Le petit sac Ziploc: histoire en trois temps

Le 5 novembre 2018

Je vous offre un texte touchant écrit par une grand-maman qui vit trop loin de ses quatre petites filles, qui adore les contes, qui les a pratiqués auprès des jeunes dans les bibliothèques scolaires.

J’aime lire ce texte lentement et à mi-voix. Et vous?

 *

Elle arrive sur la pointe des pieds, l’embrasse, lui passe la main dans les cheveux, scrute ses yeux.

‘ Maman c’est ce matin que tu changes de chambre. Une belle grande chambre au 6étage avec beaucoup de lumière, comme tu aimes. Ta chaise berçante est déjà installée et ton linge bien rangé. J’suis certaine que tu vas aimer ça. ’

Elle ramasse les dernières babioles de sa mère, son sac à main. Elle lui prend le bras et, tout doucement, se dirige vers la porte.

Aucune larme, aucun cri, nul mot. Seul le regard dit l’absence.

Allez savoir pourquoi elle demande  ‘ Maman tu n’as rien oublié ? ’

Les yeux de sa mère s’affolent. Elle se dirige vers le lit, glisse ses mains sous l’oreiller, s’empare du petit sac Ziploc, le presse contre sa poitrine.

*

‘ Il était là ! Je l’ai cherché partout. On ne pouvait partir sans ton mystérieux petit sac. Caché sous l’oreiller!  Tu m’étonneras toujours!

Tu es prête, on monte au 6e ? ‘

Son sourire s’illumine, sa main presse toujours le petit sac sur sa poitrine, elle emboîte le pas.

Dans l’ascenseur, furtivement, ses yeux se posent sur le Ziploc.  ‘Maman tu n’as encore rien mis dedans ? ‘ Question souventes fois posée, réponse toujours emprisonnée.

Aucune larme, aucun cri, un sourire radieux. Pourquoi attendre plus ?

‘ Regarde, on a inscrit ton nom sur la porte.

N’oublie pas maman, en entrant on dépose le pied gauche en premier en faisant un vœu. Je compte jusqu’à trois. Tu es prête ? Un, deux, trois. ‘

Surprise, entendent-elles !

Elles sont là, toutes les quatre, rayonnantes, enjouées, toujours aussi belles.

‘ Je vous aime gros comme le ciel ‘ semblent dire les yeux de la grand-maman.

Ses lèvres tremblantes cherchent, mais aucun son ne s’en échappera, comprennent-elles.

Instinctivement, elles refont leur chorégraphie d’enfants: se placent l’une derrière l’autre, l’aînée devant, scandent leur prénom sous forme de comptine, de jeux de têtes et de pas de danse.

Bises et câlins gratifient cette délicate attention.

La benjamine, son tour venu,  s’arrête ‘ Grand-maman tu as gardé le petit sac que je t’avais donné ? ‘

Ressentant le souvenir éteint, elle l’entoure de ses bras et lui dit  ‘ Tu as conservé le petit sac avec des brillants déposés par la fée des dents lorsque j’avais 6 ans ? Tu m’avais dit, «moi, quand j’étais petite la fée des dents ne passait pas». J’étais tellement triste que j’en ai glissé quelques-uns dans ce Ziploc et te les ai offerts. Tu les as encore!‘

La grand-maman se lève, prend la main de la benjamine, l’amène vers le lit, soulève l’édredon, glisse le petit sac Ziploc sous l’oreiller.

*

L’élément déclencheur…

Le 25 août dernier, Zanaé la plus jeune de mes petites-filles, vient me rejoindre, pour me montrer fièrement les sous que la fée des dents lui a donnés. Ses 3 sœurs se joignent à nous. L’aînée et moi remarquons que la petite a de petits brillants sur la joue et sur l’arcade sourcilière.  La fée des dents laisse aussi des petits brillants sur l’oreiller, explique Zanaé.

«Wow ! Je n’ai jamais entendu ça. Quand j’étais petite, la fée des dents ne passait même pas chez moi.» Craignant une bourde de ma part, je m’empresse de la rassurer: la fée des dents avait bel et bien passé pour son papa.

Quelques minutes plus tard, Zanaé monte à l’étage et revient… avec, vous devinez bien, un petit sac Ziploc contenant quelques petits brillants, pour moi, pôvre petite oubliée par la fée des dents !

Brossard, septembre 2018

Louise Lefebvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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