Manam, Premier roman de Rima Elkouri

4 avril 2022

En exergue de Manam, ces quelques vers:

«Temps suspendus cloches et clochettes  au cou des vents
Une cloche dit: tue tes souvenirs avant qu’ils ne te tuent
Une autre dit: ne retiens la mémoire que pour la transformer en sources» 
(ADONIS, Prends-moi, chaos, dans tes bras)

«Ce livre est un ouvrage de fiction», écrit Rima Elkouri, « mais sa toile de fond – le génocide arménien (…) – ne l’est malheureusement pas. Il s’inspire de faits véridiques. (…)» (p. 219)

Ce premier roman de Rima Elkouri, je le traverse comme un récit dont l’âme est la grand-mère arménienne née au début du XXe siècle et arrivée à Montréal en 1957. C’est sa petite fille Léa qui la raconte avec des portraits d’elle à Montréal, mais aussi à travers un voyage qu’elle fait au pays de l’enfance de sa grand-mère.

Même si le roman commence par la mort de la grand-mère et se termine par une visite au cimetière le jour de l’anniversaire de son décès, même si la description des atrocités du génocide, des destruction d’une cruauté sans nom, des gestes de haine qui font désespérer de l’humain, la force de vie prend le pas sur le désespoir, elle lui barre toujours la route.

C’est à la fois touchant et impressionnant.

Ce qui me touche aussi beaucoup, ce sont les réflexions sur le sens du silence que pratiquent souvent les survivants de tragédies collectives, mais que pratiquent aussi les individus souffrants:

«Nous sommes nos silences encore plus que nos mots. De toutes les histoires, les plus marquantes sont celles qui ne se racontent pas. Tout ce qu’il vaut mieux oublier. Tout ce qui se devine au fond d’un regard. Les souvenirs trop noirs. Les douleurs trop vives.» (pp. 23-24)

«Il y a des silences de déni qui réjouissent les bourreaux. Des silences assassins. Il y en a d’autres que l’on pose sur les mots comme des pierres de sagesse. Des silences sans lesquels toute survie est impossible. Ils enlacent la douleur et l’empêchent de s’échapper. (…) (p. 23)

Le roman est ainsi présenté en quatrième de couverture:

«Dans ce premier roman, Rima Elkouri raconte la tragédie qui a frappé le peuple arménien au début du XXe siècle. Elle le fait à hauteur de femme, d’homme et d’enfant, peignant pour nous des êtres courageux qui ont résolument choisi le côté de la vie».

Source:

ELKOURI, Rima / Manam / les éditions du Boréal / Montréal, 2019 / 220 pages

Lire:

Entretien avec Rima Elkouri

 

 

 

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