installe une École militaire d’instruction aérienne en 1940, puis, dans un deuxième temps, à vendre l’édifice au Gouvernement fédéral qui y aménage un hôpital militaire de 600 lits en 1945.

Rapidement, l’Institut Nazareth libère cette maison spécifiquement conçue et aménagée pour la formation scolaire, musicale et technique des aveugles. Le 5 février 1940, soit au milieu de l’année scolaire, 50 enfants sont retournés dans leurs familles. On peut imaginer, sinon le traumatisme, du moins les bouleversements occasionnés par un tel «dérangement».

Institut Nazareth Chemin St-Michel
Institut Nazareth Chemin St-Michel

Le troisième et dernier emplacement de l’Institut Nazareth en tant qu’école spécialement dédiée aux aveugles et sous la responsabilité des Sœurs Grises de Montréal se retrouve au 1460, Chemin Saint-Michel (devenu boulevard Crémazie). L’École y opérera pendant 35 ans.

Si le déplacement vers le Chemin de la Reine-Marie signifiait l’expansion, celui vers le Chemin Saint-Michel obligeait à de lourds sacrifices sociaux et éducatifs.

À cause de l’arrivée de l’Institut Nazareth au 1460 Chemin Saint-Michel, l’École Saint-Joseph qui y était installée et qui regroupait un Institut familial et un Jardin de l’enfance pour les petits garçons est dissoute.

À cause de ce déménagement dans des locaux moins vastes, l’institution doit se départir d’une tranche de sa clientèle traditionnelle, les garçons aveugles de plus de 12 ans. Conséquence: les jeunes hommes aveugles seront sans école au Québec pendant plus de dix ans.

À cause de ce déménagement, l’École d’accordage cesse ses activités. Il en est de même des ateliers.

À cause de ce déménagement, la vocation d’hébergement des adultes aveugles est grandement réduite.

Cependant, les activités éducatives reprennent rapidement pour les filles et les petits garçons puisque, le 1er mars 1940, les élèves, dispersés un peu partout, arrivent pour poursuivre leurs classes. On enregistre alors 90 entrées. La clientèle avoisinera les 140 inscriptions au cours des années 1960.

Initiation aux cartes géographiques

Des éducateurs dévoués, ingénieux et habiles construisent du matériel pédagogique adapté pour concrétiser des connaissances, de nature géographique, entre autres. Ici, on a recours à des jeux de reliefs et de textures auxquels l’élève accède par le toucher.

Ensemble vocal et instrumental Institut Nazareth
Trio à cordes Institut Nazareth
Ensemble vocal et instrumental Institut Nazareth

Les études musicales demeurent très importantes et sont quotidiennement intégrées à l’horaire des élèves. Tel est le cas de la pratique de la chorale. Cette dernière a perdu sa mixité depuis l’absence des hommes à l’école. Le corps professoral est, comme par le passé, constitué de religieuses, de professeurs aveugles résidents et de professeurs externes réputés dans le milieu musical. L’étude du violon et du violoncelle attire davantage d’élèves que par le passé. Il se fait alors de la musique d’ensemble. Le Quintette de Nazareth a été invité par Wilfrid Pelletier à jouer dans le cadre des Matinées symphoniques de l’Orchestre symphonique de Montréal et la violoncelliste de cette formation, Suzanne Létourneau, a été soliste avec cet orchestre.

Le Quintette de l’Institut Nazareth S. Létourneau, M. Gauthier, J. Vanier, J. Vaudry, P. Landry

Pour favoriser l’expansion de l’École de musique, une aile nouvelle est construite en 1956. 50% des espaces additionnels ont été conçus et aménagés pour l’École de musique.

Mais la reconnaissance universitaire de l’École de musique de l’Institut Nazareth, officialisée en 1917, prend fin en 1967 en vertu d’une nouvelle charte de l’Université de Montréal qui abolit l’affiliation des écoles de musique. Cette affiliation aura durée 50 ans. Elle aura produit 133 lauréats et diplômés dont certains ont poursuivi des études de 2e et de 3e cycle à l’Université ou des études avancées de perfectionnement en Europe. Ce sont les programmes d’études de l’Académie de musique de Québec qui seront adoptés en 1969. La réussite aux examens donne droit à une certification.

