L’accès aux partitions musicales en braille au Canada en 1988: Ă©tat de la situation exposĂ© lors d’un atelier Ă Toulouse convoquĂ© par la CommunautĂ© Ă©conomique europĂ©enne (CEE). Le texte qui suit reproduit une partie des propos Ă©noncĂ©s dans un tel cadre de collaboration et de crĂ©ation.
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Partitions musicales pour musiciens aveugles
Les 26 et 27 septembre dernier (1988) se tenait Ă Toulouse un atelier ayant pour thème: Les partitions musicales produites par ordinateur – problèmes inhĂ©rents aux musiciens aveugles. Cet atelier a Ă©tĂ© convoquĂ© par la communautĂ© Ă©conomique europĂ©enne. J’ai Ă©tĂ© invitĂ©e par la CEE Ă me joindre Ă une telle Ă©quipe europĂ©enne. Le Canada a ainsi eu, non seulement une voix, mais peut-ĂŞtre primordialement Ă ce stade, une oreille des plus attentives et des plus rĂ©ceptives.
N.D.L.R.: Le texte qui suit reproduit une partie des propos exposés dans un tel cadre de collaboration et de création.
La production de partitions musicales en braille au Canada
Au Canada, les musiciens aveugles sont dĂ©sormais privĂ©s d’un service spĂ©cifique de transcription musicale, service pourtant assurĂ© de façon rĂ©gulière pendant de nombreuses annĂ©es.
En effet, jusqu’Ă tout rĂ©cemment, une Ă©quipe de transcripteurs chevronnĂ©s travaillait Ă plein-temps Ă la production des partitions musicales en braille dans le cadre d’un service mis sur pied Ă MontrĂ©al par l’Institut national canadien pour les aveugles (INCA). Ce service rĂ©pondait, Ă des coĂ»ts forts raisonnables, Ă toutes les demandes en provenance du Canada. La transcription Ă©tait effectuĂ©e, selon la mĂ©thode traditionnelle, Ă l’aide d’une machine Ă Ă©crire en braille.
Ce service rĂ©gulier a Ă©tĂ© profondĂ©ment transformĂ©, puisque, Ă l’INCA, la transcription musicale relève maintenant uniquement de bĂ©nĂ©voles; prĂ©sentement ils sont au nombre de cinq. L’organisme assure la formation de ses bĂ©nĂ©voles (formation souvent offerte par correspondance), puis exige de chacun un minimum de 15 heures de travail par semaine. Ces bĂ©nĂ©voles effectuent la transcription soit Ă l’aide d’une machine Ă Ă©crire en braille, soit d’un micro-ordinateur. Dans ce dernier cas, les programmes alors utilisĂ©s sont: l’EDIT sur APPLE et le Micro-braille sur IBM.
L’Institut Nazareth et Louis-Braille (INLB), organisme quĂ©bĂ©cois de rĂ©adaptation pour les personnes handicapĂ©es de la vue, compte, au nombre de ses services, un centre de production de matĂ©riel en braille. Une part importante de cette production est consacrĂ©e au matĂ©riel didactique. Ce centre de production est Ă©quipĂ© d’un ordinateur N.C.R. (National Cash Register) modèle Tower 32-600. Les terminaux utilisĂ©s sont munis d’un clavier braille Ă partir duquel la saisie (qu’elle soit de nature musicale ou de nature alphabĂ©tique) est effectuĂ©e. Les caractères braille qui apparaissent Ă l’Ă©cran sont traitĂ©s par un Ă©diteur de texte. En dĂ©pit d’un Ă©quipement fort sophistiquĂ© qui permet la mise en mĂ©moire et les retouches du texte, l’opĂ©ration de transcription musicale est fondamentalement voisine de la mĂ©thode traditionnelle et exige des transcripteurs qui ont une parfaite maĂ®trise et de la notation musicale en imprimĂ© et de la notation musicale en braille. De l’Ă©quipe de transcripteurs Ă l’emploi de l’Institut Nazareth et Louis-Braille, trois sont actuellement habilitĂ©s Ă effectuer de la transcription de partitions, mais aucun n’est assignĂ© Ă ce travail Ă plein temps. Il en rĂ©sulte des dĂ©lais Ă©normes de production. De plus, pour les individus, les coĂ»ts sont prohibitifs.
En somme, prĂ©sentement au Canada, aucun organisme n’assure de façon rĂ©gulière et spĂ©cifique la transcription musicale en braille. Pour le musicien aveugle (qu’il soit amateur ou professionnel), l’accès Ă une partition musicale en braille, partition non disponible en bibliothèque, s’avère plus prĂ©occupant qu’il ne l’a jamais Ă©tĂ©.
