Le charme n’a pas opéré cette fois

20 janvier 2020

J’avais gardé de mes lectures de Jean ONeil d’agréables et séduisantes impressions. Je pense, entre autres, à Cap aux Oies (1980), à L’île aux grues (1991, à Géographie d’amours (1993). Cela remonte à quelques décennies évidemment.

Je pensais revivre de semblables climats en abordant Une autre île d’Orléans (2006). Mais cette fois, le charme n’a pas opéré. Je me suis même contrainte à compléter la lecture pour aller à la rencontre de l’étincelle que je n’ai pas trouvée.

Toutefois, la lecture n’est pas sans intérêt. Mais j’attendais beaucoup plus. J’aurais aimé être à nouveau séduite.

Il faut tout de même que je dise que j’ai été soufflée par le 21e récit de ce livre, récit intitulé Saint-Jean (pp. 147-155). Jean O’Neil y raconte l’implantation des Allemands dans l’Île d’Orléans vers 1913 dans le cadre d’un important projet de développement industriel. Les Allemands y installent une usine, une voie ferrée et un port. Toutefois, dans un climat de guerre appréhendée, les soupçons naissent.

«(…) Le service d’espionnage en eut vent. La pointe de l’île, c’était important pour les Allemands… On voit venir les bateaux de loin, à 15, 20 milles quand il fait beau! On peut les voir descendre à son aise. Les manufactures de Saint-Jean n’eurent pas la vie longue. Les Allemands furent sommés de faire leurs valises (…).» (p. 155) Dans l’une d’elles, on retira «de superbes cartes toponymiques de l’île d’Orléans». (p. 155)

Un témoin et acteur de l’époque écrit:

«Et après les dépêches de la guerre qui nous mettaient au courant de certaines mainmises anticipées des Allemands en territoire français, après, (…) la découverte de Tennis Courts qui camouflait des assises de béton armé de quinze pieds d’épaisseur, et servant de base aux grosses «berthas» du kaiser, j’ai pu comprendre les desseins qui se cachaient sous le parquet renforcé de l’usine de Saint-Jean, à l’Île d’Orléans comme étant l’endroit idéal d’où il fut possible sans être repéré, de dévaster de fond en comble, en moins d’une heure, la ville de Québec et toute sa citadelle. Par le même courrier… m’arrivait l’évidence des intentions préméditées de l’invasion du Canada par l’Allemagne, au moyen d’un port accessible au coeur du pays même en hiver, et d’un chemin de fer qui y mènerait, mais que la tragédie de Sarajevo n’avait pas laissé le temps de parachever.» (p. 155)

Jean O’Neil conclut ce récit en ces termes:

«Voilà comment, le 28 juin 1914, un Serbe (…) sauva Saint-Jean et l’île entière d’un sale avenir industriel et lui assura sa pureté géorgique pour des siècles à venir.» (p. 155)

Le choc historique de ce récit s’est substitué à la séduction littéraire du livre.

Source :

O’Neil, Jean / Une autre île d’orléans récits /  Outremont (Québec), Éditions Libre expression / 2006 / 238 pages.

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