Une autre destruction indécente et révoltante

20 mai 2022

Le Devoir consacre deux articles à la cible de cette désolation: le domaine de l’Estérel et sa démolition illégale, site «en principe protégé par l’État.».

Ulysse Bergeron et Jean-François Nadeau commentent les impacts environnementaux de cette démolition qui libère des poussières d’amiante et de métaux lourds. Les citoyens s’insurgent mais le propriétaire et l’architecte les ignorent.

Et Jean-Christophe Gaudreault-Fortier se désole de notre fatalisme atavique à l’égard de notre patrimoine. Il écrit:

«Ce que représente cet acte de vandalisme, (…) est à mon avis malheureusement représentatif de ce qu’il y a de plus vil et délétère au sein du monde des affaires et des développeurs: la primauté de l’enrichissement personnel au détriment du bien collectif. On a ainsi dépouillé les Québécois d’une pièce de leur histoire et de leur patrimoine au profit du gain privé».

Il ajoute:

qu’«Une certaine idéologie, qui survit toujours, supporte l’idée que la réussite en affaires n’est atteignable que par la transgression des règles établies. Cette façon de faire n’a plus sa place aujourd’hui, et la suite des événements, c’est-à-dire les sanctions qui seront portées à l’endroit du propriétaire, devra lancer un message clair et univoque quant à la position de nos gouvernements à l’égard du maigre patrimoine architectural dont nous disposons.»

Mais y aura-t-il des sanctions? Je le souhaiterais, mais j’en doute à cause d’une indifférence encore trop généralisée.

«Je le dis sans détour, (…) exiger la reconstruction à l’identique m’apparaît comme la seule solution pour qu’un minimum de justice soit rendue.»

Si cela se produit, il faudra célébrer avec exubérance et refréquenter fièrement le lieu.

«Il y a aussi lieu de critiquer les pratiques et la rigueur qui caractérisent le travail de plusieurs entrepreneurs en construction, pour qui il est toujours plus simple de remplacer que de réparer. Est-ce un manque de savoir-faire, une question de valeurs ou simplement de la paresse»?

Questions judicieuses à poser.

Oui, pour que les comportements changent, «Il faut encadrer, contrôler et sévir.»

Malheureusement,

«L’Histoire nous aura démontré», plus d’une fois, qu’on ne peut faire confiance à nos concitoyens qui, seuls devant leur tâche, portés par leurs impératifs individualistes, n’hésiteront point à rouler leur prochain. Maintenant, fournissez-leur un paravent, qu’ils agissent en qualité de citoyens liés à une entreprise, et la piraterie devient un modus operandi.»

À chaque fois qu’il est question de l’effacement insensible d’un témoin significatif de notre histoire, de nos réalisations, je me sens désemparée. Il n’est pas question de s’engoncer dans le passé, il est question d’avoir des éléments de trajectoire, de perspective et d’évolution d’une société, d’un peuple.

 Heureusement qu’il y a quelques porte-voix pour nous garder en éveil.


Sources:

BERGERON, Ulysse, NADEAU, Jean-François / La destruction illégale du Domaine-de-l’Estérel soulève des craintes pour la santé des voisins / Le Devoir / Section Actualités / 20 mai 2022

 GAUDREAULT-FORTIER, Jean-Christophe / Rase campagne / Le Devoir / Section Idées / 20 mai 2022

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