Trois interrogations

Est-il utopique pour une femme handicapée – d’envisager une carrière ? – de tout faire pour accéder à cette carrière ? – d’accéder à cette carrière ? Interrogations soumises au Colloque de l’action des femmes handicapées de Montréal.

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Trois interrogations

Est‑il utopique pour une femme handicapée d’envisager une carrière ?

      • L’envisager ? Certainement pas !

Est‑il utopique pour une femme handicapée de tout faire pour accéder à cette carrière ?

      • Pas davantage !

Est‑il utopique pour une femme handicapée d’accéder à cette carrière ? …

Si, aux deux premières interrogations, la réponse est claire et directe, il n’en va pas de même pour la troisième interrogation, car la réponse ne dépend plus uniquement de la femme handicapée… Et cela, il faut bien le comprendre et l’assimiler pour ne pas sombrer dans un état de dévalorisation et dans un négatif sentiment d’échec…

D’ailleurs, cette interdépendance entre l’employeur potentiel et l’aspirant au marché du travail, à la vie professionnelle, n’est pas exclusive aux femmes handicapées en quête de postes professionnels…

Toutefois, dans le contexte social dit «normal», il est certain qu’un handicap ne constitue pas un point positif dans un dossier professionnel… Soyons crûment réalistes… Souvent, pour l’employeur, le facteur du handicap écrase tous les autres éléments du dossier, mêmes ceux liés à la formation et à la compétence, lorsqu’il constate le handicap. Souvent, le choc de cette découverte est tel que l’on peut dire que l’interlocuteur devient «aveugle» sur le plan de l’analyse du dossier.

Nous nous étonnons de tels comportements et réactions (et cela fait mal), mais avons‑nous raison de nous étonner, puisque nous savons bien que la majorité des gens se sentent infiniment plus à l’aise dans un contexte connu que dans des situations nouvelles.

Alors ! …

S’il est utile de comprendre les comportements des employeurs face aux personnes handicapées, il est également indispensable que notre détermination les force à comprendre nos propres comportements, nos projets et nos aspirations professionnelles. Il faut donc témoigner de nos compétences, expliquer nos modes de fonctionnement (souvent inconnus des interlocuteurs). Mais il faut, par‑dessus tout, développer en nous‑mêmes une motivation, une détermination qui, seules, nous donneront la force, l’énergie et le courage nécessaires pour nous confronter, de façon répétée, à des refus qui sont sans doute, trop de fois, des rejets eu égard à notre handicap.

De tels rejets qui peuvent avoir nom «discrimination», constituent des faits qui demeurent extrêmement difficiles à démontrer et, par conséquent, à combattre et à contester.

Personnellement, je ne me suis jamais fait dire qu’on ne m’accordait pas un poste à cause de ma cécité, ce qui ne m’a pas toujours convaincue que la raison principale du non accès au poste n’était pas essentiellement prise en fonction de mon handicap…

La conviction que j’aimerais vous faire partager se résume ainsi:

      • Le handicap ne doit jamais éteindre en nous un idéal, des ambitions professionnelles à la mesure de notre potentiel et de nos efforts;
      • Il est impérieux de trouver en nous‑même les ressources indispensables à leur réalisation;
      • Il faut témoigner de notre potentiel et de nos compétences;
      • Il faut clamer notre désir de participer au développement de notre société.

De telles attitudes provocatrices engendreront peu à peu des remises en question, des changements de perception et de réaction.

En dépit de toutes les embûches, il ne faut jamais permettre ni aux individus, ni aux événements, de faire sauter le moteur fondamental de notre vie, de notre raison d’être et d’agir, moteur que j’appelle la motivation.

Nicole Trudeau Ph.D.

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Colloque de l’action des femmes handicapées de Montréal / Intervention de Nicole Trudeau Ph.D. lors du brunch de clôture le 22 mai 1988 / Propos non publiés.

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