Tactile Graphics in Braille Texts (en français)

Présentation et description du projet de recherche sur le graphisme tactile en cours à l’Université du Québec à Montréal depuis 1990. Rappel du contexte général de normalisation. Focus sur une première expérimentation auprès d’apprenants handicapés visuels en situation d’études.

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Tactile Graphics in Braille Texts1 (en français)

1  Introduction

Le but de notre communication est de présenter et de décrire le projet de recherche en cours à l’Université du Québec à Montréal depuis le début de 1990, sur le graphisme tactile. Nous ferons tout d’abord un rapide historique du projet global de normalisation. Nous présenterons ensuite, de façon détaillée la recherche sur le graphisme tactile en nous attardant sur une première expérimentation auprès d’apprenants handicapés visuels. Nous conclurons en précisant un certain nombre de paramètres qui feront l’objet d’expérimentations futures.

2  Historique

Au début des années 1980, le ministère de l’Éducation du Québec commence à financer la production de matériel en braille d’abord pour les étudiants du niveau universitaire, puis, progressivement, pour les élèves des niveaux primaire et secondaire. La production accrue de documents didactiques en braille rend alors impérieuse la standardisation. Cette standardisation implique d’une part le format et d’autre part des symboles spécifiques non disponibles à l’intérieur du système braille initial.

En 1985, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Science (MESS) s’implique dans le processus de normalisation et commence à subventionner des projets de recherche qui ont conduit, en 1990, à la publication du premier tome du Code de transcription de l’imprimé en braille. Cet ouvrage a été officiellement lancé au Québec en mai 1990 et en France en octobre 1991.

D’une part, le Code de transcription de l’imprimé en braille fait siennes des «façons de faire» adoptées par le code of braille textbook formats and techninues. D’autre part, il innove: placé dans le contexte spécifique de la langue française, il prend en compte tant les abréviations spécifiques à cette langue que les symboles et les règles typographiques qui régissent le traitement des textes en langue française.

Avec le premier tome, le Code de transcription de l’imprimé en braille n’a pas couvert l’ensemble des éléments à normaliser lors de la transcription en braille. C’est pourquoi, depuis janvier 1990, grâce à des subventions du MESS, nous sommes engagées dans la Phase II du processus de normalisation des documents de langue française. Au nombre des éléments à normaliser au cours de cette phase, il y a, entre autres, les notes et références, la couleur et le graphisme tactile. C’est le graphisme tactile qui mobilise donc présentement toutes nos énergies.

De façon de plus en plus pressante, les individus et les organismes réclament que les planches tactiles (lorsqu’elles sont réalisées) soient incluses à l’intérieur du volume en braille. Avec la technique utilisée (aluminium foil and thermoforming) les planches tactiles se retrouvent soit à la fin du volume en braille (si elles ne sont pas trop nombreuses), soit dans des volumes supplémentaires. Les utilisateurs de tels instruments en mesurent l’utilité certes, mais aussi la lourdeur et la lenteur de manipulation. De plus, l’absence de normes pour des aspects aussi élémentaires que les liens et renvois du texte en braille aux planches tactiles et inversement n’allège pas le processus de consultation et de travail. L’absence, non moins importante de normes pour encadrer l’élaboration et la production des planches tactiles engendre une autonomie restreinte des personnes handicapées visuelles quant à l’utilisation et à l’interprétation correcte du message communiqué. De plus, les producteurs de planches tactiles trouvent extrêmement encombrant l’entreposage du matériel de base (les matrices).

3  Objectifs

Dans le contexte général de la normalisation, d’une part, et à l’écoute des besoins du milieu, d’autre part, le projet de recherche sur le graphisme tactile se doit donc:

      • d’établir des normes pour la production du matériel graphique sous le mode de décodage tactile;
      • de constituer une banque informatisée d’éléments graphiques répondant aux normes définies.

4  Démarche de recherche

Le projet de normalisation du graphisme tactile comprend les étapes suivantes:

      • examen et évaluation de l’équipement disponible pour la production du graphisme tactile;
      • recensement des études sur le sujet;
      • inventaire des types de graphiques présents dans les manuels scolaires utilisés en classe pour les niveaux élémentaire et secondaire1. Cet examen comprend les manuels de mathématiques, biologie, écologie, géographie, science de la nature, initiation à la technologie, etc.