La crĂ©ation d’un logiciel de transcription en braille de partitions en imprimĂ© pourrait certainement aider Ă pallier, Ă moyen terme, la vulnĂ©rabilitĂ© du service et mĂŞme contribuer Ă simplifier l’opĂ©ration qui, jusqu’Ă maintenant, fait appel Ă une double spĂ©cialisation dont fort peu d’individus ont la maĂ®trise.
La standardisation des symboles musicaux en brailleÂ
Le prĂ©sent atelier semble indiquer une volontĂ© de mise en commun des efforts et, sans doute, des instruments qui en rĂ©sulteront. Or, pour pratiquer cette mise en commun, pour «regarder ensemble dans la mĂŞme direction», la standardisation des symboles musicaux constitue rĂ©ellement un prĂ©alable. Il me paraĂ®t donc dès maintenant essentiel que des membres de notre groupe, ou des personnes qui pourraient y ĂŞtre associĂ©es, puissent travailler de façon spĂ©cifique dans cette direction. Le succès de l’opĂ©ration de normalisation, en plus de simplifier la comprĂ©hension des partitions pour les utilisateurs des diffĂ©rents pays, enrichirait le logiciel Ă bâtir et favoriserait très certainement sa diffusion, ainsi que celle du matĂ©riel produit. C’est l’utilisateur qui y serait gagnant et n’est-ce pas lui que le projet vise Ă mieux servir?
Des Ă©chantillons musicauxÂ
Pour expĂ©rimenter l’efficacitĂ© d’un logiciel de transcription musicale en braille, il serait sans doute utile que soient mis Ă la disposition des concepteurs des Ă©chantillons musicaux Ă complexitĂ© croissante. Je suggère donc qu’une personne ou qu’un groupe de personnes sĂ©lectionne un tel rĂ©pertoire d’Ă©chantillons. Cette opĂ©ration permettrait aux concepteurs du logiciel de dĂ©finir avec prĂ©cision le type de partitions musicales dont la transcription pourrait ĂŞtre assurĂ©e avec efficacitĂ© aux diffĂ©rentes Ă©tapes de son dĂ©veloppement. La nature très variĂ©e des partitions Ă transcrire donne Ă penser qu’il sera probablement impossible, au dĂ©part, de traiter des contenus d’une grande complexitĂ©.
Un rĂ©seau d’informations et de communicationsÂ
La mise en place d’un rĂ©seau d’informations et de communications, non seulement entre organismes mais Ă©galement entre Ă©tats, pourrait s’inscrire au nombre des prĂ©occupations et des projets de notre propre atelier. Ainsi, les utilisateurs seraient en mesure de connaĂ®tre rapidement la nature du matĂ©riel produit et disponible. Ce service spĂ©cifique aux musiciens aveugles aurait vraisemblablement tout intĂ©rĂŞt Ă ĂŞtre intĂ©grĂ© Ă un rĂ©seau plus vaste de communications, de nature supranationale par exemple.
Dans un tel but, l’informatisation des rĂ©pertoires de partitions musicales dĂ©jĂ constituĂ©s dans les divers pays et leurs mises Ă jour s’avèrent, non seulement un besoin, mais une urgence. Bien sĂ»r, cette informatisation des diffĂ©rentes collections devrait de toute Ă©vidence ĂŞtre jumelĂ©e, d’une part, Ă un rĂ©seau de communications permettant l’accès Ă de telles donnĂ©es et, d’autre part, Ă un service de circulation du matĂ©riel permettant de recevoir les partitions recherchĂ©es.
Un tel rĂ©seau d’informations et de communications:
- AccroĂ®trait l’efficacitĂ© de la distribution du matĂ©riel produit, entre autres, Ă l’aide du logiciel de transcription musicale;
- Contribuerait Ă amĂ©liorer la quantitĂ© des outils de travail et d’Ă©tudes des musiciens aveugles;
- Faciliterait l’accès Ă ce matĂ©riel.
De la notation musicale en braille à  la notation musicale en imprimé
Si la crĂ©ation d’un logiciel de transcription de partitions musicales en braille est souhaitĂ©e et fait dĂ©jĂ l’objet d’expĂ©rimentations dans quelques rares lieux, quel est le sort de l’opĂ©ration inverse, soit la crĂ©ation d’un logiciel permettant Ă un non-voyant de produire du texte musical en imprimĂ© ?