Un nouvel essor éducatif prend forme à l’Institut Nazareth en 1951 par la fondation d’une école normale pour la formation pédagogique de futures institutrices. C’est en septembre 1951 que se donnent les premiers cours du programme approuvé pour l’enseignement spécialisé aux aveugles. L’École normale prend le nom de Institut Rousselot. Cette innovation pédagogique n’est pas immédiatement liée à l’aménagement de nouveaux espaces physiques. Mais l’agrandissement de l’Institut Nazareth en 1956 permet aux normaliennes de bénéficier d’espaces plus personnalisés et individualisés.

En 1958, le programme subit des modifications significatives. En plus de s’aligner sur celui des autres écoles normales, il intègre des objets de spécialisation tels que: la psychologie de l’aveugle, l’éducation sensorielle, la méthodologie du braille, etc. À la fin des études, les diplômées reçoivent donc deux brevets, le brevet régulier de pédagogie dit brevet B et le brevet spécialisé pour l’enseignement aux aveugles dit brevet C. La durée de vie de l’École normale Institut Rousselot ne sera que de 14 ans, puisqu’elle met fin à ses activités en 1965. Elle a alors produit 25 diplômées.

La fermeture de l’Institut Rousselot se situe dans la mouvance de la transformation des écoles normales vers les facultés des sciences de l’éducation et simultanément dans l’émergence de l’idée d’intégration des handicapés. Nous sommes déjà en pleine Révolution tranquille, en transformation profonde du système scolaire. C’est l’époque du Rapport Parent 1965 est aussi l’année de la création du ministère de l’Éducation du Québec. Non seulement l’Institut Rousselot, mais l’ensemble des écoles normales seront emportées par le courant.

L’agrandissement de 1956 profite également à la Bibliothèque qui dispose désormais de locaux vastes et mieux aménagés. En 1961, année du centenaire de l’Institut Nazareth et du cinquantenaire de la Bibliothèque braille, on compte 14 milles volumes, soit 3000 titres pour 250 abonnés. Si le nombre de titres peut paraître encore restreint, il faut apprécier le progrès en fonction des débuts plus que modestes de la Bibliothèque braille et en fonction de l’investissement humain nécessaire à l’ajout d’un seul titre sur les rayons. En 1971, la Bibliothèque de l’Institut Nazareth s’enrichit de deux nouvelles sections: l’une réservée aux livres en gros caractères pour les amblyopes, et l’autre réservée aux livres parlés, soit aux livres enregistrés sur cassettes. En 1997, la Bibliothèque pour les aveugles qui a un statut de bibliothèque publique met à la disposition de ses lecteurs plus de 24 milles volumes en braille soit près de 8 milles titres pour environ 600 abonnés, et plus de 26 milles cassettes soit plus de 2500 titres en format sonores pour environ deux milles abonnés. La Bibliothèque dispose aussi d’une intéressante collection de partitions musicales en braille.

Aux activités de formation académique et musicale à l’Institut Nazareth entre 1940 et 1975 s’ajoutent des cours de diction française et de culture physique donnés par des professeurs spécialisés venus de l’extérieur. Les exercices de gymnastique, les mouvements de ballets, les danses de folklore développent le sens rythmique et sont présentés à l’occasion de fêtes intimes et en démonstration à la fin de chaque année scolaire. Sont également traditionnellement offerts des cours de dactylographie, essentiels à l’autonomie personnelle et à la communication, des cours d’enseignement ménager (couture, tissage, tricot), cuisine).

Ainsi préparées, au terme de la neuvième année, les jeunes filles peuvent opter soit pour la poursuite des études générales, soit pour l’École normale, soit pour la musique, soit pour les arts ménagers.

Groupe de petites filles (salle de récréation 1948-1949)
Classe de neige

Mais à l’Institut Nazareth, il y a aussi la vie récréative dont voici des reflets. En 1971, une piscine intérieure y est construite. En 1972, c’est l’aménagement d’un terrain pour les activités sportives et la première classe-neige. En 1973 ont lieu les Premières «Olympiades» des jeunes handicapés visuels de l’Institut Nazareth.

Par la reconnaissance de «L’Institut Nazareth comme institution d’intérêt public pour l’enfance inadaptée» en 1970, on se dirige rapidement vers la fin de l’histoire de l’Institut Nazareth comme établissement privé d’éducation des aveugles. La cessation des activités de l’Institut Nazareth et la fermeture du 1460 Est boul. Crémazie ont lieu en juin 1975 après 114 ans d’opération. Cette maison a été convertie en une résidence pour les religieuses retraitées, la résidence Eulalie-Perrin.