5  Evaluation de l’équipement disponible

5.1  L’imprimante Braille

Les volumes en braille étant produits (pour le texte) par des imprimantes braille, la voie la plus directe vers une production graphique tactile intégrée au texte semblait celle de l’utilisation de l’imprimante braille. Ce fut donc le premier équipement étudié et testé pour son potentiel graphique conjugué au traitement informatisé de l’image.

Les résultats de cette étude se sont avérés majoritairement négatifs.  Il nous faut tout de même préciser que les attributs positifs de cette imprimante sont qu’elle permet l’utilisation d’une qualité de papier très satisfaisante pour les utilisateurs et l’inclusion des représentations graphiques et du texte ou tout simplement des informations de nature alphabétique et numérique.

Cependant la simple tentative de reproduire des droites en imputant à chacune un angle différent a suffi à démontrer l’impossibilité, pour une imprimante Braille (même gérée par un excellent logiciel de traitement graphique) de reproduire avec précision des formes géométriques de base autres que le carré et le rectangle. Partout ailleurs, il y a distorsion dans l’élaboration de la ligne. La précision des formes étant impossible, il a été inutile de s’attarder sur les autres dimensions (ou paramètres) du graphisme tactile produits par une imprimante braille.

5.2  L’imprimante à jet d’encre

Après avoir examiné quelques échantillons d’illustrations tactiles réalisées par l’imprimante à jet d’encre solide PixelMaster et cru discerner dans cet appareil un potentiel intéressant, nous en avons fait l’acquisition.

L’imprimante PixelMaster ne se veut pas une imprimante à potentiel tactile. C’est d’abord une imprimante couleur. Cependant, les diverses superpositions de couches d’encre produisent des reliefs tactilement intéressants et mesurables. Le relief minimum est de 0,045 mm, alors que le relief maximum est de 0,225 mm. Nous avons fait l’hypothèse que cette gradation du relief, bien que limitée et inférieure au relief du point braille standard (13 à 15 millièmes de pouce) offre un potentiel qui mérite d’être considéré, surtout en regard des alternatives disponibles.

Notre démarche d’expérimentation, tant avec l’imprimante PixelMaster qu’avec l’imprimante Braille, va du simple vers le plus complexe. Nous avons donc repris, avec l’imprimante PixelMaster, le tracé des jeux de lignes à angles modifiés, puis, le tracé de formes géométriques de base de différentes tailles. Ces tests élémentaires ont donné des résultats satisfaisants en comparaison des tests similaires faits avec l’imprimante braille.  La PixelMaster permet une très grande précision du tracé de l’image tactile.

En outre, les paramètres de hauteur de ligne (relief), de largeur de ligne et de textures de surfaces présentent individuellement une gamme d’options et leur conjugaison accroît les possibilités.

Cependant la PixelMaster présente certains désavantages dans sa version actuelle:

    • elle ne permet que l’emploi du papier 8,5/11?? et d’épaisseur standard;
    • elle génère une modification de la texture de la ligne selon l’orientation de cette dernière, principalement lorsque l’on utilise le relief maximum (0,225 mm).

Il n’en reste pas moins qu’à ce stade-ci de la recherche, les avantages de la PixelMaster l’emportent sur ses désavantages.

Cette imprimante, dans sa version actuelle, permet:

    • un tracé très précis;
    • une gradation de 3 échelons du relief;
    • une gamme étendue de textures de surfaces;
    • une grande flexibilité au niveau des différentes largeurs de lignes;
    • l’insersion d’anotations alphabétiques et numériques et même de lignes de texte en points braille.

Pour nous conforter dans les observations faites et afin de vérifier si nous étions sur une voie acceptable par les utilisateurs, nous avons planifié et réalisé une expérimentation auprès d’un groupe d’apprenants, en juin 1991. Cette expérimentation s’imposait pour déterminer la pertinence de poursuivre le travail de représentation graphique tactile et de normalisation.

Il semble illusoire de croire qu’il peut y avoir dichotomie totale entre l’outil utilisé pour la production du matériel tactile et les normes à concevoir, à proposer et à appliquer. De là l’importance d’une technologie adaptée et sophistiquée permettant de répondre aux besoins bien ciblés des utilisateurs du graphisme tactile dans des contextes diversifiés.

