Le Québec, indifférent à son histoire

17 avril 2021

Jean-François Nadeau nous fait une autre démonstration que le Québec (Gouvernement et collectivité) est indifférent à son histoire.

Cette fois, c’est l’avenir des archives des soeurs de Saint-Anne qui est en cause. La communauté les cède au centre d’archives de Vaudreuil-Soulanges. Mais cette institution ne semble pas recevoir le soutien nécessaire pour les entretenir et les mettre en valeur.

L’archiviste de la communauté, Hélène Élément, témoigne :

«C’est parfois difficile pour les gens de comprendre la valeur immense de documents pareils», (…). «On parle beaucoup, désormais, de l’importance de préserver des bâtiments anciens au Québec. Mais préserver les documents qui nous permettent d’expliquer toute la société (…), c’est encore plus urgent ! Quand est-ce que la société québécoise va s’en occuper?»

«Il est difficile de documenter l’histoire des femmes, mais dans un fonds pareil, on la voit mieux. Chez les soeurs de Sainte-Anne, il y avait des musiciennes, des compositrices, des peintres, des scientifiques, des photographes, des imprimeuses (…).»

«(…) on est en train de laisser disparaître une partie de nous-mêmes» en détournant les yeux des archives des communautés religieuses. (…).»

«(…) comment la déconfiture des archives des prêtres de Saint-Sulpice a pu se produire sans que l’ensemble des archives religieuses ne soit vite considéré.»

«Il y a eu une levée de boucliers à ce moment pour ce centre précis, mais qu’est-ce qui se passe désormais pour l’ensemble des fonds du genre ? Rien. Ou alors vraiment pas grand-chose. Il y a des communautés religieuses qui ont besoin de solutions pour leurs immenses archives. Est-ce que les villes et les gouvernements vont faire quelque chose ? Il n’y a pas de volonté. Dans le cas des archives des Sulpiciens, la Ville de Montréal n’a même pas fait de bruit… Pourtant, c’est son histoire que celle des Sulpiciens ! C’est incroyable, l’inaction au sujet des archives au Québec. Absolument incroyable!»

«Les communautés religieuses sont toutes à la veille de fermer, (…). Et avec elles risquent de disparaître les traces d’une part importante de l’histoire culturelle, politique et sociale des Québécois. «Cela fait des années qu’on sait la catastrophe qui se dessine» (…) C’est très documenté. Depuis longtemps. Pourtant, on répète qu’on étudie la question alors que l’heure est à l’action! La société québécoise n’a pas idée de la catastrophe qui s’annonce. Les Québécois s’imaginent que les archivistes ont le nez collé dans la poussière de vieux documents et qu’ils sont déconnectés du monde. Or, ce n’est pas ça, un archiviste ! C’est quelqu’un, au contraire, de passionné, au nom de l’avenir de sa société.»

Comment expliquer que nous dédaignions pareillement ce qui a fait de nous ce que nous sommes? Pourquoi cette indifférence, cette surdité, cette passivité? Avons-nous perdu l’espoir de durer, de nous propulser avec tout le bagage que nous avons accumulé?


Source :

NADEAU, Jean-François / Le riche héritage des archives des soeurs de Sainte-Anne / Le devoir / 17 avril 2021

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