De 1861 à 1975, l’Institut Nazareth a admis 2146 élèves. Cela représente plusieurs générations de jeunes aveugles qui y ont été scolarisés à une époque où la fréquentation scolaire n’était pas encore obligatoire, mais aussi stimulés et cultivés.

Comme je l’ai indiqué précédemment, au moment de la guerre de 1939, l’Institut Nazareth a subi un éclatement et une fragmentation. C’est en 1944 puis en 1953 que des clientèles aveugles, larguées à cause du déménagement du Chemin de la Reine-Marie au Chemin Saint-Michel en 1940, sont reprises en charge par les religieux.

En effet, en 1943, les Soeurs Grises font l’acquisition d’une propriété sise au 1730 rue Notre-Dame Est (Pointe-aux-Trembles) pour y accueillir des dames aveugles âgées dispersées depuis le transfert de l’Institut Nazareth en 1940. C’est soeur Blanche Labrosse qui fut la première supérieure à diriger Le Foyer Rousselot.

Foyer Rousselot, Pointe-aux-Trembles, 1950, site web Les Soeurs Grises de Montréal

En 1959, le Foyer Rousselot emménage dans un bâtiment tout neuf au 5655 rue Sherbrooke Est qui dispose de 158 chambres. En 1992, le Foyer Rousselot devient un centre d’hébergement de longue durée et les Soeurs Grises s’en retirent en 2004.

Foyer Rousselot rue Sherbrooke après 1959, site web Les Soeurs Grises de Montréal
Institut Louis-Braille Westmount

C’est en 1953, après une interruption de 13 ans créée par le déménagement de l’Institut Nazareth dans des locaux plus exigus que ceux du Chemin de la Reine-Marie, qu’une nouvelle école, l’Institut Louis-Braille, accueille les garçons aveugles de 10 à 21 ans et offre la scolarisation depuis la 4e année du primaire jusqu’à la 11e année. C’est ainsi que sera réparée la blessure sociale et éducative faite, en 1940, aux garçons aveugles de plus de 12 ans que l’Institut Nazareth ne pouvait plus héberger.

L’Institut Louis-Braille a été ouvert à la suite de de 13 ans de pressions du milieu des aveugles, de l’implication du cardinal Paul-Émile Léger et de la communauté des Clercs de Saint-Viateur. Le père Jean Cypihot est le premier supérieur de l’Institut Louis-Braille (1953-1962) et le père Roland Campbell, son adjoint.

L’Institut Louis-Braille, installé au 500 rue Claremont à Westmount est inauguré le 9 novembre 1953. On y reçoit alors 50 élèves, ce qui constitue la capacité maximale des lieux. Mais les demandes d’inscriptions débordent les cadres disponibles, voilà pourquoi, après avoir obtenu du Gouvernement le soutien nécessaire, l’école intègre de nouveaux locaux.

L’Institut Louis-Braille 1255 rue Beauregard Longueuil

C’est en janvier 1960 que l’Institut Louis-Braille emménage à Ville-Jacques-Cartier (maintenant Longueuil). Aux études régulières se greffent des cours de musique, de techniques professionnelles et non professionnelles, des activités parascolaires telles que: visites culturelles, scoutisme, pratique de sports (natation, navigation, culture physique), etc.

Des classes de retardés pédagogiques sont introduites. Une imprimerie braille est mise sur pied. Une collaboration s’engage avec les services d’une clinique de basse vision à l’Hôpital Maisonneuve alors que, au début des années 60, l’Institut-Louis-Braille adopte la politique d’utilisation maximale du résidu de vision. Ce qui fait dire au supérieur d’alors, le père Wilfrid Laurier: «plus de 50% de nos élèves aveugles étudient désormais l’imprimé ordinaire au moyen d’aides visuels.»

Dans le cadre de la formation technique professionnelle, on voit renaître à l’Institut Louis-Braille la formation en accordage de pianos. On renoue ainsi avec une tradition de formation professionnelle des aveugles. Les cours d’accordage commencent effectivement en 1954 et sont initialement confiés, de 1954 à 1966, à Monsieur Raphaël Brilotti, lui-même formé à l’Institut Nazareth au cours des années 20. L’un de ses élèves, Réal Goulet, lui succède de 1967 à 1976. Puis, c’est Gilles Fournier qui y sera le dernier professeur de 1976 à 1978. Au cours des 24 années d’opération du programme d’accordage à l’Institut Louis-Braille, une trentaine de techniciens ont été formés et diplômés.