6  Expérimentation

6.1  Objet de l’expérimentation

L’expérimentation vise à vérifier l’habileté des sujets à différencier tactilement les divers reliefs des lignes.

Hypothèses de base de l’expérimentation:

(a)  le relief minimum produit par l’imprimante PixelMaster (0,045 mm) est tactile­ment reconnaissable;

(b)  plus le relief est accentué, plus la reconnaissance tactile est rapide;

(c)  l’orientation des lignes n’interfère pas avec la perception du relief;

(d)  il est possible de distinguer les 3 niveaux de relief de lignes réalisables avec l’imprimante PixelMaster;

(e)  la qualité du papier influence la perception tactile du   relief des lignes:  sur papier satiné la perception tactile est plus facile et, par conséquent, plus rapide;

6.2  Sujets sélectionnés pour l’expérimentation

Critères de sélection:

Les critères suivants ont présidé à la sélection des sujets:

    • être actuellement aux études soit au 2e cycle du niveau primaire, soit au 1er ou au 2e cycle du niveau secondaire, soit au niveau collégial;
    • être sans autre handicap que celui de la cécité;
    • utiliser le braille comme mode régulier de travail (lecture et écriture) depuis au moins 2 ans.

Les sujets qui ont accepté de participer à l’expérimentation et qui répondent à ces critères sont au nombre de 25 (16 filles et 9 garçons). L’âge minimum est de 10 ans, l’âge maximum de 23 ans et L’âge moyen est de 16,72 ans.

Ils se répartissent ainsi quant aux niveaux d’études:

    • 20 fréquentent le niveau secondaire:
      • 2 en secondaire I,
      • 3 en secondaire II,
      • 6 en secondaire III,
      • 1 en secondaire Iv,
      • 3 en secondaire V,
      • 3 en cheminement particulier,
      • 1 en formation continue,
      • 1 en alternance école/travail.
      • 1 sujet préquente le 2e cycle du niveau primaire;
    • 3 fréquentent le niveau collégial;
    • 1 poursuit des études post-collégiales.

Les 25 sujets fréquentent 11 institutions scolaires différentes. L’étalement géographique des 25 sujets rencontrés couvre 4 régions différentes du Québec:

    • 2 sont de l’île de Montréal;
    • 2 de la région des Laurentides;
    • 11 de la Montérégie (Rive-Sud de Montréal);
    • 10 sont de la région de Québec.

6.3  Protocole d’expérimentation2

Deux expérimentateurs rencontrent conjointement chaque sujet soit dans un local de l’école qu’il fréquente, soit à son domicile (ce choix, proposé à l’élève, est laissé à son entière discrétion).

Ils respectent les diverses étapes de la démarche retenue:

    • accueillent l’élève et se présentent;
    • expliquent ainsi l’exercice:
      • on te présentera des feuilles sur lesquelles il y a des lignes en relief;
      • on te posera une question avant l’examen de chaque feuille; chaque question sera lue deux fois;
      • on placera une feuille devant toi;
      • on te placera les mains sur la feuille à l’endroit exact où tu commenceras à examiner les lignes dans le but de répondre à la question;
      • on te demande de ne pas modifier la position de la feuille pendant que tu l’examines (ne pas tourner la feuille, par exemple);
      • on te rappellera à chaque question la définition des lignes soit horizontales, soit verticales soit obliques;
      • une seule réponse est acceptée pour chaque question (la pre­mière);
      • lorsque la réponse est donnée, l’expérimentateur retire la feuille examinée et inscrit la réponse sur une feuille;
      • il y aura de courtes pauses après chaque groupe de questions;
      • à la fin de l’expérimentation, on te posera quelques questions d’ordre général;
    • présentent au sujet, à titre préliminaire, une feuille sur laquelle on retrouve un prototype de chacune des 3 catégories de lignes incluses dans l’expérimentation: lignes horizontales, lignes verticales et lignes obliques dans le but de lui démontrer la façon de procéder pour le décodage: une main conserve son point d’ancrage pendant que l’autre main explore les lignes; ainsi:
    • pour les lignes horizontales, l’expérimentateur pose l’index de la main gauche du sujet à l’extrémité gauche de la ligne supérieure et l’index de la main droite à l’extrémité droite de la ligne supérieure; l’une des mains reste en place, l’autre main explore les lignes;
    • pour les lignes verticales, l’expérimentateur pose l’index de la main gauche du sujet au sommet de la ligne de gauche et l’index de la main droite à l’extré­mité inférieure de la même ligne de gauche; l’une des mains reste en place, l’autre main explore les lignes;
    • pour les lignes obliques, l’expérimentateur pose l’index de la main gauche à l’extré­mité supérieure de la ligne la plus éloignée du corps et l’index de la main droite à l’extrémité inférieure de la ligne la plus éloignée du corps; l’une des mains reste en place, l’autre main explore les lignes.

