Un coup de cœur – retour sur un livre en neuf billets

10 janvier 2018

Neuvième billet : Y a-t-il une pédagogie de l’épreuve? Religion et spiritualité? Y a-t-il un autre monde? Écomanité et vous?

Y a-t-il une pédagogie de l’épreuve? pages 201 à 224

«Les crises nous obligent à développer de nouvelles compétences, quelles sont celles qui nous permettrons de supporter les grands drames de l’existence? Les ressources matérielles et même psychologiques, le plus souvent, ne suffisent pas. Forcés à perdre ce à quoi nous tenons par-dessus tout, il y a un stade où il ne restera plus pour arriver à tenir debout que l’énergie de notre être intérieur et le lien avec la transcendance.» (p. 201)

Dans cette section, Bertrand Piccard expose l’approche qu’il a adoptée dans sa thèse de doctorat en médecine. C’est la situation des gens qui souffrent

«que j’ai voulu étudier dans ma thèse de médecine. Mais pas sous l’angle de leurs démarches extérieures et actives vers la médecine ou vers la philosophie afin de trouver soulagement ou sens à leur souffrance; au contraire, en leur donnant la parole pour leur permettre d’expliquer eux-mêmes leur cheminement intérieur et personnel à travers les épreuves de leur existence, et surtout en étudiant leur propre compréhension de leur vécu ainsi que l’utilisation qu’ils en ont faite pour leur avenir. Il m’a semblé primordial d’étudier ce que des patients, en dehors de tout cadre thérapeutique, ont réussi par eux-mêmes à mettre en place pour alléger leur douleur. Dans quelle mesure ces mécanismes sont-ils individuels ou au contraire pourraient-ils contribuer, en se généralisant, à soulager celle des autres? Les patients ont-ils véritablement des attentes ou des interrogations philosophiques et spirituelles lorsqu’ils viennent consulter un médecin, ou au contraire lorsqu’ils renoncent à le faire? La raison de leur consultation sous-tend-elle vraiment une quête spirituelle ou une recherche de sens? Pourrait-on aller encore plus loin en se demandant si les patients n’ont pas déjà, parallèlement à toute consultation médicale, commencé à élaborer pour eux-mêmes un sens à leur souffrance, en l’inscrivant comme un élément fondamental de leur destinée? Si l’on pouvait vérifier cette hypothèse, deviendrait-il alors possible d’envisager la souffrance, ou les épreuves de la vie, comme des étapes maturatives et constructives de la personnalité?» (pp. 203-204)

«(…) il ne faut pas donner de conseils mais simplement écouter, entourer, accompagner en silence celui qui souffre.» (p. 212)

«En nous libérant du poids du surplus, la souffrance liée à la crise nous force à retrouver le goût de l’essentiel. Elle nous libère de ce à quoi nous nous accrochons en pensant que c’est primordial. Plus la crise est grave, plus nous voyons la petitesse de ce que nous trouvons important.» (p. 217)

«(…) on peut comprendre les mécanismes de défenses psychologiques comme une façon de chercher à éviter la souffrance, et la prise de conscience spirituelle comme une façon de l’accepter.» (p. 223)

Religion ou spiritualité?, pages 225 à 252

«Les religions tentent d’apporter des réponses à toutes les questions, même celles qui n’ont pas encore été posées. La spiritulaité, au contraire, nous amène à poser des questions qui n’auront pas forcément de réponses. Il y a donc peu de rapports entre les deux, (…)» (p. 229)

«Pour celui qui a toujours voulu comprendre avant de croire quoi que ce soit, il est impossible d’accepter un dogme ou une doctrine; (…) Un dogme représente précisément le lest qui doit être jeté par-dessus bord.» (p. 232)

«Quelques soient nos vertus humaines, nous passerons tous par la maladie, le deuil, le vieillissement et la mort.» (p. 235)

«Les religions divisent, la spiritualité réunit.» (p. 236)

«Par essence, le monde ne peut pas être seulement beau, la vie heureuse et l’avenir facile. Pourquoi? Simplement parce que la création, l’incarnation dans la matière, ne peut exister que par la dualité. Quel que soit le nom qu’on lui donne, Dieu est décrit comme un être d’unicité. Mais dans la création, rien, absolument rien ne peut exister sans son contraire. (…) tout ce qui nous entoure, tout ce qui fait le monde et la vie est divisé en jour et nuit, chaud et froid, haut et bas, gauche et droite, mais aussi, évidemment, en heureux et malheureux, facile et difficile, rires et larmes, joie et souffrance, bien et mal, santé et maladie, bonté et cruauté, naissance et mort, etc. Que cela nous plaise ou non, (…) la dualité fait partie intégrante de notre existence terrestre.» (pp. 236-237)