Cette formation professionnelle chevauche l’ancienne et la nouvelle structure des institutions québécoises offrant des services aux aveugles car, comme l’Institut Nazareth, l’Institut Louis-Braille cesse ses activités en tant qu’établissement privé d’éducation des aveugles en 1975 après 22 ans d’opération.

Les changements administratifs et institutionnels ne sont très souvent que des épiphénomènes qui résultent de transformations sociales plus profondes. Au nombre de ces transformations qui sont apparues lors de l’immense remise en question qu’à connu le Québec à partir de 1960, l’on observe la montée de la philosophie de l’intégration sociale et scolaire des personnes handicapées.

Au moment où l’Institut Nazareth est accrédité comme «institution publique pour l’enfance inadaptée», soit en 1970, la scolarisation dans les classes régulières des enfants en difficulté est amorcée.

Dès 1974, le Rapport Girard, déposé auprès du ministère des Affaires sociales, souligne qu’il serait souhaitable que le système scolaire régulier accueille le plus grand nombre possible de ces élèves. Les avantages d’une telle intégration sont ainsi précisés: ils apprendraient aussitôt que possible à évoluer dans une société de voyants et seraient mieux préparés, à la fin de leurs études secondaires, à affronter le monde du travail, ou à entreprendre des études plus poussées. De plus, l’intégration des enfants aveugles favoriserait la prise de contact des voyants avec les aveugles.

Quelques années plus tard, soit en 1976, paraît le Rapport Copex, déposé celui-là auprès du ministère de l’Éducation. La normalisation y est vue dans une perspective dynamique. L’enfant en difficulté devra être scolarisé dans la mesure du possible dans le milieu le plus normal.

On constate que les deux ministères prennent une position nettement en faveur de la scolarisation des enfants en difficulté dans le secteur régulier car l’intégration scolaire apparaît comme un moyen privilégié d’intégration sociale. Compte tenu des objectifs du ministère des Affaires sociales qui visent, entre autres, le maintien de l’enfant dans son milieu familial et naturel de vie, le développement des services auprès des déficients visuels sera axé sur l’intégration dans le milieu.

Comment alors s’étonner qu’en 1975, le ministère des Affaires sociales décide de procéder à la fusion de l’Institut Nazareth (fondé en 1861 par les Sœurs Grises) et de l’Institut Louis-Braille (fondé en 1953 par les Clercs de Saint-Viateur) en un seul établissement désormais connu sous le nom de Institut Nazareth et Louis-Braille? Nous sommes alors en présence d’un nouvel établissement public, d’un centre d’accueil et de réadaptation ouvert aux filles et aux garçons déficients visuels. C’est la dimension sociale de la réadaptation  qui y est alors privilégiée. La mission scolaire est détachée de ce nouvel organisme et confiée à la Commission scolaire régionale de Chambly. L’école spécialisée pour les aveugles prend le nom de École Nazareth et Louis-Braille.

Le centre de réadaptation, d’une part, et l’école, d’autre part, sont, à compter de 1975 et pour une dizaine d’années environ, logés sous un même toit, soit au 1255 rue Beauregard à Longueuil. Mais la cohabitation d’une création du ministère des Affaires sociales, le centre de réadaptation Institut Nazareth et Louis-Braille, et d’une création du ministère de l’Éducation, l’École Nazareth et Louis-Braille, n’est pas chose facile. De plus, la raison sociale de ces nouvelles administrations prête à confusion. Une nouvelle appellation est souhaitée pour l’école qui n’accueille que des enfants aveugles. C’est ainsi qu’en 1986 l’école est renommée École Jacques-Ouellette en mémoire d’un dévoué professeur de l’Institut Louis-Braille.

Je rappellerai très sommairement les missions scolaires et sociales respectives mais aussi complémentaires de ces institutions.

