9 août 2025
«Voltaire a occupé tous les champs du discours! C’est en interrogeant cette monstruosité qu’échoué volontairement dans ne maison d’enfermement, un écrivain québécois, 300 ans après la naissance de Monsieur de Voltaire, renaît de ses cendres, en sphinx indomptable et indompté.» (À l’endos du livre)
Victor-Lévy Beaulieu, Dans sa «romancerie» Monsieur de Voltaire, nous apprend Voltaire par un parcours inédit, inattendu, étonnant. C’est dans une maison de désintoxication que l’auteur fréquente Voltaire tout en étant engagé dans sa thérapie.
Surprenant, fascinant, émouvant même, ces récits, ces vies croisées.
Au chapitre 14 (pp. 165-175, ses confidences sur sa mère sont particulièrement bousculantes, attendrissantes:
«Je me suis levé et suis allé regarder dans la fenêtre, déçu de ne pas savoir aller plus loin au sujet de ma mère. D’avoir un peu écrit sur elle m’a rendu nostalgique. Je voudrais qu’elle soit là à mon côté, son bras passé sous le mien, et que l’on ne fasse pas autre chose que de regarder vers le parc Lafontaine, vers ce qui reste toujours des profondeurs de la jeunesse – un sourire complice, une main effleurante et ce qui glousse parfois dans le rire. Ses odeurs me manquent. J’aimerais qu’elle mette son nez dans mon linge comme elle faisait quand j’étais enfant, (…) Si ma mère s’y livrait maintenant saurait-elle encore mieux que moi à quoi je ressemble depuis que j’habite la maison d’enfermement? (…) (pp. 170-171)
Tout autant impressionnant est son fulgurant départ de la maison d’enfermement:
«(…) tous mes bagages rapaillés, je me jette dans l’escalier, je me jette dans la rue Sherbrooke, je me jette dans ma voiture, je me jette sur le pont Jacques-Cartier pour prendre, dans la première tempête de neige de l’hiver, (…), ces quelques arpents de route vers l’arrière pays sauvage des Trois-Pistoles. (…)» (p. 254)
Fin du compagnonnage, fin du livre:
«Hier, c’était samedi le 30 mai 1778, et Voltaire est bien mort. Aujourd’hui, c’est jeudi le 11 novembre 1993 et je suis vivant. Oui, franchement vivant. Tout est bien.» (p. 255)
Le portrait du «monstre totalitaire »? est richement documenté et appuyé par une substantielle et impressionnante bibliographie.
Une lecture dont je me souviendrai et à laquelle je devrais retourner tellement il y a de repères historiques et littéraires trop souvent désespérants.
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Source:
BEAULIEU, Victor-Lévy, / Monsieur de Voltaire (Romancerie) / Éditions internationales Alain Stanké / 1994 / 256 pages
