Une femme et un parcours d’exception – Lise Bissonnette

8 septembre 2024

C’est l’historienne Pascale Ryan qui a proposé à Lise Bissonnette de publier un ensemble d’entretiens qu’elles ont eu sur son parcours, ses engagements, ses réalisations, ses opinions et ses publications. La lecture de Lise Bissonnette: entretiens  est passionnante à de nombreux égards. Son regard sur la société québécoise, son action et ses implications nous enrichissent, éclairent et alimentent nos connaissances et nos réflexions.

«Femme d’idées et d’action, Lise Bissonnette est à la fois observatrice, analyste et partie prenante de la société québécoise depuis près de cinquante ans. (…) Sa carrière couvre un large éventail d’engagements intellectuels, dont la cohérence repose sur la notion de service public et une préoccupation constante pour la justice sociale, l’inclusion, l’accès universel à l’éducation, au savoir et à la culture, et les institutions qui les soutiennent.» (Quatrième de couverture)

«Conçus comme un essai sur le Québec depuis la Révolution tranquille, ces entretiens avec Lise Bissonnette rendent compte d’un parcours unique et permettent de jeter un regard novateur sur quelques grands enjeux au cœur de la société québécoise.» (Quatrième de couverture)

J’ai adoré cette lecture que j’aurais avantage à reprendre à cause de sa densité.

L’ouvrage s’articule en cinq grandes sections.

Dans la première section intitulée: À l’origine: l’Abitibi

Lise Bissonnette écrit:

«(…) ce que j’ai retenu de mon enfance, ce n’est pas la forte nature de ce Nord qui nous submergeait, mais l’isolement. Il m’a portée à chercher la compagnie des mots, puis des phrases, puis de livres (même imbéciles, pour la plus part), qui atténuaient la brutalité du décor et me faisaient aimer les rochers où l’on peut s’asseoir à longueur de journée et s’en aller dans cet autre monde. Puis, tout s’est enchaîné. Lire même n’importe quoi, mène à étudier. Étudier, même des choses inintéressantes, mène à vouloir en connaître d’intéressantes. Connaître, même dans les conditions encore étouffantes des conditions du Québec des années 60, c’est entrer en dissidence et être dissident, c’est rencontrer des gens qui lisent, et parfois écrivent, et parfois enseignent. Entre l’enfant de quatre ans qui exigeait d’apprendre à lire avant d’aller à l’école et celle qui a rencontré à quinze ans le journalisme étudiant, à  vingt ans la vie intellectuelle en France, à trente ans Le Devoir, à quarante ans l’écriture de son premier roman, et au début de la cinquantaine la grande bibliothèque, il y a une ligne à la fois directe et diverse (…)» (pp. 11-12)

Dans la deuxième section intitulée: Un parcours intellectuel, Lise Bissonnette nous fournit un portrait très critique et très personnel de l’éducation au Québec. Les divers angles abordés sont du plus grand intérêt et devraient sous-tendre les réflexions et actions nécessaires dans le présent.

La section s’achève sur ce constat:

«J’ai donc la réputation d’être une intellectuelle. Pourquoi pas, si on oublie un parcours aussi décousu. Mais il va demeurer la réalité pour la majorité des jeunes Québécois. Le véritable obstacle à franchir, à mes yeux le pire, c’est l’inculture du système d’enseignement au Québec, une inculture durable qui a simplement changé de circonstances en l’hier de ma jeunesse et l’aujourd’hui de nos écoles.» (p. 69)

Dans la troisième section intitulée: Le journalisme, on s’étonne de lire ce qui suit quand on sait que Lise Bissonnette a été journaliste au Devoir à compter de 1974 et qu’elle l’a dirigé de 1990 à 1998.

«Le journalisme, j’y avais renoncé. (…) les facteurs qui ont déterminé et limité mes choix de formation (…) étaient à l’œuvre là aussi. J’avais du talent, (…) mais j’avais intériorisé les forces des obstacles, je les trouvais insurmontables. Petite noirceur interne, héritée de la Grande Noirceur. Je m’interdisais même d’y penser, car je n’étais pas de ce monde-là: j’étais issue de l’Abitibi comme d’un désert (…) Je me souviens nettement de mon sentiment de l’impossible. (…)» (p. 71)

Dans la quatrième section intitulée: Les grandes institutions, on retrouve Lise Bissonnette

«à la présidence et à la direction générale de la Grande Bibliothèque du Québec (…) Le projet était d’une configuration unique dessiné pour répondre à une énorme carence, hélas proprement québécoise. Tout au long du XXe siècle, notre territoire a été l’un des pires espaces de misère pour les bibliothèques publiques en Amérique du Nord. (…) Nous étions, disons-le, un pays sous-développé (…)». (p. 127-128)

Lise Bissonnette a été à la direction de la Grande Bibliothèque jusqu’en 2009. Elle a alors choisi de prendre sa retraite.

