L’orangeraie, quel beau titre, quelle cruauté!

8 juillet 2016

J’ai tellement de mal à lire ce livre, pourtant si court. C’est comme une fine lame qui s’infiltre dans mes émotions. C’est dur, c’est cruel, c’est désespérant.

La beauté presque pure de l’orangeraie versus la cruauté violente de la haine, de la vengeance et du mensonge infiltrés aux enfants, je n’ai pas de mots pour dire combien cela m’est absolument insupportable. J’ai physiquement mal.

S.V.P., ne me proposez plus de lectures aussi torturantes, aussi insidieusement déchirantes.

Si le choc émotionnel est aussi grand, c’est que l’auteur parvient à le provoquer; donc, c’est réussi.

Bien sûr, bien sûr, c’est un roman. Mais rares sont les romans complètement étrangers à des réalités.

La dernière page (il a fallu que je m’y rende) me permet d’apaiser ma respiration.

« Non, tu n’as pas besoin d’avoir une raison ou d’avoir tout simplement raison pour faire ce que tu crois devoir faire. Ne cherche pas ailleurs ce qui se trouve déjà en toi. Qui suis-je, moi, pour réfléchir à ta place? Moi aussi, mes vêtements sont sales et déchirés. Et mon cœur est cassé comme un caillou. Et je pleure des larmes qui me déchirent le visage. Mais, comme tu le constates, j’ai une voix calme. Mieux encore, j’ai une voix paisible. Je te parle avec de la paix dans ma bouche. Je te parle avec de la paix dans mes mots, dans mes phrases. Je te parle avec une voix qui a sept ans, neuf ans, vingt ans, mile ans. L’entends-tu? » p. 160.;

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Quelques beaux tableaux

« Souvent, avant de retrouver son mari déjà couché, elle allait dans le jardin. Elle s’assoyait sur le banc placé devant les roses trémières et respirait les odeurs de la terre humide. Elle se laissait bercer par la musique des insectes, levait la tête en cherchant la lune des yeux. Elle la regardait comme si c’était une vieille amie qu’elle venait rencontrer. Certaines nuits, la lune lui faisait penser à l’empreinte d’un ongle dans la chair du ciel. Elle aimait ce moment où elle se tenait seule devant l’infini. » p. 25.

« Demeurée assise sur le banc à la lune. Elle s’efforçait de calmer les battements de son coeur. Après un long moment, elle a tendu la main vers la rose la plus proche. Elle a caressé du bout des doigts ses pétales. Tamara avait l’impression de voir le coeur de la rose respirer. « Le parfum des fleurs est leur sang, lui avait dit un jour Shaanan. Les fleurs sont courageuses et généreuses. Elles répandent le sang sans se soucier de leur vie. Voilà pourquoi elles se fanent si vite, épuisées d’avoir offert leur beauté à qui veut bien la voir. » Shaanan avait planté ce rosier à la naissance des jumeaux. C’était sa façon de célébrer l’arrivée de ses petits fils. Tamara s’est brusquement levée du banc et s’est mise à arracher les roses trémières. Ses mains saignaient, blessées par les épines. Elle se sentait odieuse. Cette pensée atroce, elle l’avait pleinement exprimée: elle avait envoyé son fils malade à la mort ». p. 60.

« Après le départ d’aziz, Mikaël est demeuré un long moment au milieu du décor. Tout l’espace de jeu était recouvert de sable qu’on avait étendu sur un plancher de plexiglas. Une quinzaine de projecteurs avaient été installés sous ce plancher. La lumière montait du sol, illuminait la couche de sable, la rendant brûlante ou froide en fonction des scènes. L’aube ou le crépuscule naissaient de ces ambiances désertiques. Au cours de l’action, des chemins de lumière se dessinaient dans le sable déplacé par les mouvements de groupe. Le plancher se métamorphosait alors en une toile lumineuse, jetant au public son mystère cruel ou ses signes d’espoir. »p. 141

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Source:

Larry Tremblay, L’orangeraie, roman, Alto, Québec, 2013.

 

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