La communauté économique européenne et les besoins des musiciens aveugles

Il faut se réjouir que la Communauté économique européenne (CEE) forme et soutienne un groupe de travail dont l’objet et l’objectif sont centrés sur les besoins des musiciens aveugles et sur la création de supports informatiques visant, entre autres, la transcription de partitions musicales en braille, la production de textes musicaux en noir et blanc par les aveugles eux-mêmes etc.

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La communauté économique européenne et les besoins des musiciens aveugles

Saluons cette heureuse initiative

Il faut se réjouir que la Communauté économique européenne (CEE) forme et soutienne un groupe de travail dont l’objet et l’objectif sont centrés sur les besoins des musiciens aveugles et, plus particulièrement, sur la création de supports informatiques visant, entre autres, la transcription de partitions musicales en braille, la production de textes musicaux en noir et blanc par les aveugles eux-mêmes etc.  Il faut se réjouir également du regroupement des intérêts, des énergies et des compétences que cette initiative engendre.

On me permettra enfin de remercier les organisateurs de cet événement d’avoir associé le Canada à ce mouvement de concertation, mouvement qui vise à accroître les ressources dont pourraient disposer les musiciens aveugles.

La production des partitions musicales en braille au Canada

Je ne peux que souscrire avec enthousiasme au projet de développement d’un logiciel de transcription musicale en braille et à la mise en commun, dans le cadre des présentes séances de travail, des idées, des informations et des expérimentations.

Au Canada, rien n’a encore été engagé dans ce sens, en dépit du fait que les musiciens aveugles sont désormais privés d’un service spécifique de transcription musicale, service pourtant assuré de façon régulière pendant de nombreuses années.

En effet, jusqu’à tout récemment, une équipe de transcripteurs chevronnés travaillait à plein-temps à la production des partitions musicales en braille dans le cadre d’un service mis sur pied à Montréal par The Canadian National Institute for the Blind (CNIB). Ce service répondait, à des coûts fort raisonnables, à toutes les demandes en provenance du Canada. La transcription était effectuée, selon la méthode traditionnelle, à l’aide d’un «Brailler» (dactylo braille).

Ce service régulier a été profondément transformé, puisque, à CNIB, la transcription musicale relève maintenant uniquement de bénévoles; présentement ils sont au nombre de cinq. L’organisme assure la formation de ses bénévoles (formation souvent offerte par correspondance), puis exige de chacun un minimum de 15 heures de travail par semaine.  Ces bénévoles effectuent la transcription soit à l’aide d’un brailler Perkins, soit d’un micro-ordinateur.  Dans ce dernier cas, les programmes alors utilisés sont: le Edit sur APPLE et le Micro-braille sur IBM.

L’Institut Nazareth et Louis-Braille (INLB) organisme québécois de réadaptation pour les  personnes handicapées de la vue, compte, au nombre de ses services, un centre de production de matériel en braille. Une part importante de cette production est consacrée au matériel didactique. Ce centre de production est équipé d’un ordinateur N.C.R. (National Cash Register) modèle Tower 32-600. Les terminaux utilisés sont munis d’un clavier braille à partir duquel la saisie (qu’elle soit de nature musicale ou de nature alphabétique) est effectuée. Les caractères braille qui apparaissent à l’écran sont traités par un éditeur de texte. En dépit d’un équipement fort sophistiqué qui permet la mise en mémoire et les retouches du texte, l’opération de transcription musicale est fondamentalement voisine de la méthode traditionnelle et exige des transcripteurs qui ont une parfaite maîtrise et de la notation musicale en  imprimé et de la notation musicale en braille. De l’équipe de transcripteurs à l’emploi de l’Institut Nazareth et Louis-Braille, trois sont actuellement habilités à effectuer de la transcription de partitions, mais aucun n’est assigné à ce travail à plein-temps. Il en résulte des délais énormes de production. De plus, pour les individus, les coûts sont prohibitifs.

En somme, présentement au Canada, aucun organisme n’assure de façon régulière et  spécifique la transcription musicale en braille.  Pour le musicien (qu’il soit amateur ou professionnel), l’accès à une partition musicale en braille, partition non disponible en bibliothèque, s’avère plus préoccupant qu’il ne l’a jamais été.

La création d’un logiciel de transcription en braille de partitions en imprimé pourrait  certainement aider à pallier, à moyen terme sans doute, à la vulnérabilité du service et possiblement contribuer à simplifier l’opération qui, jusqu’à maintenant, fait appel à une double spécialisation dont fort peu d’individus sont détenteurs.

La standardisation des symboles musicaux en braille 

Le présent atelier (workshop) semble indiquer une volonté de mise en commun des efforts et, ultérieurement sans doute, des produits des efforts de chacun. Or, pour pratiquer cette mise en commun, pour «regarder ensemble dans la même direction», la standardisation des symboles musicaux constitue réellement un préalable. Il me paraît donc dès maintenant essentiel que des membres de notre groupe, ou des personnes qui  pourraient y être associées, puissent travailler de façon spécifique dans cette direction. Le succès de l’opération de normalisation, en plus de simplifier la compréhension des partitions pour les utilisateurs, quelle que soit leur provenance, enrichirait le logiciel à bâtir et favoriserait très certainement sa diffusion, ainsi que celle du matériel produit.  C’est l’utilisateur qui y serait gagnant et n’est-ce pas lui que le projet vise à mieux servir?

Une fois de plus, il me paraît important de réaliser et de répéter que l’accès à l’information (y compris l’information musicale) a de telles contraintes pour les utilisateurs du braille qu’il faut éviter les dispersions d’énergies et les redites.

Échantillons musicaux

Pour valider ou tester l’élaboration d’un logiciel de transcription musicale en braille, il serait sans doute utile que soient mis à la disposition des concepteurs des échantillons musicaux à complexité croissante. Je suggère donc qu’une personne ou qu’un groupe de personnes sélectionne un tel répertoire d’échantillons. Cette opération permettrait aux concepteurs du logiciel de définir avec précision le type de partitions musicales dont la transcription pourrait être assurée avec efficacité aux différentes étapes de son développement. La nature très variée des partitions traiter donne à penser qu’il sera probablement impossible, au départ, d’avoir immédiatement accès à une très grande complexité.

 Un réseau d’informations et de communications

La mise en place d’un réseau d’informations et de communications, non seulement entre organismes mais également entre états, devrait déjà s’inscrire au nombre des préoccupations et des projets de notre groupe de travail. Ainsi, les utilisateurs pourraient connaître rapidement la nature du matériel produit et disponible. Ce service spécifique aux musiciens aveugles pourrait vraisemblablement être intégré à un réseau plus vaste de communications de nature supranationale par exemple.

Dans un tel but, l’informatisation des répertoires de partitions musicales déjà constitués dans les divers pays et leurs mises à jour s’avèrent, non seulement un besoin, mais une urgence. Bien sûr, cette informatisation des différentes collections devrait absolument être jumelée, d’une part, à un réseau de communications permettant l’accès à de telles données et, d’autre part, à un service de circulation du matériel permettant de recevoir les partitions recherchées.

Un tel réseau d’informations et de communications accroitrait l’efficacité de la distribution du matériel produit, entre autres, à l’aide du logiciel de transcription musicale et, du même coup, contribuerait à améliorer la quantité des outils de travail et d’études des musiciens aveugles et son accessibilité.

la production d’un texte musical en imprimé par une personne aveugle

Si la création d’un logiciel de transcription de partitions musicales en braille est souhaitée et fait déjà l’objet d’expérimentations dans quelques rares lieux, quel est le sort de l’opération inverse, soit la création d’un logiciel permettant à un non-voyant de produire du texte musical en imprimé?

