L’ombre du vent

9 septembre 2022

Avec L’ombre du vent, je complète la lecture du cycle Le cimetière des livres oubliés de Carlos Ruiz Zafon, une somme de plus de 1000 pages qui nous emporte dans des univers émouvants, troublants, apeurants, affolants, traumatisants, où toute la gamme des émotions nous envahis. On est confronté au meilleur et au pire de l’humain.

L’ombre du vent nous plonge

«Dans la Barcelone de l’après-guerre civile (…) marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours.» L’éditeur présente cet ouvrage comme un tableau historique, un «roman d’apprentissage évoquant les émois de l’adolescence», un «récit fantastique», une «énigme où les mystères s’emboîtent comme des poupées russes.» (quatrième de couverture)

Tout se passe essentiellement à Barcelone. On est entraîné sur les traces des divers personnages tellement bien typés, caractérisés. Je me surprenais à désirer m’y retrouver pour refaire leurs parcours, voir les lieux et vivre les émotions tout en sachant que le concret actuel ne rejoint jamais la fiction.

Dans Babelio on lit des commentaires de lecteurs don plusieurs rejoignent mon appréciation.

«Si vous avez le malheur de lire les trois premières pages de ce roman, vous n’avez aucune chance de lui échapper».

C’est ce qui m’est arrivé.

«Passionnant, c’est le seul mot que j’utiliserai pour décrire ce livre, une plongée dans la ville de Barcelone après la guerre 40-45, à la fois historique et fantastique, ce roman ne se lâche pas avant la fin, et on se surprend à vouloir lire la suite immédiatement.»

C’est une histoire et une écriture envoûtante qui se développe en trois titres.

«Ce livre est remarquablement écrit»

Incontestable!

«Carlos RUIZ-ZAFON entretient le suspens, il nous décrit l’évolution de Barcelone, les ramblas, les bâtiments anciens, l’architecture, la magie de cette ville qu’il aime et qui joue un rôle important dans le livre (…) il se savoure avec gourmandise, chaque page amenant un autre évènement, un autre personnage et on le laisse avec regret, le temps passe si vite, qu’on ne voit pas passer les cinq cent pages.(…) Rien n’est superflu, tout est plaisir. L’idée qui sert de trame au roman est superbe, on est embarqué avec les personnages, on sent l’odeur de livres anciens, l’amour des personnages pour les livres. Bref, c’est un livre magnifique (…)

Je ne peux que renchérir.

«Il existe des romans qui nous happent, nous envoutent, nous emmènent loin, très loin de chez nous. C’est un voyage immobile que l’on achève avec regret. Ce sont des personnages que l’on se surprend à aimer ou à connaître comme de vieux compagnons. Ils nous émeuvent, ils nous déçoivent, ils nous font peur, ils nous déroutent. L’ombre du vent est de la race de ces livres, (…) Et ils sont rares. (…) Le roman est complexe : il y a plusieurs récits qui s’imprègnent entre eux, s’imbriquent les uns dans les autres. Ils parlent du hasard et du destin, et par le biais d’un livre, ces deux puissances extérieures à la volonté humaine vont relier deux existences. Ils parlent du pouvoir ensorceleur des livres qui peuvent modifier le cours d’une vie, lui faire emprunter un chemin différent. Ils parlent des brumes et des ombres où demeurent ces êtres chers qui nous ont quittés. Ils parlent des atrocités d’une guerre civile et de ceux qui ont refusé de goûter au « liquide épais et visqueux de la haine aveugle». Ils parlent de l’amour qui transcende, de l’amitié qui panse les plaies, du rire qui secoue les épaules, de la vie enfin! toujours plus forte que les remords et les grandes défaites. Ce livre, c’est toute une atmosphère! c’est un clair-obscur avec ces tâches de lumière étincelantes qui parsèment votre parcours, et ces recoins sombres que vous regardez d’un oeil suspicieux. Un grand et beau voyage.»

Découvrir d’autres appréciations sur le site de Babelio, mais surtout, lire l’ouvrage.

Je désire attirer l’attention sur quelques réflexion qui m’ont particulièrement touchée:

«Clara décrivait des personnes, des scènes, des objets qu’elle n’avait jamais vus de ses propres yeux, avec un soin du détail et une précision de maître de l’école flamande. Son langage s’attachait aux textures et aux échos, à la couleur des voix, aux rythmes des pas.« (p. 30)

N’est-ce pas une grande sensibilité à la perception des images par les non-voyants?

«Il y eut une époque de mon enfance où, peut-être pour avoir grandi au milieu des livres et des libraires, j’avais décidé que j’allais être un romancier et mener une vie de mélodrame. À l’origine de ce rêve littéraire se trouvait, en plus de la simplicité merveilleuse avec laquelle on regarde le monde quand on a cinq ans, un chef-d’œuvre de fabrication et de précision exposé  dans un magasin de stylos (…) L’objet de ma dévotion, un somptueux stylo noir orné d’innombrables torsades et arabesques, trônait dans la vitrine comme s’il s’agissait d’un joyau de la couronne. La plume, un prodige à elle seule, était un délire baroque d’argent, d’or avec mille stries, qui étincelait comme le phare d’Alexandrie.» (p. 39)

N’est-ce pas une magnifique image dessinée par les mots?

«Pendant qu’on travaille, on ne regarde pas la vie dans les yeux. » (p. 395)

N’est-ce pas une réalité à méditer?

«Nous restons vivants tant que quelqu’un se souvient de nous.» (p. 481)

N’est-ce pas à la fois rassurant et inquiétant?

«L’art de la lecture meurt de mort lente, que c’est un rituel intime, qu’un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous, que lire est engager son esprit et son âme, des biens qui se font de plus en plus rares.» (p. 522)

Tant et tant d’autres phrases porteuses de sens et d’invitations à la réflexion prolongée.

Source :

ZAFON, Carlos Ruiz / L’ombre du vent / traduit de l’espagnol par François Maspero. Paris, Bernard Grasset, 2004 / 525 pages

Édition originale en espagnol / Barcelone, Editorial  Planeta SA, 2001

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