Le lambeau, billet 8

9 avril 2019

Ce qui fait de ce livre, pour moi, un ouvrage d’exception, c’est qu’il décrit et témoigne d’un drame personnel vécu par un homme dont la vaste culture et la profondeur de réflexion nous entraînent dans des lieux peu fréquentés, où l’être humain est porté, soutenu et magnifié par l’art : littérature, poésie, musique, arts visuels, cinéma etc.

Les lignes qui suivent n’en sont qu’un des nombreux exemples.

La musique de Bach, huitième extrait, chapitre 12

« J’ai mis du Bach: soit Le Clavier bien tempéré, par Sviatoslav Richter; soit Les variations Goldberg, par Gleen Gould ou Wilhelm Kempff; soit L’Art de la fugue, par Zhu Xiao-Mei. La musique de Bach, comme la morphine, me soulageait. Elle faisait plus que me soulager: elle liquéfiait toute tentation de plainte, tout sentiment d’injustice, toute étrangeté du corps. Bach descendait sur la chambre et le lit et ma vie, sur les infirmières et leur chariot. Il nous a tous enveloppés. Dans sa lumière sonore chaque geste s’est détaché et la paix, une certaine paix, s’est installée. Un poème de John Donne, …, prenait sens: «Il n’y aura ni nuage ni soleil, ni obscurité ni éblouissement – mais une seule lumière. ni bruit ni silence – mais une seule musique. Ni peurs ni espoirs – mais une seule possession. Ni ennemis ni amis – mais une seule communion. Ni début ni fin – mais une seule éternité.» Le changement du pansement pouvait commencer. …» (p. 265)

Lançon, Philippe / Le lambeau / Paris, Gallimard, 2018 / 510 pages

 

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