La voix et le chant

Lors du dernier Colloque annuel de la Filiale de Montréal de la Société Kodaly du Canada en mai 1990, j’ai été invitée à présenter un entretien sur la voix et le chant. Cet évènement fut grandement apprécié par les enseignants présents. Voici ma réflexion.

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La voix et le chant

Le colloque de L’Institut Kodaly du Canada, Filiale de Montréal, nous permettra d’entendre deux chorales qui seront spécifiquement présentées par leur chef: – le Chœur Albert Schweitzer de Saint-Bruno dirigé par Madame Margo Valade-Beaudet, – L’Art qui chante au féminin, chœur de Laval dirigé par Monsieur Gilbert Patenaude. Mais avant d’écouter ces deux formations vocales, je vous propose une brève réflexion sur la voix et le chant.

La vie, professionnelle entre autres, impose un rythme et des contraintes qui laissent généralement peu de place aux temps d’arrêt et de réflexion. Pourtant, il est non seulement utile mais nécessaire de considérer périodiquement les motivations premières de cette action professionnelle, ainsi que ses fondements. Dans ce but, je vous soumets donc quelques réflexions sur les aspects fondamentaux de la voix et du chant, réflexions inspirées par le pédagogue Elmut Lips.

Le Chant 

Le chant est l’une des expressions orales de l’homme. Il est le reflet de chaque ethnie et de son évolution.

Le chant, en dehors de toute considération technique et artistique, doit répondre à deux exigences de base: l’audibilité et l’intelligibilité.

Comme le chant dit «classique», le chant qui relève des traditions orales exige parfois un apprentissage minutieux destiné à traduire par la voix une partition musicale.

L’apprentissage du chant est quelque peu semblable à la conquête de la parole par le nouveau-né. Certains principes physiologiques identiques et immuables gouvernent donc l’émission vocale du chant et précèdent toute spécialisation.

La mère et la famille, – les éducateurs, les éducatrices et la garderie, – le maître et l’école, – le chef de chœur et la chorale enfantine sont les domaines de la vie qui agissent sur le développement moral, intellectuel, social, physique et artistique de l’enfant et, plus spécifiquement, sur son développement musical et vocal par un travail éducatif.

La mère et la famille  

Sous la conduite de sa mère et au sein de sa famille, l’enfant vit sa première tranche d’expériences. Sans apprentissage, l’enfant trouve, dès les premières semaines, certaines formes d’expression vocale: il crie de colère, de faim, de soif, d’ennui, etc. Sa tessiture comprend déjà de six à huit tons et demie. Durant cette période, la respiration et l’usage de la voix vont de pair : une respiration calme, relativement lente, correspond à une attaque douce et à des sons prolongés qui expriment la joie et le bien-être. Progressivement, l’enfant apprend à reconnaître les voix. Il découvre également, au cours des premières semaines, la puissance de sa propre voix et son usage.

À partir de la 14e semaine environ, l’enfant commence à «chanter»: il produit, pour son plaisir, des sons de différentes hauteurs et s’en réjouit. C’est la période du balbutiement. Ces premiers balbutiements représentent le premier aspect d’un exercice vocal.

C’est entre 10 et 12 mois que l’on inculque à l’enfant des mots simples qu’il retient. On pourrait désigner cette période : période de l’imitation du langage; c’est celle qui va le mener vers la production vocale qui fonctionne de façon parfaite: pas d’enrouement, pas de fatigue vocale.

L’élargissement du milieu social

Puis, les voix commencent inconsciemment à perdre leur équilibre sous l’influence de nombreux mauvais modèles qui portent atteinte à l’utilisation, jusque-là si saine et si naturelle, de la voix.

Lorsque l’enfant commence à fréquenter un milieu social plus large que celui de sa famille immédiate, il sent le besoin de s’affirmer dans ce nouveau milieu: il faut être fort ou plus fort, bruyant ou plus bruyant; il faut chanter plus fort, crier, exagérer, poitriner, etc.

La formation des éducateurs et des maîtres 

Et c’est ici que doit se poser de nouveau la question de la formation vocale des éducateurs et des éducatrices œuvrant auprès des jeunes enfants, mais aussi des enseignants et des enseignantes en milieu scolaire. Aussi longtemps que les responsables de la formation des maîtres à l’université ne prendront pas conscience et position à cet égard, on ne peut s’attendre à des modifications sensibles de l’utilisation de la voix, particulièrement de «la voix chantée» chez les enfants. Voilà donc un champ d’intervention de première importance…! Pour ceux qui sont convaincus que la formation vocale devrait constituer un élément de base de la pratique éducative, et, par conséquent, de la formation qui y prépare.

Le maître à l’école

Après la mère, le premier modèle de l’enfant, l’éducateur ou l’éducatrice en garderie, son second modèle, c’est le maître à l’école qui devient le modèle à suivre. Ce dernier exerce une influence, inconsciente et involontaire, mais exceptionnelle sur les enfants obligés de le subir auditivement pendant de longues heures chaque jour. On peut présumer que, comme nous, les enfants préfèrent écouter une voix bien placée, une belle voix. La voix, ne l’oublions pas, est plus qu’un moyen de communication, elle est un pont de personne à personne. Or, les enseignants parlent et chantent, dans la très grande majorité des cas, sans aucun contrôle de leur voix; de là, bien sûr, de si fréquents problèmes et de tout aussi fréquentes fatigues vocales.

Le chef de chœur 

Si le maître représente, vocalement, un modèle pour l’enfant, que dire du chef de chœur? Puisqu’il lui revient de former la voix et le talent musical, il se doit de maîtriser les divers aspects de  l’éducation vocale. Il doit être pleinement conscient de sa tâche humaine et artistique, car l’éducation de la voix est plus que la formation ou le perfectionnement d’une voix, c’est la formation d’un être humain. Le chef de chœur doit posséder le don de provoquer sans cesse l’enthousiasme de ses élèves, d’augmenter le plaisir et la joie qu’ils éprouvent à chanter. Il doit chercher à leur apprendre à chanter d’une façon aussi naturelle que possible. Convaincu que l’éducation de l’ouïe est une donnée fondamentale de l’éducation de la voix, il apprend d’abord à chacun à s’écouter lui-même pour être ensuite capable de diriger l’appareil vocal à l’aide de son ouïe.

Toutes ces qualités de chef de chœur, Madame Margo Valade-Beaudet et Monsieur Gilbert Patenaude les ont parfaitement intégrées et c’est avec plaisir  que nous écouterons les voix qu’ils vont maintenant diriger.

Nicole Trudeau Ph.D.

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Référence :

LIPS, Elmut / La voix chantée de l’enfant et les chorales enfantines, fondements de la culture vocale / (Conférence prononcée dans le cadre du Congrès d’Orthophonie à Lyon) / Texte français réalisé avec la collaboration de Christine Hamel et publié avec l’autorisation de l’auteur.

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Article publié dans :

Alla Breve Revue de la Société Kodaly du Canada (IKCFM) / vol. 16, no 1, octobre 1991, pp. 12-13 / Nicole Trudeau Ph.D. /  La voix et le chant

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