Le braille, objet de découragement? (2008)

Dans les lignes qui suivent, mon but est de réagir à un commentaire entendu pour la nième fois, commentaire qui, à chaque fois, sonne faux à mes oreilles: «Le braille «décourage» les lecteurs récents, parce qu’il y a trop de symboles dans les textes transcrits en braille.»

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Le braille, objet de découragement? (2008)

Dans les lignes qui suivent, mon but est de réagir à un commentaire entendu  pour la nième fois, commentaire qui, à chaque fois, sonne faux à mes oreilles: «Le braille «décourage» les lecteurs récents, parce qu’il y a trop de symboles dans les textes transcrits en braille.»

Il y a dans de tels propos – qui semblent devenir un refrain – une simplification qui me devient intolérable. Je ne peux plus laisser circuler cette affirmation comme étant une vérité absolue, une conviction inébranlable ou une prétendue réalité. Si telle est l’approche du milieu de la réadaptation, c’est moi qui suis découragée, non pour moi-même, mais pour ceux qui en seront les «victimes».

Toute intervention en réadaptation (depuis au moins 30 ans) est sans doute pensée en lien avec la philosophie de l’«intégration» et de l’«égalité des chances». Or, lorsqu’une personne perd la vue, elle ne perd pas son niveau d’alphabétisation, mais elle en perd l’accès et l’usage. Et bien, c’est à ce niveau que devrait intervenir le braille pour redonner à cette personne les outils et la technique nécessaires pour réintégrer l’univers de la lecture et de l’écriture. Le braille ne doit  pas être l’instrument du dernier recours, celui qu’on consent à proposer au  bout de la chaîne de la réadaptation et en «désespoir de cause».

Le braille est un objet d’apprentissage comme toute nouvelle technique à  acquérir. Il faut s’y initier, l’étudier, le fréquenter et l’utiliser pour le maîtriser progressivement. Mais il faut aussi que la pédagogie soit dynamique, stimulante et convaincante. Si on a entendu de-ci de-là que le braille est trop difficile, qu’il est trop tard, que la lecture est trop lente, etc., je comprends que l’on puisse se sentir découragé et, par conséquent, non disposé à investir l’effort et le temps requis par la maîtrise de tout apprentissage à tous les stades de la vie.

Depuis 1989, soit depuis presque 20 ans, un Code, développé et implanté au Québec, constitue «la bible» des transcripteurs et des enseignants. Les lecteurs de braille eux-mêmes peuvent consulter cet ouvrage de référence qui a fait l’objet de deux éditions:

1989 — Code de transcription de l’imprimé en braille 1re édition).

1996 — Code pour la transcription en braille de l’imprimé (2e édition).

Ces ouvrages sont toujours disponibles en imprimé et en braille.

J’ai hâte d’entendre dire (dans le milieu de la déficience visuelle) que le braille est un outil de première importance dans le processus de réadaptation parce qu’il permet de se réapproprier la lecture et l’écriture (l’alphabétisation, en somme), ainsi que la très grande autonomie que cette technique permet.

En guise de conclusion, je «supplie» les professionnels qui accompagnent les personnes en perte de vision, de replacer l’apprentissage du braille au coeur des programmes de réadaptation et de le revaloriser avec dynamisme et enthousiasme.Dédramatisons l’apprentissage du braille, je vous prie, c’est une voie d’ouverture et de découverte. Nous avons des doigts pour toucher et des  oreilles pour entendre, les uns ne remplacent pas les autres!

Nicole Trudeau Ph.D.

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Note :

Mme Trudeau est chercheure invitée à l’Université de Montréal.
Son domaine de recherche:  Le graphisme tactile – sa normalisation
Son champ spécifique de recherche: L’analyse de  l’image visuelle

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COMPLÉMENT D’INFORMATION DE LA RÉDACTION 

Précisons que le Code cité dans l’article de M” Trudeau a fait l’objet d’une révision.  Découlant d’une démarche de concertation internationale, cette révision visait à uniformiser et à bonifier la transcription du braille au sein de la francophonie. Le nouveau code qui en a résulté a été récemment adopté par les principaux réseaux québécois interpellés par le braille (éducation, réadaptation, milieu  associatif, culture et communication).

Cependant, l’Office des personnes handicapées du Québec partage la préoccupation de M’e Trudeau à l’effet que le  braille est régulièrement perçu comme un outil de dernier recours pour les personnes qui se voient limitées dans leur capacité de lecture et d’écriture. Par l’entremise du Comité québécois de concertation sur le braille dont il  assume la présidence, l’Office est régulièrement en contact avec le réseau de la réadaptation afin de trouver des mécanismes favorisant l’apprentissage et la promotion du braille sur l’ensemble du territoire québécois.

Simon Gayadeen  Conseiller à l’intervention nationale

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Article publié dans :

OFFICE DES PERSONNES HANDICAPÉES DU QUÉBEC (OPHQ) / L’intégration / juillet 2008, VOL. 17, no 1, p. 5 /  Rubrique: À vous la parole: www.ophq.gouv.qc.ca / Nicole Trudeau Ph.D. / Le braille, objet de découragement?

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Sur des sujets apparentés : 

Le braille, objet de découragement?, (2007)

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