26 juin 2025
Pour être dépaysé, on suit Sylvain Tesson Dans son nomadisme qu’il raconte dans Petit traité sur l’immensité du monde:
Il «parcourt le monde à pied, à cheval, à vélo ou en canot. (…) il escalade aussi les monuments à mains nues.» (Quatrième de couverture)
En onze récits, Sylvain Tesson se raconte, décrit ses parcours de vagabondage et consigne ses réflexions. Nous sommes aux antipodes du traintrain citadin et de la superficialité.
La langue est riche; j’ai dû plus d’une fois aller au dictionnaire pour ne pas escamoter le sens de nombreux mots.
Les images sont évocatrices et les réflexions invitent à la méditation. J’en ai cueilli plusieurs et je vous en offre quelques-unes.
«Saint-Augustin prêchait que le bonheur était de «désirer ce que l’on possède déjà». (p. 27)
«Ailleurs, (…) est un mot plus beau que demain.» (p. 30)
«L’énergie déborde des êtres comme les larmes de résine perlent du tronc du pin.» (p. 30)
«Quand le corps avance, l’esprit a tout le loisir de se pencher sur le parapet des souvenirs, de se livrer à la contemplation de réfléchir au monde et de rêver, peut-être.» (p. 32).
«Ouvrir les yeux est un antidote au désespoir.» (p. 34)
«Un regard est une caresse; il effleure sans comprendre, il passe sans fouiller, il glisse sur l’essentiel.» (p. 43)
«L’homme se distingue surtout des autres animaux en ceci: il est le seul qui maltraite sa femelle, méfait dont ni les loups, ni les lâches coyotes ne se rendent coupables, ni même le chien dégénéré par la domestication». (p. 94)
«De tous mes voyages sous les latitudes du monde, je rapporte que le climat le plus difficile à supporter est le climat d’adoration qui nimbe le mâle.» (p. 95)
«J’ai découvert (si tard!) combien un homme seul était en bonne compagnie.» (p. 97))
«il est plus de merveilles en ce monde que n’en peuvent contenir tous nos rêves». (p. 100)
«Une flèche est un geyser de sève minérale.» (p. 112)
«L’enfer n’est pas les autres, c’est l’obligation de vivre avec eux.» (p. 153)
L’un des récits qui m’a le plus fascinée est celui consacré à l’escalade des monuments: Les vaisseaux de pierre. (p. 103).
«Une cathédrale est un instrument de musique. Mais aussi une arme de jet, un arc qui bande sa flèche vers le ciel. C’est parce que l’on a pas encore trouvé la cible que les flèches gothiques ne sont toujours pas parties. Les cathédrales escaladent le ciel.» (p. 113)
Ces pages m’ont ramenée à la lecture de Les piliers de la terre de Kent Follet, une lecture que j’ai trouvé captivante.
Dans le récit intitulé: Aux bords de l’humanisme, Sylvain Tesson se désespère de la «suprématie du mâle», de «la toute puissance de la testostérone». Il nous plaque les proverbes suivants:
«Quand la fille naît, même les murs pleurent» (Roumanie)
«Une fille donne autant de soucis qu’un troupeau de mille bêtes» (Tibet)
«Instruire une femme, c’est mettre un couteau entre les mains d’un singe» (Inde)
«La femme est la porte principale de l’enfer» (Inde)
«La femme que Dieu comble de bonheur est celle qui meurt avant son mari.» (Inde)
«Merci, mon Dieu, de ne pas m’avoir fait naître femme» (monde juif) (pp. 93-94)
Et Sylvain tesson de confier, en refermant ses récits:
«Je ne quitterai pas cette vie avant d’avoir vécu une expérience qui, à elle seule, comme si elle était un arbre, concentre tous les fruits de la vie vagabonde: la liberté, la solitude, la lenteur, l’émerveillement, la méfiance envers l’humanisme béat». (p. 149)
Depuis ces vœux, 20 ans se sont écoulés Et d’autres récits nous ont été offerts par Sylvain Tesson.
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Source:
TESSON, Sylvain / Petit traité sur l’immensité du monde / Éditions des Équateurs / Sainte-Marguerite-sur-Mer / 2005 / 166 pages