Afin d’assurer une démarche rigoureuse et constante tout au long de l’expérimentation qui s’étale sur deux semaines, les expérimentateurs conviennent du partage des tâches avant la 1re rencontre et conservent cette organisation pour toutes les rencontres: lecture des questions, remise des figures, emplacement des mains du sujet sur chaque figure, notation des réponses, opération du chronomètre, notation du temps de réponse. Les expérimentateurs évitent tout échange sur l’expérimentation en cours pendant les pauses.

6.4  Matériel d’expérimentation

6.4.1  Les figures

Les figures qui constituent le coeur de l’expérimentation sont au nombre de 42. Chaque figure est tracée sur une feuille différente et se compose d’un groupe de 3 lignes en relief.  La dimension des feuilles est de 8,5/11 ??. Toutes les lignes ont exactement la même longueur (12 cm), la même largeur (0,2 mm), le même espacement entre elles (1 cm).3 L’orientation des lignes obliques est de 45 #. L’aménagement des lignes dans la page est identique.  Sur chaque feuille, le numéro de la figure est inscrit sans relief (pour ne pas interférer avec le décodage tactile spécifique à l’expérimentation) et correspond au numéro de la question.  Deux types de papier sont utilisés: le papier dit mat (Roland Concorde bond 10M) et le papier dit satiné (Roland 10M blanc à grain long LT 2000).

La structure de l’expérimentation s’appuie sur 21 compositions linéaires. Mais, comme l’hypothèse (e) associe le décodage tactile à la qualité du papier, les 21 compositions linéaires sont réalisées, d’une part, sur papier mat et, d’autre part, sur papier satiné.  L’ordre de présentation des figures se voulant non systématique, il a été le fruit du hasard.4

Des 21 compositions linéaires de base, 9 regroupent 3 lignes de relief identique :

    • 3 lignes horizontales, 3 lignes verticales et 3 lignes obliques de relief maximum (0,225 mm);
    • 3 lignes horizontales, 3 lignes verticales et 3 lignes obliques de relief intermédiaire (0,085 mm);
    • 3 lignes horizontales, 3 lignes verticales et 3 lignes obliques de relief minimum (0,045 mm).

Par conséquent, des 21 compositions linéaires de base, 12 regroupent 3 lignes de reliefs mixtes, c’est-à-dire, présentant, dans un ordre varié, les 3 reliefs correspondant au potentiel de l’imprimante PixelMaster. Ces 12 feuilles incluent

    • 4 compositions linéaires horizontales aux reliefs mixtes,
    • 4 compositions linéaires verticales aux reliefs mixtes,
    • 4 compositions linéaires obliques aux reliefs mixtes.

Ces patrons initiaux imprimés sur papier mat sont repris intégralement sur papier satiné.

De plus, comme nous l’avons indiqué à la section 6.3, les 3 catégories de lignes utilisées dans l’expérimentation sont présentées sur une même feuille pour initier le sujet à la tâche essentielle qu’il aura à accomplir.

6.4.2  Le questionnaire

Parallèlement aux 42 figures tactiles élaborées avec l’imprimante PixelMaster, 42 blocs de questions sont associés aux figures et successivement lues au sujet. Chaque bloc de questions impliquant une même figure s’articule en 3 éléments:  une question principale, une sous-question 1 et une sous-question 2. Au début de la formulation de chaque question principale, la figure est décrite. Voici un exemple d’une question principale:

QUEST. 1.  Voici 3 lignes horizontales (qui s’étirent de gauche à droite).  Ces lignes ont-elles le même relief, c’est-à-dire, s’élèvent-elles toutes de la même manière sur la feuille ?

a) oui

b) non

L’un des expérimentateurs encercle la lettre qui correspond à la réponse donnée et précise la main que le sujet a utilisée pour l’exploration pendant que l’autre expérimentateur inscrit le temps utilisé par le sujet pour exprimer une réponse.

