Un mot de Sylvain Bélanger

30 septembre 2020

En lisant la réflexion que Sylvain Bélanger, Directeur artistique du Théâtre d’aujourd’hui,  a signé dans l’info-lettre de cette institution le  29 septembre
2020 j’ai senti le besoin de la partager tellement je la trouve à la fois réaliste, profonde, touchante, résiliante, animée par l’engagement, la persévérance
et l’espoir. Cette réflexion représente, pour moi, un contrepoids, un contrediscours à tout ce que l’on entend: critiques, oppositions, contestations, frustrations, revendications des mesures initiées, imposées même. La crise est réelle; on peut la nier mais non l’anéhiler; on doit non seulement y faire
face mais la négocier; on doit la vivre en reconnaissant ses menaces et en faisant l’impossible pour se soustraire à ses attaques.

La réflexion lucide mais non agressive de Sylvain Bélanger a quelque chose d’apaisant pour moi. Ce n’est pas la vie qui s’adapte à nous, c’est nous qui
devons nous adapter à elle.

«COMBLER L’ESPACE ENTRE NOUS

Depuis le printemps dernier, nous sommes gardés à distance. Nous nous sommes éloignés les uns des autres, bien malgré nous. Nous nous sommes aussi sentis loin des autres. L’ensemble des normes, des mesures, des aménagements et même les réflexes que nous avons eu à développer: tout contribue à créer de la distance entre nous.

Ce long moment qui s’installe nous laisse isolés les uns des autres sur une plage de survivance. La marée s’est éloignée et tarde à revenir. Nous luttons avec notre solitude. Qu’on soit un·e adolescent·e, un parent, un·e prof, un·e artiste, un théâtre.

Un théâtre est là pour tenter d’éclairer les zones d’ombres de nos collectivités, de nos systèmes. La pandémie a révélé plusieurs de nos incohérences et de nos fragilités, que ce soit chez nous, dans nos milieux de travail ou dans notre économie.

Penser et animer un théâtre, c’est aussi travailler à combler la précarité de sens de nos vies communes, à combler cet espace entre nous. Nous accouchions la semaine dernière d’initiatives qui nourrissaient cette idée.

Ce que nous avions priorisé cet automne au CTD’A visait à démontrer comment nous souhaitons répondre à la situation, en accord avec notre ADN de fabrique de création : donner du travail à 50 artistes, présenter jusqu’à 80 représentations, répondre aux solitudes, combler cette distance, renouveler à partir de sa plus humble expression la relation entre un artiste et son spectateur. Que ce soit chez vous, chez nous ou sur vos réseaux. Répondre à 1, 2, 13, 50 ou 73 solitudes par nos choix et initiatives.

À ce qu’il y a de plus fragile, nous désirons répondre par le plus durable: bonifier et rémunérer les chantiers de création et vous y donner accès. Tenter par tous les moyens de relier les points de solitude pour se créer une constellation incandescente et multiple, en assurant le travail.

Et sans oublier tous ces chantiers qui sont en cours dans notre lieu et sur notre rue, il en existe un fondamental à activer au coeur de cette crise, et
dans lequel nous jouons tous et toutes, c’est l’instauration d’un filet social durable pour l’artiste et le travailleur culturel. L’artiste n’est pas l’exception. Comme bon nombre de travailleurs et de travailleuses, il initie des relations durables, semeuses de bonheur et de beauté, vasques d’inspirations de nos espérances communes, de nos relations humaines et de nos idéaux.

Au cœur de cette épreuve, il faut aussi travailler à combler cette distance qui n’existe pas: celle d’un artiste avec sa société. Car cette relation est
l’une des plus durables des communautés et des sociétés que nous érigeons.

Traversons l’épreuve ensemble. Je pense à toi tous les jours, spectateur·trice, ami·e, artiste et complice.»

Sylvain Bélanger

«(…) ce n’est que partie remise, le projet verra le jour dès que la situation sanitaire nous le permettra. »

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