1991 – La voix et le chant

Lors du dernier Colloque annuel de la Filiale de Montréal de la Société Kodaly du Canada en mai 1990, j’ai été invitée à présenter un entretien sur la voix et le chant. Cet évènement fut grandement apprécié par les enseignants présents. Voici ma réflexion.

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La voix et le chant

Le colloque de L’Institut Kodaly du Canada, Filiale de MontrĂ©al, nous permettra d’entendre deux chorales qui seront spĂ©cifiquement prĂ©sentĂ©es par leur chef: – le ChĹ“ur Albert Schweitzer de Saint-Bruno dirigĂ© par Madame Margo Valade-Beaudet, – L’Art qui chante au fĂ©minin, chĹ“ur de Laval dirigĂ© par Monsieur Gilbert Patenaude. Mais avant d’Ă©couter ces deux formations vocales, je vous propose une brève rĂ©flexion sur la voix et le chant.

La vie, professionnelle entre autres, impose un rythme et des contraintes qui laissent gĂ©nĂ©ralement peu de place aux temps d’arrĂŞt et de rĂ©flexion. Pourtant, il est non seulement utile mais nĂ©cessaire de considĂ©rer pĂ©riodiquement les motivations premières de cette action professionnelle, ainsi que ses fondements. Dans ce but, je vous soumets donc quelques rĂ©flexions sur les aspects fondamentaux de la voix et du chant, rĂ©flexions inspirĂ©es par le pĂ©dagogue Elmut Lips.

Le Chant 

Le chant est l’une des expressions orales de l’homme. Il est le reflet de chaque ethnie et de son Ă©volution.

Le chant, en dehors de toute considĂ©ration technique et artistique, doit rĂ©pondre Ă  deux exigences de base: l’audibilitĂ© et l’intelligibilitĂ©.

Comme le chant dit «classique», le chant qui relève des traditions orales exige parfois un apprentissage minutieux destiné à traduire par la voix une partition musicale.

L’apprentissage du chant est quelque peu semblable Ă  la conquĂŞte de la parole par le nouveau-nĂ©. Certains principes physiologiques identiques et immuables gouvernent donc l’Ă©mission vocale du chant et prĂ©cèdent toute spĂ©cialisation.

La mère et la famille, – les Ă©ducateurs, les Ă©ducatrices et la garderie, – le maĂ®tre et l’Ă©cole, – le chef de chĹ“ur et la chorale enfantine sont les domaines de la vie qui agissent sur le dĂ©veloppement moral, intellectuel, social, physique et artistique de l’enfant et, plus spĂ©cifiquement, sur son dĂ©veloppement musical et vocal par un travail Ă©ducatif.

La mère et la famille  

Sous la conduite de sa mère et au sein de sa famille, l’enfant vit sa première tranche d’expĂ©riences. Sans apprentissage, l’enfant trouve, dès les premières semaines, certaines formes d’expression vocale: il crie de colère, de faim, de soif, d’ennui, etc. Sa tessiture comprend dĂ©jĂ  de six Ă  huit tons et demie. Durant cette pĂ©riode, la respiration et l’usage de la voix vont de pair : une respiration calme, relativement lente, correspond Ă  une attaque douce et Ă  des sons prolongĂ©s qui expriment la joie et le bien-ĂŞtre. Progressivement, l’enfant apprend Ă  reconnaĂ®tre les voix. Il dĂ©couvre Ă©galement, au cours des premières semaines, la puissance de sa propre voix et son usage.

Ă€ partir de la 14e semaine environ, l’enfant commence Ă  «chanter»: il produit, pour son plaisir, des sons de diffĂ©rentes hauteurs et s’en rĂ©jouit. C’est la pĂ©riode du balbutiement. Ces premiers balbutiements reprĂ©sentent le premier aspect d’un exercice vocal.

C’est entre 10 et 12 mois que l’on inculque Ă  l’enfant des mots simples qu’il retient. On pourrait dĂ©signer cette pĂ©riode : pĂ©riode de l’imitation du langage; c’est celle qui va le mener vers la production vocale qui fonctionne de façon parfaite: pas d’enrouement, pas de fatigue vocale.

L’Ă©largissement du milieu social

Puis, les voix commencent inconsciemment Ă  perdre leur Ă©quilibre sous l’influence de nombreux mauvais modèles qui portent atteinte Ă  l’utilisation, jusque-lĂ  si saine et si naturelle, de la voix.

