L’ère de la communication et des communications, vraiment?

4 mai 2019

Alors que tout un chacun a son téléphone à la main ou à l’oreille, alors que l’appelant semble plus important que la personne avec qui l’on s’entretient, alors que la dictature de la communication de toutes sources impose ses volontés et façonne le comportement, il est de plus en plus difficile, pour ne pas dire laborieux, d’établir un réel dialogue entre deux personnes.

Les boîtes vocales, les courriels et les autres voies de communication électroniques sont des outils extraordinaires de mise en contact, mais combien de fois demeurent-elles sans rétroaction, sans suivi?

Je suis de la génération où la plus élémentaire courtoisie ou simplement politesse voulait que l’on réponde à une lettre, que l’on accuse réception à un courrier, que l’on retourne un appel. Alors qu’il est de plus en plus facile, de plus en plus rapide de poser de tels gestes, ou l’équivalent, nous nous sentons de plus en plus souvent ignorés par les personnes contactées. Je refuse d’accepter que la politesse, la courtoisie et le respect de l’autre ne soient plus de notre temps. Serait-ce à dire que tout le monde a besoin de parler mais que de moins en moins de personnes sont disposées à écouter et à réagir?

Je suis convaincue que vous vivez ou observez de semblables situations :

– La personne avec laquelle vous parlez regarde son téléphone ou écrit au lieu d’être pleinement attentive à vous et cela, s’en s’en excuser;

– La personne avec laquelle vous parlez répond à tous ses appels, alors qu’elle dispose d’une boîte vocale;

– Le chauffeur de taxi avec lequel vous vous déplacez entretient une conversation téléphonique (souvent dans une langue étrangère) pendant toute la course;

– Les institutions imposent des temps d’attente de plus en plus longs au bout du fil au lieu d’améliorer les services. Elles osent s’excuser du temps d’attente «dit involontaire».

Il semble que tout soit urgent quant il s’agit d’initier une communication mais tout ne semble pas urgent quant il s’agit de réagir à une communication.

Ces comportements se généralisent tant dans le domaine des échanges privés que dans le domaine professionnel, à moins que ce ne soit pour vous vendre quelque chose (et encore) ou pour faire la promotion d’un produit.

Les boîtes vocales proposent un nombre croissant d’options, mais il arrive souvent que l’option de la réception soit absente ou que personne ne réponde à ce poste. D’entrée de jeu, on vous réfère au site internet comme si vous n’y aviez pas pensé ou comme si vous ne l’aviez pas consulté, façon de vous dire qu’on a pas de temps pour vous, qu’on ne veut pas vous parler, que vous n’êtes pas à la page.

Encore ici, les choix de l’individu, du consommateur évoluent en entonnoir. Comprendre: on impose une façon de faire, qu’elle corresponde ou non aux besoins. Il faut s’y soumettre. Il faut tous obéir aux nouveaux dictas.  Pour nous y contraindre, on déploie sur les parcours existants «des cônes oranges». Contrairement au système routier, «les cônes oranges» sont là pour rester. Si vous ne prenez pas le détour, vous êtes laissés pour compte.

Dans ce domaine comme dans tant d’autres, la possibilité de choix se ratatine comme peau de chagrin.

Je suis une adepte du progrès, de l’évolution, je suis ouverte aux changements, mais je ne suis pas une adepte de la table rase. Le progrès, l’évolution devraient être un plus et un mieux.

Je suis une adepte de l’éventail et non une adepte de l’entonnoir. L’éventail devrait offrir un plus vaste choix, alors que l’entonnoir contraint.

Je déteste me faire imposer des modes de fonctionnement qui ne correspondent pas à mes besoins. J’aime connaître ce qui est disponible et choisir ce qui me convient.

Oserai-je dire que je me sens de plus en plus manipulée ou que j’en deviens de plus en plus consciente?

Pour documenter et approfondir les multiples aspects de nos comportements et  les tendances qui se développent et s’imposent, lire l’impressionnant ouvrage Homo deus: brève histoire de l’avenir.

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Yuval Noah Harari  / Homo deus: brève histoire de l’avenir / Albin Michel, Paris, 2017, 464 pages

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