Passagère du silence

29 octobre 2017

Passagère du silence, tel est le titre d’un récit, signé Fabienne Verdier, dont je termine la lecture qui s’est étirée dans le temps.

Par quelques aspects, cet ouvrage m’a ramenée vers un livre qui m’a fait grande impression : La rivière et son secret de Zhu Xiao-Mei,  livre sur lequel je me suis exprimée dans un précédent billet.

Dans le premier cas, il s’agit du parcours d’une peintre française qui étudiera et séjournera en Chine après la révolution culturelle. Dans le second cas, celui d’une pianiste chinoise, broyée par la révolution culturelle, qui rejoindra l’Occident et vit maintenant en France. L’une va à la recherche de l’art chinois traditionnel et s’investit dans la calligraphie. L’autre est habitée par les plus grands compositeurs occidentaux dont Jean-Sébastien Bach constitue un très profond encrage.

Ces deux femmes ont aussi en commun une irrépressible passion artistique qui les aide à surmonter des situations que je qualifierais d’inhumaines. Elles ont eu des parcours terriblement éprouvants et témoignent d’une soif d’absolu, d’un approfondissement du sens de l’art et de la vie.

Le livre de Fabienne Verdier introduit à un univers artistique qui m’était inconnu et qui n’est pas nécessairement facile à saisir. La porte est ouverte… C’est une invitation implicite à aller de l’avant pour découvrir des cultures et des philosophies d’une richesse trop mal connue.

Cet ouvrage compte 12 chapitres dont voici un aperçu.

Chapitre 1 :  Socquettes blanches et jupe bleue

C’est sur ces paroles que s’engage la lecture de l’ouvrage : Passagère du silence.

« Son enfance, on la subit; la jeunesse, on la décide. Je savais ce que je voulais : peindre; et d’abord apprendre à peindre en maîtrisant une technique picturale. C’est ainsi que j’allais me retrouver en Chine ».

Le décor est ainsi planté. L’auteur précise : « Ce que je souhaite retracer ici, c’est le récit d’une peinture, du cheminement suivi pour arriver à ce que je crée aujourd’hui, (…) ».

Dans ce premier chapitre, Fabienne Verdier dit l’essentiel de ses 20 premières années en France: sa famille, ses études et son irrépressible besoin de partir, de découvrir le monde.

Chapitre 2 :  Pékin via Karachi

Fabienne Verdier partait « pour le pays des lettrés et des peintres, le pays du raffinement et de la poésie, de la sagesse et de la cuisine. Le rêve! Encore fallait-il y parvenir. »

Elle raconte les péripéties de son parcours de l’Ouest vers l’Est.

Chapitre 3 :  Campus à la chinoise

Elle découvre le campus où elle étudiera. Elle en détaille l’atmosphère et décrit les conditions de vie et d’études.

Chapitre 4 :  Maison de thé de Jiu Long Po

Après six mois, elle découvre et s’étonne qu’il était interdit à son entourage de déranger l’étrangère qu’elle était sous peine d’être renvoyé de l’Université. Elle tente de comprendre et de modifier les choses. Elle fait la découverte d’un autre monde, celui d’une maison de thé, celui d’une autre Chine qu’elle décrit avec force détails.

Chapitre 5 :  Quelques avatars de Courbet à Millet

Ici elle s’attarde à la description du climat des cours. Désireuse d’être initiée à la culture chinoise, elle sollicite et obtient l’appui d’un professeur qui sera son maître, son mentor. Passionnée, elle demande : « Pourquoi avoir détruit ? Pourquoi avoir scié la branche sur laquelle vous étiez assis? » Elle exprime ainsi son besoin de connaître la culture chinoise et la carences qu’elle ressentait : « J’étais comme un étudiant qui entrerait dans un cours universitaire de recherche en mathématiques sans connaître le calcul binaire et la trigonométrie ».