À compter de 1975, l’École Nazareth et Louis-Braille qui sera renommée, une dizaine d’années plus tard, École Jacques-Ouellette, accueille, d’abord en internat puis uniquement en externat, les enfants déficients visuels d’âge scolaire. On y dispense un enseignement adapté en groupes restreints et on initie aux différentes techniques spécialisées d’apprentissage: le braille, le matériel en relief, l’informatique, etc. Parallèlement, le milieu scolaire du Québec commence à intégrer des enfants handicapés visuels dans ses écoles régulières. Des ressources pédagogiques ayant pour objectif le soutien à l’intégration dans le milieu de vie, dans l’école de quartier prennent forme dès 1976-1977. Il s’agit de services itinérants offerts par une équipe de professeurs qui se rendent périodiquement sur les lieux où un enfant handicapé visuel est intégré pour assurer un soutien pédagogique à l’élève et aussi au personnel de l’école d’accueil.

En 1988, l’École Jacques-Ouellette est reconnue centre supra-régional. Elle cumule donc les rôles de ressource pédagogique à l’intégration en milieu régulier et de lieu spécialisé d’enseignement pour les élèves en difficultés sérieuses d’apprentissage et d’intégration.

École Jacques Ouellette 1993-1994

L’École qui a occupé une partie des locaux de l’immeuble sur la rue Beauregard de 1975 à 1992, est, depuis lors, située au 1240, rue Nobert toujours à Longueuil. Lors du grand redécoupage des commissions scolaires, l’École Jacques-Ouellette passe sous la juridiction de la commission scolaire l’Eau Vive.

Depuis 1975, «L’Institut Nazareth et Louis-Braille se définit comme une instance supra-régionale de services et un centre d’expertise voué à la réadaptation des handicapés visuels en vue de leur insertion sociale et professionnelle, de leur adaptation fonctionnelle à la société et de leur mieux être personnel. (…)»

En 1977, le ministère des Affaires sociales confie à l’Institut Nazareth et Louis-Braille, donc au centre de réadaptation, l’application du programme AMÉO (aides mécaniques, électroniques et optiques) pour toutes les régions de l’Ouest du Québec. Il s’agit d’un programme de réadaptation caractérisé par l’accès gratuit aux aides visuelles techniques dans le cadre du régime de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). L’établissement reçoit alors le mandat d’attribuer les aides et d’assurer l’entraînement des bénéficiaires à l’utilisation de celles-ci. Un tel mandat requiert des ressources humaines accrues. L’Institut offre également des services en basse vision et en réadaptation (psychologie, communication, autonomie fonctionnelle, bibliothèque, service à la petite enfance, orientation et mobilité).

Lors de la restructuration des institutions pour aveugles en 1975 le père Wilfrid Laurier passe de la direction de l’Institut Louis-Braille dirigé par les Clercs de Saint-Viateur pendant 22 ans à la direction du nouveau centre d’accueil et de réadaptation, l’Institut Nazareth et Louis-Braille, et sœur Thérèse Parent, supérieure de l’Institut Nazareth dirigé par les Sœurs Grises pendant 114 ans, à la direction adjointe du nouvel organisme. De 1978 à 1993, c’est Normand Giroux qui assure la direction générale; il consolide les transformations et contribue au développement.

Sculpture devant l'Institut Nazareth et Louis-Braille, rue Saint-Charles Longueuil
Sculpture devant l’Institut Nazareth et Louis-Braille, rue Saint-Charles Longueuil

C’est durant cette période, soit en 1987, que l’Institut Nazareth et Louis-Braille, souhaitant faciliter l’accès à ses locaux par sa clientèle, se rapproche du métro de Longueuil en aménageant au 1111, rue Saint-Charles. Un ensemble de passerelles relient le métro aux locaux de l’Institut. La sculpture devant l’immeuble est l’œuvre du peintre, sculpteur et poète québécois André Turpin. Ce bronze s’intitule Vers la lumière et a été mis en place en 1986 lors d’un conventum coïncidant avec le 125e anniversaire de fondation de l’Institut Nazareth.

C’est également au cours de cette période qu’à l’Université de Sherbrooke s’est développé, à compter de 1985, un programme de 2e cycle dédié à trois clientèles de personnes handicapées: les handicapés physiques, les handicapés visuels et les handicapés auditifs. Un tel programme est rattaché au département d’éducation spécialisé de la Faculté d’éducation. En 1985, le diplôme spécialisé pour handicapés visuels porte sur l’orientation et mobilité. La première mise en vigueur de ce programme date du 26 janvier 1989. Le programme est présentement inactif.

