Andreï Makine, peintre des mots

23 février 2022

À chaque fois que je plonge dans l’univers de Andreï Makine, je suis envoûtée par la beauté de sa langue d’adoption. Il fait plus que la maîtriser, il la manie avec tendresse, avec amour. J’en suis, à chaque fois, émue, émerveillée, éblouie.

C’est avec Le testament français que je revis de telles émotions, roman qui raconte son initiation à la France et au français auprès de sa grand-mère, pilier de l’oeuvre.

Quel écrivain sensible et inspiré! Il jongle avec les mots comme les peintres avec les couleurs. Du choix de ses mots jaillissent des images d’une beauté tantôt  touchantes, tantôt troublantes, tantôt fascinantes, jamais banales.

Ce peintre des mots à la palette si riche et si nuancée, cette sensibilité à fleur de mots ne cessent de me séduire.

Oui, la langue est superbe, toujours au service d’une pensée et d’une réflexion profondes qui m’habitent au-delà de la lecture immédiate.

Quelques reflets

«Charlotte, dans l’engourdissement du froid et de la douleur, s’éveillait souvent en percevant ce murmure qui obstinément s’efforçait de dire quelque chose. À l’un de ses réveils, en pleine nuit, elle aperçut avec stupeur une étincelle, tout proche, qui brillait dans le sable. Une étoile tombée du ciel… Charlotte s’inclina vers ce point lumineux. C’était le grand oeil ouvert du saïgak – et une constellation superbe et fragile qui se reflétait dans ce globe rempli de larmes… Elle ne remaqua pas l’instant où les battements du coeur de cet être qui lui donnait sa vie s’arrêtèrent… Au matin, le désert miroitait de givre. Charlotte resta quelques minutes debout devant le corps immobile saupoudré de crisstaux. (…)» (p. 269)

«(…) cette clairière illuminée par le couchant comme une coulée d’ambre…» (p. 313)

«(…) Avec stupeur, je découvrais que parler était, en fait, la meilleure façon de taire l’essentiel.» (p. 174)

«Les gens parlent car ils ont peur du silence. Ils parlent machinalement, à haute voix ou chacun à part soi, ils se grisent de cette bouillie vocale qui englue tout objet et tout être. Ils parlent de la pluie et du beau temps, ils parlent d‘argent, d’amour, de rien. Et ils emploient, même quand ils parlent de leurs amours sublimes, des mots cent fois dits, des phrases usées jusqu’à la trame. Ils parlent pour parler. Ils veulent conjurer le silence…» (p. 176)

Sur le site de lien Babelio on peut lire à la fois des résumés du roman, Le testament français, des critiques et des citations que je vous invite à consulter. L’ouvrage est trop riche et trop dense pour que ce court billet lui rende justice.


Source:

MAKINE, Andreï / Le testament français / Paris : Gallimard / 1995 / 342 pages

Voir le billet:

Une langue et des images séduisantes

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