Si le sujet répond par l’affirmative, l’expérimentateur passe au bloc suivant de questions et, parallèlement, à une nouvelle figure. Par contre, si le sujet répond par la négative, l’expérimentateur poursuit avec la même figure et lit la première sous-question dont voici un exemple :

Dis-moi quelle ligne a le moins de relief?

c) La ligne du bas
d) La ligne du milieu ?
e) La ligne du haut ?

Puis à la deuxième sous-question dont voici également un exemple :

Quelle ligne a le plus de relief ?

f) La ligne du bas ?
g) La ligne du milieu ?
h) La ligne du haut ?

Dans ces deux derniers cas, comme dans le cas de la question principale, les expérimentateurs inscrivent les réponses, la main utilisée pour l’exploration et le temps (exprimé en secondes) nécessaire au sujet pour fournir sa réponse.

6.4.3  Déroulement de l’expérimentation

Pour chacun des 42 blocs de questions et figures, les expérimentateurs

    • lisent lentement tour à tour la même question (la question est donc entendue 2 fois);
    • rappellent au sujet, avant la lecture de chaque question, qu’il ne doit explorer qu’avec une seule main pendant que l’autre reste immo­bile;
    • disposent la feuille sur la table devant le sujet dans le sens que ce dernier doit l’examiner, c’est-à-dire, face au sujet;
    • posent les mains du sujet directement sur la figure en respectant les consignes exposées dans le protocole;
    • mettent le chronomètre en marche au moment où les mains du sujet ont été posées sur la feuille; ils l’arrêtent lorsque la réponse a été donnée; ils inscrivent (en secondes) le temps utilisé;
    • lorsque toutes les figures ont été examinées, font compléter les quelques questions relatives à l’identification du sujet (nom, âge, niveau scolaire, école fréquentée, commission scolaire répondante);
    • invitent l’élève à communiquer ses réactions et commentaires face à l’exercice qu’il vient de réaliser et en prennent note avec précision;
    • remercient le sujet et lui offrent une copie en braille d’un aperçu du projet auquel il collabore et du contexte plus général dans lequel il se situe.

6.5  Aperçu des résultats de l’expérimentation

6.5.1  Les données

La somme des données accumulées par les réponses aux 42 blocs de questions de 3 niveaux par 25 sujets permet un examen sous de nombreux angles. Dans le cadre de cet article, nous nous bornerons à faire ressortir les aspects qui correspondent directement aux 5 hypothèses de base de l’expérimentation.

Il est toutefois intéressant de préciser, de façon générale, que le taux moyen d’erreurs par sujet est peu élevé et que les erreurs sont concentrés chez quelques sujets.

Les taux moyens d’erreurs pour chaque catégorie de questions sont les suivants:

    • questions principales / 04,9%
    • sous-questions 1 / 04,5%
    • sous-questions 2 / 04,0%

Ces chiffres nous parlent donc aussi des taux de réussite donc de:

    • 95,1%, 95,5% et de 96%.

Compte tenu que,

    • pour les questions principales,  2 sujets ont cumulé 23,8%
    • pour la sous-question 1,  4 sujets ont cumulé 11,9%
    • pour la sous-questions 2,  3 sujets ont cumuli 14,5%,

les taux moyens d’erreurs, excluant ces sujets marginaux, se ramènent à 3,09%, 3,09% et 2,6% et, par conséquent, les taux de réussite à 96,1%, 96,1% et 97,4%.