Lorsqu’elle est arrivée en Chine en 1983, c’était la peinture à l’huile qui était la voie royale pour qui voulait devenir un artiste qui compte. Les pages qui suivent détaillent les conditions d’alors. Son désir et son rêve dans lequel elle a tout investi : « pratiquer l’art du pinceau traditionnel chinois » comme ses collègues « maîtrisaient la peinture à l’huile. » Elle raconte son initiation à l’une des techniques chinoises: le marouflage. Désireuse d’étudier la calligraphie non enseignée officiellement, elle s’organise pour être mise sur la piste de maîtres en la matière, maîtres discrédités depuis la révolution culturelle. Elle rencontra en la personne de Huang Yuan le maître qui correspondait à ce qu’elle cherchait. L’apprivoisement a été long. Elle en fait la description et le développement.

Chapitre 6 : L’enseignement du maître

Ce long chapitre élabore sur les relations entre maître et élèves et les multiples entraînements.

Chapitre 7 : Au fil inconstant des jours

C’est sa découverte de la Chine et son intégration qui y sont développées.

Chapitre 8 : Petits et grands voyages

Ce chapitre nous fait découvrir plusieurs régions de Chine : la ville de Chengdou, capitale de la province du Sichuan; le Tibet, la province du Guizhou et les ethnies du Buyi et Miao; la minorité des Yi, etc.

Chapitre 9 : Les clochards célestes

Récit d’une excursion avec son maître Huang au Mont Emei pour visiter tous les temples de ce massif montagneux.

Chapitre 10 : Les damnés de la Chine

« Depuis les temps anciens les sages et les bons ont été abandonnés à leur solitude », lit-on en exergue de ce chapitre. Elle raconte ici ses visites à quelques-uns d’entre eux vers la fin de son séjour de six ans en Chine. C’est ainsi qu’elle va à la rencontre de vieux peintres calligraphes.

Chapitre 11 : Adieu jeunesse, adieu la Chine

Elle partage de grandes émotions: la fin de ses études en Chine, les événements de la Place Tianan Men et son départ précipité et déchirant vers la France où d’autres bouleversements l’attendaient. En très peu de temps, elle se retrouve à Pékin avec le titre d’attaché artistique. Elle raconte son séjour, ses activités et ses rencontres comme diplomate. Elle vit un grand amour et se marie avant de rentrer en France.

Chapitre 12 : La passagère du silence

Retour à l’ascèse du travail de peintre ainsi exprimé :

« Ce sentiment d’union avec l’univers et sa beauté, je tente de le transmettre par mes toiles. »

« La qualité d’une œuvre ne tient pas au talent inné de son créateur, même s’il est nécessaire au départ, ce qui n’est pas sûr. La différence réside dans la persévérance, la volonté acharnée de poursuivre. »

« J’ai appris, à la lumière du taoïsme et du bouddhisme, qu’il est possible de diriger son esprit dans une direction choisie, pas seulement de le laisser éduquer par la société qui nous environne; et qu’à travers l’ascèse, celle-ci une fois dépassée, on pouvait atteindre l’inaccessible étoile: un grain de sagesse qui est aussi, heureusement, un grain de folie. »

« Je compare la vie d’un homme à la terrifiante beauté d’un bonzaï ou d’un vieux pain sur les récifs en bord de mer qui a pris les plis du vent avec le temps. On le juge beau à l’automne de sa vie, mais quel sacrifice a-t-il dû accepter pour pousser ainsi?» (Chapitre 1)

Et c’est par ces lignes que se termine Passagère du silence :

« Ma vie d’ermite, le fait de peindre à la campagne m’entraînent à percevoir la grande musique du monde dans un « éclat de bourgeon ». Quelle puissance, quelle connaissance savante, quelle complexité dans le « presque rien » d’un bourgeon! Cette communion charnelle avec la nature, cette ritournelle qui recommence, de plus belle et à profusion chaque saison, nous fait comprendre que la vie ne meurt jamais. Pour moi, l’acte de peindre porte en gestation toutes les modernités possibles. Accueillir sur le pas de sa porte la beauté du monde, libre et sans entrave, l’insouciance d’un instant… »

Verdier, Fabienne / Passagère du silence / Albin Michel, 2003.

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