21 avril 2025
«Vœu lumineux d’une beauté sauvage, ce nouveau roman de Anaïs Barbeau-Lavalette porte sur ses ailes la résilience des huîtres qui fabriquent une perle de leur blessure, la majestuosité du lis géant qui ne fleurit que tous les sept ans et l’audace de toutes les femmes qui ont décidé d’écrire leur désir.»
Ainsi est présenté Femme fleuve en Quatrième de couverture.
Je partage cette opinion d’un lecteur:
«Femme fleuve n’est pas vraiment une histoire, mais plutôt une réflexion et une ode au fleuve, insoumis, insondable et grandiose.»
D’entrée de jeu, je suis séduite par cet hymne à l’amour chanté en poésie.
Une multitude de brèves phrases font images et m’imposent des arrêts émus et contemplatifs. D’autres creusent la réflexion.
«Montréal s’éveille. Un vol de bernaches tranche le ciel. Je les pointe comme le dernier miracle et chaque fois je touche la joie.» (p.15)
«Par la fenêtre, le phare solitaire lève la main. Il pose la même question depuis longtemps au fleuve, qui lui répond de son vacarme silencieux.» (p. 52)
«Enracinée au bras de Sacha, la main de ma fille dans le creuset de la mienne: je suis un arbre, ma famille est mon continent.» (p. 21)
Une multitude de réflexions nourrissent le propos, ralentissent la lecture et forcent la méditation:
«J’ai appris à être désirée trop petite. J’ai appris à être désirante trop tard.» (p. 17)
«J’ai envie (…) D’être désirante comme être intelligente, comme être douce, comme être téméraire.» (p. 18)
«SI la maternité a, pendant très longtemps, conditionné la reconnaissance de l’existence sociale des femmes, l’amour leur a ensuite donné droit à une histoire, sinon à l’Histoire. Passé l’époque des saintes puis, des reines, c’est en tant qu’aimées ou qu’amoureuses que les femmes obtiennent qu’il soit parlé d’elles, que leur existence soit objet de récit, ce qui apparaît avec le roman.» (p. 38)
«La culture chrétienne a consacré la vue comme le premier des sens. Dans les civilisations anciennes, l’ouïe était le sens primordial. Moi, je voudrais d’une civilisation du toucher. (…)« (p. 129)
«On dit qu’une personne meurt deux fois. La première, lorsqu’elle cesse d’exister. La deuxième, lorsqu’on prononce son nom pour la dernière fois.» (p. 246)
«Il y aura une peau neuve qui poussera par-dessus la douleur. Elle se nourrira de la peine. Et sur elle naîtront de nouveaux émerveillements.» (p. 251)
La langue est belle, le phrasé personnel, la structure originale, le propos diversifié, les réflexions interpellantes et la passion intense.
Anaïs Barbeau-Lavalette m’a prise par la main dès les premières lignes, m’a déstabilisée de temps en temps et m’a impressionnée par sa puissance créatrice.
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Source:
BARBEAU-LAVALETTE, Anaïs / Femme fleuve / Marchand de feuilles / Montréal / 2022 / 256 pages
