Une méditation poétique

10 septembre 2017

Je désire soumettre à votre lecture, à votre réflexion et à votre méditation un poème qui a été distribué par la famille aux funérailles de Madame Kathleen Levasseur samedi, le 2 septembre dernier.

J’ai connu Madame Levasseur dans le cadre du projet des visites guidées pour non-voyants au Musée des Beaux-Arts de Montréal où elle s’impliquait comme guide bénévole et responsable, ces dernières années, de la planification des visites mensuelles régulières mises sur pied pour une nouvelle clientèle accueillie par le Musée.

Madame Levasseur a été terrassée par la maladie en quelques mois. Cette violence du destin qui interrompt abruptement un parcours ramène à l’essentiel.

Je remercie la famille de nous faire cadeau du poème que je reproduis ci-dessous.

 

La mort n’est point notre issue,
Car plus grand que nous
Est notre désir, lequel rejoint
Celui du Commencement,
Désir de Vie.

La mort n’est point notre issue,
Mais elle rend unique tout d’ici:
Ces rosées qui ouvrent les fleurs du jour,
Ce coup de soleil qui sublime le paysage,
Cette fulgurance d’un regard croisé,
Et la flamboyance d’un automne tardif,
Ce parfum qui assaille et qui passe, insaisi,
Ces murmures qui ressuscitent les mots natifs,
Ces heures irradiées de vivats, d’alléluias,
Ces heures envahies de silence, d’absence,
Cette soif qui jamais ne sera étanchée,
Et la faim qui n’a pour terme que l’infini…

Fidèle compagne, la mort nous contraint
À creuser sans cesse en nous
Pour y loger songe et mémoire,
À toujours creuser en nous
Le tunnel qui mène à l’air libre.

Elle n’est point notre issue,
Posant la limite,
Elle nous signifie l’extrême
Exigence de la Vie,
Celle qui donne, élève,
Déborde et dépasse.

— 

La mort n’est point notre issue / François Cheng (de l’Académie française) / publié dans  Les cinq méditations sur la mort, autrement dit sur la vie / Albin Michel, 2013.

 

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