Les Ă©tudiants, les interprètes (amateurs et professionnels) ont besoin de partitions musicales en braille, de l’accroissement de la production rĂ©pondant Ă des hauts standards de qualitĂ©. Ce besoin est reconnu. Il a traditionnellement Ă©tĂ© satisfait, bien que la vulnĂ©rabilitĂ© du service soit croissante. Le logiciel de transcription, de plus en plus nĂ©cessaire, n’en constitue pas moins une Ă©volution, une sophistication d’un service dont bĂ©nĂ©ficient, Ă des degrĂ©s variables de satisfaction, les aveugles.
Dans le cas d’un logiciel qui permettrait
- Aux étudiants non-voyants en musique de préparer eux-mêmes une version en noir et blanc de leurs travaux;
- Aux professeurs non-voyants d’Ă©crire, sans intermĂ©diaire d’une tierce personne, des textes musicaux pour leurs Ă©tudiants voyants;
- Aux compositeurs non-voyants de produire leurs œuvres en noir et blanc.
Il ne s’agit plus de l’amĂ©lioration d’un service, il s’agit plutĂ´t de rendre accessible une opĂ©ration qu’aucun organisme n’a jamais assurĂ©e, au Canada en tout cas.
Il y a donc deux faces au miroir de la rĂ©alitĂ© vĂ©cue par les musiciens aveugles en regard des textes Ă manipuler et ce sont ces deux faces que j’expose aux chercheurs. La crĂ©ation de ces deux types d’outils informatiques Ă©largirait l’autonomie de la personne non-voyante et rencontrerait ainsi un des grands objectifs de la sociĂ©tĂ© Ă l’Ă©gard des personnes handicapĂ©es.
Et pourquoi pas un projet de didacticiel ?
Au Canada, comme dans plusieurs autres pays, les Ă©lèves handicapĂ©s vivent Ă l’heure de l’intĂ©gration, de sorte qu’ils frĂ©quentent de plus en plus les Ă©coles rĂ©gulières.
Parce que la notation musicale en braille constitue un code tout Ă fait Ă©tranger Ă la notation musicale en imprimĂ©, l’Ă©lève qui utilise le braille est confrontĂ©, dans le milieu scolaire entre autres, non seulement Ă ses propres limites, mais aussi Ă celles de son entourage. D’une part, il n’est pas toujours en contact avec une personne qui maĂ®trise le code musical en imprimĂ© et, d’autre part, il est très rarement en contact avec une personne qui maĂ®trise le code musical en braille.
Dès lors, il faudrait peut-ĂŞtre commencer Ă explorer la faisabilitĂ© d’un didacticiel permettant aux jeunes d’apprendre la notation musicale en braille par l’intermĂ©diaire de l’informatique… Je dois prĂ©ciser ici qu’un outil comme le versa-braille est largement rĂ©pandu dans le milieu des aveugles au QuĂ©bec. Toutefois, cet Ă©quipement, qui permettrait de travailler avec un tel didacticiel, n’est certainement pas le seul Ă offrir cette possibilitĂ©.
Les objectifs visés
VoilĂ donc trois pistes d’exploration sur la voie de la recherche de solutions aux problèmes rencontrĂ©s par les musiciens aveugles:
- logiciel de transcription musicale en braille;
- logiciel de production en imprimé de textes musicaux manipulés par un aveugle;
- didacticiel de notation musicale.
Chacune de ces trois pistes correspond effectivement Ă des besoins Ă satisfaire pour les musiciens aveugles.
Il faut souhaiter que ces derniers puissent avoir Ă leur disposition, dans un avenir prĂ©visible, de nouveaux outils de travail qui contribueront Ă faire reculer les limites actuelles auxquelles ils font face. Y a-t-il des volontaires?Â
Nicole Trudeau Ph.D.
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Article publié dans :
BIP BIP Informations et rĂ©flexions sur l’informatique en Ă©ducation / Bulletin publiĂ© par la Direction des ressources didactiques de la Direction gĂ©nĂ©rale de l’Ă©valuation et des ressources didactiques au ministère de l’Ă©ducation du QuĂ©bec / no 52, mai 1989, pp. 25-29 / Nicole Trudeau Ph.D. / Partitions musicales pour musiciens aveugles.
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Sur des sujets apparentĂ©s :Â
Partitions musicales produites par ordinateur
La communauté économique européenne et les besoins des musiciens aveugles

Bonjour, y aurait-il des transcriptions de partitions non pas en braille, mais en audio. Car malheureusement je ne connais plus la lecture du braille.