6.5.2  La 1re hypothèse

Incontestablement, le relief minimum (0,045 mm) produit par l’imprimante PixelMaster est tactilement reconnaissable. Le faible taux d’erreurs contribue déjà à cette démonstration. En effet, d’une part, 50% des sujets ont répondu correctement aux questions impliquant le relief minimum et, d’autre part, le nombre moyen d’erreurs par question principale se chiffre à 6,7%. De plus, si on associe au paramètre relief le paramètre temps de réponse, on renforce la confirmation de cette hypothèse.  En effet, des 4 compositions linéaires étudiées du point de vue du relief, celle qui se reconnaît le plus rapidement est la composition linéaire de relief minimum (0,045 mm).

relief intermédiaire  /  (0,045 mm)   /  11,48 secondes

relief maximum  /  (0,225 mm)  /  11,44 secondes

relief minimum  /  (0,045 mm)  /  09,46 secondes

reliefs multiples  /  (0,045/0,085/0,225)4  /   08,03 secondes

6.5.3  La 2e hypothèse

La démonstration précédente infirme cette 2e hypothèse qui affirme que plus le relief est accentué, plus la reconnaissance tactile est rapide. L’expérimentation fait la preuve que les sujets mettent prêt de 2 secondes de plus pour identifier les compositions graphiques de relief maximum (0,225) que pour identifier les compositions graphiques de même nature, mais de relief minimum (0,045). (Voir tableau à la section 6.5.2).

6.5.4  La 3e hypothèse

La troisième hypothèse affirme que l’orientation des lignes n’interfère pas avec la perception du relief. Cette hypothèse qui implique deux paramètres: l’orientation des lignes et le relief, ne peut être vérifiée à cause du nombre limité des figures n’ayant qu’un relief. Cependant, les résultats des données analysées du point de vue de l’orientation des lignes peut être comparé à ce que nous avons perçu comme étant un point faible de l’imprimante Pixelmaster.

Il s’agit de son incapacité à générer une texture de ligne constante indépendamment de l’orientation. Les résultats révèlent que les lignes les plus faciles à reconnaître sont les lignes verticales, même si l’imprimante Pixelmaster leur associe une texture plus rugueuse. Une étude du nombre moyen d’erreurs analysé du point de vue de l’orientation des lignes montre la gradation suivante:

      • Lignes verticales  /  0.79 erreurs
      • Lignes horizontales  /  1.14 erreurs
      • Lignes obliques  /  1.71 erreurs

Il s’avère que les sujets ont fait deux fois plus d’erreurs avec les lignes obliques qu’avec les lignes verticales.

Nous devons souligner que l’orientation des lignes n’affecte pas le temps de réponse. Le temps moyen de bonnes réponses par catégories de questions est le suivant:

Question principale:

Lignes obliques  /  10.02 secondes
Lignes verticales  /  9.08 secondes
Lignes horizontales  /  8.54 secondes

Sous-question 1:

Lignes obliques  /  6.10 secondes
Lignes verticales  /  5.47 secondes
Lignes horizontales  /  5.77 secondes

Sous question 2:

Lignes obliques  /  4.94 secondes
Lignes verticales  /  4.20
Lignes horizontales  /  3.90 secondes

6.5.5  La 4e hypothèse

Une fois de plus, le tôt de réussite des sujets pour l’ensemble de l’expérimentation confirme a priori cette 4e hypothèse. Parallèlement à l’hypothèse (a) (voir section 6.5.2), les résultats de l’expérimentation prouvent qu’il est de toute évidence possible de distinguer les 3 niveaux de relief de lignes réalisables avec l’imprimante PixelMaster. Cela est vérifiable non seulement avec le taux de bonnes réponses aux compositions graphiques à relief unique mais aussi aux compositions graphiques à reliefs multiples. Le pourcentage maximum d’erreurs enregistrées est de 10,7%.

6.5.6  La 5e hypothèse

L’expérimentation ne confirme pas l’hypothèse qui veut que la qualité du papier influence la perception tactile du relief des lignes: sur papier satiné la perception tactile est plus facile et, par conséquent, plus rapide. Les taux de bonnes réponses pour les compositions graphiques présentées sur papier mat versus sur papier satiné n’affichent pas de différences significatives même si l’on observe une légère supériorité pour l’utilisation du papier satiné. En conjuguant les deux facteurs temps de réponses/type et papier on obtient des résultats qui ne permettent pas de conclure à l’influence déterminante du papier utilisé. En voici un aperçu: connaître les temps moyens de bonnes réponses par question selon le type de papier.