«Le bonheur Terrestre n’est pas un but en soi; la Terre ne sera jamais le paradis; le monde dans lequel nous pourrons nous épanouir se trouve sur un autre plan; un long travail spirituel est nécessaire pour l’atteindre.» (p. 237)

«Le but ne devrait pas être de chercher à améliorer le monde, mais de créer les meilleures conditions possibles pour que l’homme puisse évoluer.» (p. 238)

«Pour moi, la foi est la perception intime que tout ce que nous vivons a un sens et s’inscrit dans un ensemble plus grand qui transcende notre monde de tous les jours.» (p. 240)

«(…) nous employons notre énergie à posséder plutôt qu’à être, à profiter plutôt  qu’à partager, à chercher le pouvoir sur les autres plutôt que la présence à soi-même.» (p. 241)

«Je valorise (…) le doute comme une attitude d’ouverture à une question sans réponse, à un point d’interrogation, où nous pouvons nous dire: «Je suis sûr de mes doutes et je doute de mes certitudes.» (p. 244)

«(…) accueillir la morsure de l’inconnu; ignorer totalement ce qui va se passer, ce que nous allons rencontrer sur la suite de notre chemin, et en profiter pour créer notre chef-d’œuvre personnel.» (p. 244)

«(…) je trouve tellement important de construire en nous le désir d’explorer, de devenir les aventuriers de notre existence.» (p. 244)

Y a-t-il un autre monde?, pages 255 à 280

«(…) la question principale que tout être humain devrait être amené à se poser est celle-ci : ‹Aimerais-je donner la priorité à ma dimension matérielle ou vais-je également essayer de développer ma dimension énergétique, spirituelle?›» (p. 260)

«On pense généralement que c’est la joie qui crée le sourire. Eh bien non, je pense que c’est le sourire qui crée la joie.» (p. 262)

«Quand on pardonne à quelqu’un, c’est soi-même avant tout qu’on libère d’un attachement à une situation négative.» (p. 264)

«(…) nous devenons ce que nous pensons! Notre cerveau se modifie en fonction de notre comportement, de notre façon de l’utiliser.» (p. 265)

Vers une écomanité, pages 281 à 298

«Nous avons besoin aujourd’hui de rassembler sous un même toit  l’écologie, l’économie et l’humanisme.» (p. 294)

C’est ce que Bertrand Piccard appelle écomanité.

«Nous avons construit un monde dans lequel l’équilibre psychologique et spirituel compte moins que l’attrait du confort matériel, et où la valeur de l’avoir a éclipsé celle de l’être.» (p. 283)

«Ce n’est plus l’opposition entre pauvres et riches qui domine le monde, pas plus qu’entre hommes et femmes, jeunes et vieux, Nord et Sud. C’est l’opposition entre le court et le long terme qui définit les priorités, et celle-ci se révèle encore plus inconciliable que les autres, car nous la portons tous en nous.» (p. 284)

«Nous en sommes arrivés à considérer les devoirs comme des atteintes aux libertés individuelles et les droits comme des justifications à tous les conflits.» (p. 293)

«J’ai l’impression que le pire est de se retrouver au crépuscule de sa vie en se disant qu’on a pas tenté ce que l’on aurait pu. Qu’on a laissé passer des occasions par négligence ou manque de courage.» (p. 298)

Et vous?, pages 299 à 302

«Qui que nous soyons, avec notre chemin et nos aspirations, notre potentiel et nos handicaps, nous devrions au moins pouvoir nous dire une chose: ‹J’ai tout fait pour avoir une vie à la fois intéressante et utile.› Intéressante pour apprendre, progresser, se développer. (…) Utile, aussi, afin d’apporter aux autres de l’énergie pour avancer, (…)». (p. 299)

«Quels que soient les vents que vous rencontrerez, l’essentiel est de vous rappeler que c’est à vous de définir l’altitude de votre existence.» (p. 299)

C’est avec cette phrase/réflexion/conseil que Bertrand Piccard se retire aprrès 300 pages dans lesquelles il conjugue avec aisance et conviction les multiples facettes d’une vie étonnante et d’une pensée non seulement nourrissante mais interpelante, sollicitante.

Impossible de rendre toute la substance de Changer d’altitude par cette collection de citations. Je souhaite néanmoins vous avoir mis sur la piste d’un ouvrage à fréquenter.

9/9

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PICCARD, Bertrand, Changer d’altitude Quelques solutions pour mieux vivre sa vie, Stock, Paris, 2014, 301 pages.

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