Quand manger est un défi et une angoisse quotidienne

3 février 2019

Je chemine à travers une lecture d’une éprouvante lucidité qui génère d’innombrables réflexions : Une femme à Berlin Journal 20 avril – 22 juin 1945. L’auteure a choisi de demeurer anonyme. Décédée, cependant, maintenant son nom est connue : Marta Hillers, journaliste.

Il est très rare que je puisse persévérer dans des lectures où tant de violences, de souffrances et de dureté en constituent la trame.

C’est le récit au quotidien d‘une femme qui a vécu le bombardement de la ville de Berlin entre avril et juin 1945. C’est un témoignage de survie qui nous ramène à l’essentiel: manger, boire, s’abriter, se laver, etc.

Dans notre monde hyper gâté où l’on exige toujours plus et toujours mieux, où l’on ne sait plus apprécier, où l’on agit et parle comme si tout nous était dû, j’ai presque envie de dire que c’est une lecture si non nécessaire mais du moins plus qu’utile. Apprécier ce que l’on a, être conscient que l’on peut tout perdre, que les conditions peuvent basculer est un exercice à pratiquer. Après tout, personne n’est à l’abri des dérives de tous ordres.

Qui a choisi l’heure, le lieu, les conditions de sa naissance?

Lire jour après jour la souffrance ressentie et les risques à prendre pour se nourrir met en gros plan la banalisation avec laquelle nous traitons la nourriture, nous la consommons, nous la gaspillons même.

C’est une lecture qui nous met devant la fragilité de notre condition, devant la chance que nous avons, devant  l’ingratitude avec laquelle nous l’accueillons trop souvent.

«La somme des larmes reste constante.»
«Quelles que soient les formules et les bannières auxquelles les peuples se rallient, quels que soient les dieux auxquels ils croient ou leur pouvoir d’achat, la somme des larmes, des souffrances et des angoisses est le prix que doit payer tout un chacun pour son existence, et elle reste constante. Les populations gâtées se vautrent dans la névrose et la satiété. Ceux auxquels le sort à infliger un excès de souffrances, (…) ne peuvent s’en sortir qu’en se blindant. Sinon, j’en viendrais à pleurer jour et nuit. Or, je le fais tout aussi peu que les autres. Il y a là une loi qui régit tout cela. N’est apte au service que celui qui croit à l’invariance de la somme terrestre des larmes, (…).»  (p. 176)

C’est un livre que je ne peux ni ne veux résumer. C’est un parcours d’apprentissage, de réflexion, de méditation et, je l’espère de maturation.

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ANONYME, Une femme à Berlin Journal 20 avril – 22 juin 1945, Paris, Les éditions Gallimard, © 2006, 260 pages

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