Les étudiants, les interprètes (amateurs et professionnels) ont besoin de partitions musicales en braille, de l’accroissement de la production associée à de hauts standards de qualité. Ce besoin est reconnu. Il a traditionnellement été satisfait, bien que la vulnérabilité du service soit croissante. Le logiciel de transcription, de plus en plus nécessaire, n’en constitue pas moins une évolution, une sophistication d’un service dont bénéficient, à des degrés variables de satisfaction, les aveugles.

Dans le cas d’un logiciel qui permettrait – aux étudiants non-voyants en musique de préparer eux-mêmes une version en noir et blanc de leurs travaux, – aux professeurs non-voyants d’écrire, sans l’intermédiaire d’une tierce personne, des textes musicaux, pour leurs étudiants voyants, – aux compositeurs non-voyants de produire leurs oeuvres en noir et blanc, il ne s’agit plus de l’amélioration d’un service, il s’agit plutôt de rendre accessible une opération qu’aucun organisme n’a jamais assuré, au Canada en tout cas.

Il y a donc deux faces au miroir de la réalité vécue par les musiciens aveugles en regard des textes à manipuler et ce sont ces deux faces que j’expose aux chercheurs. La création de ces deux types d’outils informatiques élargirait l’autonomie de la personne non-voyante et rencontrerait ainsi un des grands objectifs de la société à l’égard des personnes handicapées.

Et pourquoi pas un projet de didacticiel? 

Au Canada, comme dans plusieurs autres pays, les élèves handicapés vivent à l’heure de l’intégration. La notation musicale en braille constitue un code tout à fait étranger à la notation musicale en imprimé. Le jeune utilisateur du braille n’est pas toujours en contact avec une personne qui maîtrise le code musical en imprimé et est très rarement en contact avec une personne qui maîtrise le code musical en braille.  Dès lors, il faudrait peut-être commencer à explorer la faisabilité d’un didacticiel permettant aux jeunes d’apprendre la notation musicale en braille par l’intermédiaire de l’informatique… Je dois peut-être préciser ici qu’un outil comme le Versa-Braille est largement répandu dans le milieu des aveugles au Québec. Toutefois, cet équipement n’est certainement pas le seul à permettre l’utilisation d’un tel didacticiel.

Maintenons ensembles le cap dans la même direction

J’ai donc indiqué trois pistes d’exploration sur la voie de la recherche de solutions aux problèmes rencontrés par les musiciens aveugles:

    • logiciel de transcription musicale en braille
    • logiciel de production en imprimé de textes musicaux manipulés par un aveugle
    • didacticiel de notation musicale.

Chacune de ces trois pistes correspond effectivement à des besoins à satisfaire pour les musiciens aveugles.

Il faut souhaiter que ces derniers puissent avoir à leur disposition, dans un avenir prévisible, de nouveaux outils de travail qui contribueront à faire reculer les limites actuelles auxquelles ils font face.

Dans ce but, de telles rencontres devraient se renouveler, parce qu’elles permettent des mises en commun et des ressourcements très certainement stimulants pour chacun et, conséquemment, pour les milieux représentés.

Je désire assurer les initiateurs de cet atelier, les participants aux séances de travail et la Communauté économique européenne de ma collaboration et de celle du Canada sur cette voie de l’accroissement de l’accès au matériel musical pour les aveugles à des fins de formation, de culture et de carrière.

Nicole Trudeau Ph.D.
Canada

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Ce texte en français n’a pas été publié. La présentation a été faite en anglais dans le cadre de l’atelier intitulé: Hardcopy Material for Music, Toulouse, 1988.

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Article publié en anglais dans :

Concerted Action on Technology and Blindness: Medical and Health Research Programme of the European Community / Hardcopy Material for Music, Workshop, Toulouse, September 26-27 1988 / Editor: M. Truquet, / Printed by Technical Development Department, Royal National Institute for the Blind, London, April 1989, pp. 4 to 7 / Nicole Trudeau Ph.D. / Problems Concerning Music for the Blind.

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Problems concerning Music for the Blind

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