Cette retraite,

«Je la voyais (…) comme un désirable mouvement parallèle, une liberté d’observer le monde tel qu’il est sans avoir à en négocier les arrangements. (…) je souhaitais voir poindre les jours, l’un après l’autre, sans me sentir responsable de tout événement. J’aspirais surtout, comme toujours, à combler les vides de mon parcours intellectuel.» (pp. 176-177)

Ce début de retraite lui a permis de réaliser le rêve de sa vie, explique-t-elle:

«Ces cinq années d’études, de cours, de fouilles dans quatorze fonds d’archives en France et aux États-Unis, de sémInaires, de rédaction, puis de publications de mes travaux ont été un enchantement perpétuel.» (p.148)

«La collation des grades, le 29 mai 2015, a été l’un des plus beaux jours de ma vie.» (p. 157)

Cela me renvoie à ma propre collation des grades lors de la remise du diplôme équivalent en mai 1983 et au sentiment d’accomplissement et de profonde satisfaction.

Mais il ne s’est pas passé beaucoup d’années avant que Lise Bissonnette ajoute à son projet de thèse un autre engagement public en 2011, celui du

«(…) mandat auprès de la Régie des installations olympiques pour réfléchir à l’avenir de l’ensemble du Parc olympique.» (p. 148)

Puis, en 2013, ce sera la présidence du conseil d’administration de l’UQAM qu’elle quittera en 2018 en signant un article explicatif dans Le Devoir du 31 janvier: Un départ au sens libre (pp. 163-166)

«Quelles réflexions générales tirez-vous de vos expériences  au sein de ces différentes institutions publiques importantes?» (p. 169)

«Pour l’UQUAM et le Parc olympique, je suis habitée par un sentiment d’‘échec. Il n’est pas personnel, (…) mais j’ai bien compris qu’on ne peut arriver à des fins sans maîtriser les instruments de décision. (…) Au mieux, nous laissons des traces, il faut apprendre à s’en contenter, mais c’est une frustration quand on a cru à un engagement. (…)» (p. 169)

«La réflexion générale sur les institutions au Québec, (…) tend à ne les voir que comme des héritages et non des promesses. Une fois érigées et implantées, elles se figent dans l’histoire. Pourtant, chaque génération peut et doit se doter de ses propres institutions, continuer à en définir et à en créer. Les générations qui ont suivi la Révolution tranquille sont désormais en panne à cet égard.» (p. 170)

Dans la cinquième section intitulée: L’écriture, Lise Bissonnette nous dit que l’écriture est pour elle

«une ligne principale de vie. (…) tout n’est que la déclinaison en continu d’un rapport à cette forme essentielle d’expression, magnifique présent que m’a offert la lecture.» (p.173)

Son premier roman date de 1992: Marie suivait l’été.  Son recueil de nouvelles préféré: Quittes et doubles en 1997.  Lieu approprié a paru en 2001.

À la suite de la tragédie du 11 septembre 2001 à New-York, tout s’est arrêté pour elle côté roman. Elle s’en explique à la page 180.

Pour connaître les œuvres littéraires de Lise Bissonnette, voir Annexe 6. Œuvres littéraires (p. 194)

D’un couvert à l’autre, on apprend ou se rappelle ce que Lise Bissonnette pense et dit clairement. Elle est fidèle à elle-même, à ses idées, à ses idéaux, à ses engagements. C’est du «solide».

Les cinq sections thématiques principales de Lise Bissonnette: entretiens sont précédées par des compléments tels que: Remerciements et Avant-propos et suivies par: Annexe et Repères biographiques de Lise Bissonnette.

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Source:

RYAN, Pascale / Lise Bissonnette: Entretiens / Les Éditions du Boréal / Montréal / 2023 / 199 pages

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