À compter de 1996, c’est Gabriel Collard qui est directeur général de l’Institut Nazareth et Louis-Braille.

Le territoire couvert par l’Institut Nazareth et Louis-braille, centre spécialisé de réadaptation en déficience visuelle, comprend la Montérégie, Montréal centre et Laval, territoire qui regroupe 48% de la population du Québec.

L’Institut Nazareth et Louis-Braille a une vitrine sur internet.

Conclusion

Lorsque l’on replace l’instruction et la formation professionnelle des aveugles dans le contexte des 2000 ans d’histoire occidentale, l’appréciation du chemin parcouru au Québec ne peut qu’être positive. Certes, l’intégration professionnelle demeure probablement l’un des défis sociaux les plus importants. Ce défi ne peut sans doute pas être isolé de la mutation nécessaire des perceptions encore trop souvent négatives auxquelles la personne aveugle demeure quotidiennement confrontée.

On peut se permettre d’être optimiste lorsque l’on constate les divers champs d’activités au sein desquels on retrouve des aveugles autour de nous: musique, accordage, enseignement, recherche, psychologie, droit, journalisme, travail social, informatique, fonction publique, massothérapie, chiropraxie, dégustation, transcription braille, etc. L’idée généreuse de l’intégration sociale, scolaire et professionnelle de la personne handicapée jumelée au développement de la technologie laissent entrevoir la possibilité d’avoir accès à des études qui mèneront à des choix de carrières plus diversifiées.

Cependant, la réflexion faite par Monsieur Bouhier, aumônier de l’Institut Nazareth lors des fêtes du jubilé d’or en 1911, dépeint une réalité que beaucoup de non-voyants vivent encore.

On n’instruit pas les aveugles

«pour les placer dans un musée, pour les mettre à même de gagner leur vie. (…) Pour l’aveugle, il ne suffit pas de pouvoir gagner sa vie, il faut trouver à la gagner; (…) c’est beaucoup moins la cécité elle-même qui fait souffrir l’aveugle que les conséquences économiques qu’elle entraîne dans la société, savoir travailler, se sentir capable de le faire, et se voir refuser le travail à cause de la cécité, voilà qui est dur (…) on a tout naturellement de la sympathie pour l’Aveugle, mais trop souvent, Hélas! on a pas assez confiance dans ses aptitudes et dans ses talents. (…)».

Il faut regretter, mais admettre que ces observations demeurent justes aujourd’hui. Les objectifs sont louables. Les faire partager et appliquer demeure un grand défi.

Nicole Trudeau Ph.D.

Bibliographie

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Souvenirs du jubilé d’or de l’Institut Nazareth (document en braille) / Sœurs de la charité / Montréal / Archives

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CONSEIL DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DE LA MONTÉRÉGIE / Plan de transfert des services psychosociaux dans la Montérégie / Longueuil / Conseil de la santé et des services sociaux de la Montérégie / 1992

CONSEIL DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX DE LA MONTÉRÉGIE / Réorganisation des services sociaux dans la Montérégie: document pour fin de consultation / Conseil de la santé et des services sociaux de la Montérégie / Éditeur: Longueuil: Conseil de la santé et des services sociaux de la Montérégie / 1992

INSTITUT NAZARETH ET LOUIS-BRAILLE / Programme-cadre officiel de l’Institut Nazareth et Louis-Braille / Éditeur: Institut Nazareth et Louis-Braille / 1982 / 218 pages

INSTITUT NAZARETH ET LOUIS-BRAILLE / Rapport annuel: Institut Nazareth et Louis‑Braille 1993‑1994 / Longueuil /Institut Nazareth et Louis‑Braille / 1994

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Source:

L’Institut Nazareth: de l’École spécialisée pour les aveugles au Centre de réadaptation, un parcours de plus d’un siècle, conférence présentée dans le cadre de Université de Sherbrooke, Antenne universitaire du 3e âge de l’Université de Sherbrooke en Montérégie, Programme de formation continue des personnes aînées: Maison Boulogne, Longueuil (Québec), 21 avril 1998 Les Jardins intérieures, Saint-Lambert (Québec), 15 avril 1999

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Informations complémentaires:

Des projections visuelles illustrent le propos.

Cette conférence n’a pas été publiée.

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