Ces temps moyens sont les suivants:

                                                      mat                             satiné
Questions principales  /  9,67 secondes  /  8,76 secondes
Sous-questions 1  /  5,85 secondes  /   5,47 secondes
Sous-questions 2  /  4,46 secondes  /  4,23 secondes

6.5.7  Au-delà des 5 hypothèses de la 1re expérimentation

La somme des données recueillies au cours de cette première expérimentation est très considérable. Les angles d’observation, d’analyse et de réflexion sont multiples. Par conséquent, le travail d’interprétation des messages reçus des sujets ayant accepté de collaborer se poursuit et nous amènera à un approfondissement des données autant qu’à un élargissement d’informations spécifiques.  Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir ultérieurement.

7  Prospectives

Les paramètres délibérément restreints utilisés dans le cadre de cette première expérimentation avec l’imprimante PixelMaster: le relief, le papier, les droites et leurs angles, sont des prémices à l’élaboration de planches graphiques tactiles proprement dites. Aux observations de la présente expérimentation, il nous faudra ajouter les paramètres tels que: les largeurs de lignes, les espacements entre les lignes, les configurations variées de lignes brisées et de lignes pointillées, le tracé des formes et leurs tailles, les textures de surfaces, etc. Seule l’évaluation de tels paramètres pris isolément, puis conjugués, permettra de prendre la véritable mesure du potentiel graphique de l’imprimante PixelMaster et, peut-être, d’influencer, sinon d’orienter son développement pour le plus grand bénéfice des utilisateurs.

Nicole Trudeau Ph.D. (UQAM)

Colette Dubuisson Ph.D. (UQAM)

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Notes :

[1]  Nous avons délibérément exclu, à ce stade, l’examen des ouvrages utilisés à des niveaux supérieurs.

[2]  Ce protocole a été testé par les expérimentateurs auprès de la responsable de l’expérimentation et des collègues du Centre de recherche avant d’être soumis aux sujets.

[3]  Espacement du système Braille:  du point 1 d’une cellule au point 1 de la cellule disposée immédiatement au-dessous (à la ligne suivante).

[4]  Quel que soit l’ordre de ces reliefs.

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Bibliographie :

Code of Braille Textbook Formats and Techniques / published by American Printing House for the Blind / Louisville, Kentucky, 1985.

FOULKE, E. / Methods for the Production of Tangible Graphic Displays / (Unpublished Paper presented at Kyoto in July 1990).

Gouvernement du Québec / Code de transcription de l’imprimé en braille, tome I, / 1989, 374 p.

JAMES, G. /  « A Kit for Making Raised Maps » /  in The New Beacon, vol. LIX, no 696, 1975, pp. 85-90.

JAMES, G. / « Problems in the Standardization of Disign and Symbolization in Tactile Route Maps for the Blind » / in The New Beacon, vol. LXVI, no 660, 1972, pp. 87-91.

JANSSON, G. /  « Wich Are the Problems with Pictures for the Blind and what can be Done to Solve Them? » / in The Framework of the Concerted Action on Technology and Blindness  / (Paper read at a workshop on Man‑Machine Interfaces, Graphics and Practical Applications, Maastricht, The Netherlands, November 14‑16, 1988).

JANSSON, G. / « An International Pool of Useful Symbols for Tactual Pictures » / in Special Education, May 11‑15, 1987, Wenner‑Gren Center, Stockholm / (A proposal presented at the Unesco ‑ Wenner‑Gren Center, Regional seminar on New Technologies for Handicapped).

JANSSON, G. / « Research Needs and Production Concerns, Research Needed to Obtain more Useful Tactual Maps » /  in Aids and Appliances Review, no 14, 1984, pp. 3-6.

Miastkowski, Stan /  Printer Generates Tactile Graphics for the Blind / in:  Byte, March 1990, pp. 24 et 28.

VERMY, G. J. / « Observations on Raised‑line Drawings » / in Education of the Visually Handicapped, 1, 1969, pp. 47-52.

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Texte non publié mais qui a inspiré la communication en anglais présentée au World Congress on technology 1-5 décembre 1991, Arlington Virginia. Cette communication a été publiée dans Les actes du congrès sous le titre: Tactile Graphics in Braille Texts vol. 4 pp. 382-400.

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Sur des sujets apparentés :

Tactile Graphics in Braille Texts

La normalisation du graphisme tactile

Vers la normalisation du graphisme tactile

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