Sylvie Drapeau, comédienne + romancière

22 avril 2017

Le roman Le fleuve de Sylvie Drapeau s’ouvre sur cette magnifique phrase, sur cette éloquente image :

« Par beau temps, sur le fleuve, il y a comme des diamants qui flottent, qui pétillent et qui rient. » (p. 7)

20 pages plus tard, le fleuve est un tombeau.

C’est une enfant de 5 ans qui se raconte au sein de sa fratrie qu’elle appelle « sa meute ». La tragédie vue et vécue, me semble racontée par une adulte qui se souvient, qui porte toujours les blessures profondes, à qui la tendresse parentale manque encore.

Ce court roman de 70 pages est un concentré d’émotions, de caractères et de nature. Peu de personnages nommés, sauf le frère noyé, Roch, et le professeur de maternelle, mademoiselle Lévesque « qui a deux pierres précieuses à la place des yeux. » Même la narratrice, le « je » n’a pas de nom.

Citations :

« (…) on a perdu la clé du plaisir, (…) on fait semblant d’être encore des enfants, (…) mais ça ne couvre jamais le son assourdi de l’oppression générale. On fait semblant de toute façon, car la vérité, c’est qu’on a oublié comment on fait pour jouer. Avant, ça venait tout seul, maintenant, on doit se forcer et ça sonne faux. Nous faisons semblant, pour faire quelque chose. « (…) (p. 46)

« Nous grandissons sans toi. C’est notre réalité, notre principale activité : grandir sans toi. Car la blessure des parents est si profonde et si vive qu’il nous faut nous débrouiller. Ils sont tout à ton absence. Ayant tout perdu, chacun de nous a sa façon de survivre. Ainsi, nous développons une panoplie d’habiletés nouvelles, de façon de composer avec ces nouveaux monstres qui habitent désormais nos poitrines. Toujours, maintenant, au bout de mains invisibles, des pinces, des serres sont à l’oeuvre à lintérieur de nos viscères. C’est si fort que je dois souvent mettre un coussin sur mon ventre pour pouvoir me concentrer sur ce qui se raconte à la télévision. Une chance, il y a l’école et mademoiselle Lévesque. « (pp. 62-63)

—-

Drapeau, Sylvie / Le fleuve, roman / Leméac, Montréal c2015,  70 pages.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *