Troublant, pour ne pas dire inquiétant

21 février 2021

Ce qui se passe dans certaines universités et qui contamine, entre autres, les médias, m’accable, m’inquiète.

J’ose le dire ici, même si je ne suis plus dans ce milieu, même si je ne sais que partiellement ce qui y est vécu, ce qui en est dit. Pourquoi? Parce que je pense que, là, et ailleurs dans la société, on manque de courage, on se laisse culpabiliser, on veut plaire ou on a peur.

Lire quelques articles récemment parus:

Yves Boisvert: Le petit index d’indignation personnel

Isabelle Hachey: La liberté universitaire en péril – Un recteur dans la tourmente

Isabelle Hachey: Ils ont peur d’être annulés

François Cardinal: Cacher ce mot que je ne saurais lire

Bannir des mots qui expriment des réalités depuis des siècles, des millénaires même, parce que ça peut blesser (mais ils sont légions ces mots susceptibles de blesser, chacun ayant ses vulnérabilités). Supprimer les mots supprimerait les réalités? «Le mot en n» ne communique-t-il pas la même chose que le mot «nègre»? Si les réalités désignées par certains mots sont aussi cruelles, ayons d’abord le courage de le reconnaître au lieu de les masquer. Changer de costume change-t-il la personne qui le porte? Cela modifie sans doute l’image mais non l’essence. Que les médias se prêtent avec empressement à ces déguisements m’affligent.

Pourquoi nommer devient-il accuser, mépriser? Pourquoi celui qui parle est désigné coupable, mis au pilori? Ça ressemble à une chasse aux sorcières…

Que l’on ne prononce même pas le mot dont on parle, que l’on commente, ne fait pas de sens pour moi.

Peut-on vivre en société sans être blessé par quelque chose: un mot, un regard, une attitude, un rejet, etc.? C’est à travers l’éducation, la connaissance, la réflexion, les échanges et les débats que les mentalités évolueront et s’ouvriront aux complexités du monde et non par les interdits et l’ignorance.

L’Université ne doit-elle pas exposer aux faits et réalités de l’humanité Apprendre à les connaître, à les analyser, à les évaluer, à les critiquer, à les requestionner même, au lieu de les dissimuler. N’est-ce pas sur cette base que doit s’élaborer le développement de la pensée critique?

L’ouverture d’esprit et la curiosité intellectuelle devraient animer tout étudiant qui s’engage dans des études supérieures. Pourquoi le faire en se cantonnant dans ses à priori, en refusant tout ce que l’on ne partage pas, en étant convaincu de détenir la vérité? L’Université expose, propose, stimule mais aussi interpelle et dérange même dans le but d’élargir le regard et d’approfondir la réflexion.

Michel Leclerc a écrit un texte qui me rassure. Ce texte a été publié dans La presse du 9 février dernier: Liberté de l’enseignement | Le recteur Frémont cherche une échappatoire illusoire

Lorsqu’il écrit, à propos du recteur Frémont,

«son argumentation est celle d’un administrateur frileux désireux de courtiser sa clientèle, non d’un recteur soucieux de préserver la mission de l’université et la liberté professorale, dorénavant sujette à la déferlante des humeurs»,

je l’appuie.

Et lorsqu’il précise,

«(…) le recteur Frémont préfère vivoter derrière sa peur d’offenser au lieu de faire face à ce qui menace son institution: la mainmise d’une idéologie régressive sur la vie universitaire.

Je crois qu’il cible le coeur de la problématique. Et son argumentation devrait contribuer à élever la réflexion et le discours.

«Permettre à des groupes de monopoliser les règles du débat pour leurs fins propres, c’est ouvrir la porte à une mosaïque effrénée de revendications qui tiennent pour des faits ce qui relève de l’opinion.»

L’institution n’est pas sans reproches, mais il ne faut pas tout confondre!

Les universités (et surtout les professeurs) sont sur la sellette parce qu’on y prononce des mots qui blessent certains. Mais que de mots et d’images blessantes envahissent les cinémas, la télévision et internet et sont consommés par des millions de personnes? Pourquoi choisit-on l’université comme lieu de harcèlement? Je souhaite que cette question soit étudiée au-delà des incidents rapportés et des concessions trop rapidement consenties.

Certains veulent plaire à ceux qui ne se préoccupent pas de déplaire. Serait-on  une fois de plus dans un lieu, dans un jeu de pouvoir.?

Être sourd à l’autre, à ce que l’on ne veut pas connaître ou entendre, cela devient-il la nouvelle religion?

Oui, cela m’inquiète.

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