Retournerons-nous au musée? Serons-nous encore une fois oubliés?

La revue Le Louis-Braille a publié un sommaire d’une recherche menée  sur l’accessibilité des musées aux personnes déficientes visuelles. J’en présente ici quelques éléments.

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Retournerons-nous au musée? Serons-nous encore une fois oublié

Depuis le début de la pandémie, soit depuis 2020, les visites adaptées pour les non-voyants et malvoyants, visites mises sur pied au Musée des beaux-arts de Montréal après de persévérantes demandes, ont été suspendues, même si le Musée a repris une partie de ses activités. Les visites adaptées seront-elles de nouveau offertes? Reprendront-elles? Voilà les grandes interrogations et même inquiétudes qui m’habitent.

Dans ce climat culturel perturbé et perturbant, je prends connaissance d’un article paru dans la revue Le Louis-Braille no 358 janvier-février 2022, sous le titre: Résultats de l’étude sur l’accessibilité des musées aux personnes déficientes visuelles. Donc, on pense encore un peu à nous…

 «Cette enquête a été menée en juillet 2021 par la société Okeenea, spécialisée dans la mise en accessibilité des bâtiments, espaces publics, carrefours».

«L’objet de cette étude était de rassembler des données sur les habitudes des déficients visuels lors de leurs visites dans les musées, afin de répondre au mieux à leurs attentes et de pouvoir conseiller les responsables de ces structures sur les solutions à mettre en œuvre.»

L’article présente un sommaire des données recueillies et nous renvoie à la lecture de l’étude proprement dite.

Je rappelle ici quelques éléments dudit sommaire.

53  déficients visuels ont participé
au sondage
qui comptait 15 questions.

51 % d’entre eux sont âgés de 30 à 59 ans; 40 % ont plus de 60 ans; 9 % ont moins de 29 ans.
70 % des participants à l’enquête sont de cécité totale ou fonctionnelle.
97 % privilégient la communication audio lors des visites.
94 % des répondants disent se rendre au musée au moins une fois par an et près de la moitié (49 %) plus de trois fois par ans.
Et ils sont plus de 8 sur 10 (83%) à répondre par l’affirmative à la question suivante :

«Si vous pouviez parfaitement accéder aux musées et à leur contenu,
iriez-vous plus souvent?»

6 sur 10 disent même qu’ils iraient beaucoup plus souvent.

On y lit cependant l‘interprétation suivante : «Il serait fantaisiste de croire que ces résultats sont représentatifs de l’ensemble de la population concernée par un handicap visuel.»

Les critères qui motivent la fréquentation d’un musée par les répondants sont, dans des proportions variables, les suivants :

70 % – La distance et la facilité d’accès
68 % – les informations d’accessibilité présentes sur le site web du musée
65 % – l’expérience utilisateur adaptée
49 % – les médias sociaux et associations
30 % – tourisme et handicap.

Les outils de médiation préférés par les répondants sont, dans des proportions variables, les suivants:

60 % – audioguide classique
49 % – visites de groupes adaptées:
46 % – plans tactiles
40 % – accompagnement personnel par un médiateur du musée

Les raisons qui poussent les personnes aveugles et malvoyantes à fréquenter les musées sont, dans des proportions variables, les suivantes:

78 % – la période des vacances
73 % – pour vivre des découvertes et de nouvelles expériences:
68 % – partage avec les proches
40 % – par besoin d’évasion, par goût pour l’ambiance et l’architecture de ces lieux
35 % – par opportunité, au gré des visites organisées
24 % des répondants expriment une Préférence pour les visites en solo alors que 76 % préfèrent les visites en groupes.

Parmi les obstacles à la fréquentation des musées, les répondants mentionnent, dans des pourcentages variables, les aspects suivants:

81 % – les contenus adaptés au handicap visuel font défaut dans les musées
62 % – le manque de visites adaptées au handicap visuel et le manque d’accessibilité pour s’orienter à l’intérieur du musée
51 % – l’inaccessibilité des abords des musées
plus de 33% – le manque d’information sur le contenu des expositions, mais aussi l’inaccessibilité en transport en commun
70 % – des répondants ne se considèrent pas comme autonomes dans un musée.

«…) ils sont nombreux à insister sur l’importance de l’aide humaine et de la formation du personnel. Plusieurs d’entre eux déplorent le manque d’informations disponibles concernant les adaptations réalisées pour le handicap visuel. Même le personnel n’est souvent pas en mesure de renseigner sur les dispositifs adaptés et d’apporter une assistance dans leur utilisation, (…)»

En conclusion

Les auteurs de cette étude déclarent que

«(…) Les résultats de cette enquête nous amènent à conclure que les personnes aveugles ou malvoyantes apprécient la visite des musées et plébiscitent les adaptations réalisées pour une meilleure accessibilité. Elles aimeraient que celles-ci soient généralisées à plus grande échelle et surtout valorisées, aussi bien sur les supports d’information que lors de la formation du personnel. (…)».

L’étude ne manque pas d’intérêt. Reste à souhaiter qu’elle soit menée dans différents milieux, que les résultats soient mis en commun au-delà des institutions et des frontières et, par-dessus-tout, qu’elles servent d’inspiration pour la mise en place d’un accueil mieux adapté aux visiteurs non-voyants et malvoyants afin de les motiver à fréquenter les musées.

Il n’y a pas que l’oeil qui sert à voir!
Ce qui est trop généralement oublié ou ignoré.

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Source:

 Résultats de l’étude sur l’accessibilité des musées aux personnes déficientes visuelles / Le Louis-Braille no 358 janvier-février 2022 / Association Valentin Haüy

 (Cette publication paraît sous différents formats :  braille intégral
braille abrégé)

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