Lorsque l’enfant commence Ă  frĂ©quenter un milieu social plus large que celui de sa famille immĂ©diate, il sent le besoin de s’affirmer dans ce nouveau milieu: il faut ĂŞtre fort ou plus fort, bruyant ou plus bruyant; il faut chanter plus fort, crier, exagĂ©rer, poitriner, etc.

La formation des éducateurs et des maîtres 

Et c’est ici que doit se poser de nouveau la question de la formation vocale des Ă©ducateurs et des Ă©ducatrices Ĺ“uvrant auprès des jeunes enfants, mais aussi des enseignants et des enseignantes en milieu scolaire. Aussi longtemps que les responsables de la formation des maĂ®tres Ă  l’universitĂ© ne prendront pas conscience et position Ă  cet Ă©gard, on ne peut s’attendre Ă  des modifications sensibles de l’utilisation de la voix, particulièrement de «la voix chantĂ©e» chez les enfants. VoilĂ  donc un champ d’intervention de première importance…! Pour ceux qui sont convaincus que la formation vocale devrait constituer un Ă©lĂ©ment de base de la pratique Ă©ducative, et, par consĂ©quent, de la formation qui y prĂ©pare.

Le maître à l’école

Après la mère, le premier modèle de l’enfant, l’Ă©ducateur ou l’Ă©ducatrice en garderie, son second modèle, c’est le maĂ®tre Ă  l’Ă©cole qui devient le modèle Ă  suivre. Ce dernier exerce une influence, inconsciente et involontaire, mais exceptionnelle sur les enfants obligĂ©s de le subir auditivement pendant de longues heures chaque jour. On peut prĂ©sumer que, comme nous, les enfants prĂ©fèrent Ă©couter une voix bien placĂ©e, une belle voix. La voix, ne l’oublions pas, est plus qu’un moyen de communication, elle est un pont de personne Ă  personne. Or, les enseignants parlent et chantent, dans la très grande majoritĂ© des cas, sans aucun contrĂ´le de leur voix; de lĂ , bien sĂ»r, de si frĂ©quents problèmes et de tout aussi frĂ©quentes fatigues vocales.

Le chef de chœur 

Si le maĂ®tre reprĂ©sente, vocalement, un modèle pour l’enfant, que dire du chef de chĹ“ur? Puisqu’il lui revient de former la voix et le talent musical, il se doit de maĂ®triser les divers aspects de  l’Ă©ducation vocale. Il doit ĂŞtre pleinement conscient de sa tâche humaine et artistique, car l’Ă©ducation de la voix est plus que la formation ou le perfectionnement d’une voix, c’est la formation d’un ĂŞtre humain. Le chef de chĹ“ur doit possĂ©der le don de provoquer sans cesse l’enthousiasme de ses Ă©lèves, d’augmenter le plaisir et la joie qu’ils Ă©prouvent Ă  chanter. Il doit chercher Ă  leur apprendre Ă  chanter d’une façon aussi naturelle que possible. Convaincu que l’Ă©ducation de l’ouĂŻe est une donnĂ©e fondamentale de l’Ă©ducation de la voix, il apprend d’abord Ă  chacun Ă  s’Ă©couter lui-mĂŞme pour ĂŞtre ensuite capable de diriger l’appareil vocal Ă  l’aide de son ouĂŻe.

Toutes ces qualitĂ©s de chef de chĹ“ur, Madame Margo Valade-Beaudet et Monsieur Gilbert Patenaude les ont parfaitement intĂ©grĂ©es et c’est avec plaisir  que nous Ă©couterons les voix qu’ils vont maintenant diriger.

Nicole Trudeau Ph.D.

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Référence :

LIPS, Elmut / La voix chantĂ©e de l’enfant et les chorales enfantines, fondements de la culture vocale / (ConfĂ©rence prononcĂ©e dans le cadre du Congrès d’Orthophonie Ă  Lyon) / Texte français rĂ©alisĂ© avec la collaboration de Christine Hamel et publiĂ© avec l’autorisation de l’auteur.

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Article publié dans :

Alla Breve Revue de la Société Kodaly du Canada (IKCFM) / vol. 16, no 1, octobre 1991, pp. 12-13 / Nicole Trudeau Ph.D. /  La voix et le chant

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