La fin du monde dure 10 minutes

26 avril 2020

La lecture de La fin du monde dure 10 minutes, texte de Dominic Champagne paru dans L’Actualité, est bouleversante. C’est un texte qui, pour moi, est sublime.

On y rencontre

Un fils contraint de se soumettre au protocole prescrit pour se rendre au chevet de sa mère en fin de vie;

Un fils brimé par le harnachement de couches de protection et par le chronomètre qui dicte son temps de présence auprès de sa mère mourante;

Un fils qui se noie dans «ses beaux yeux bleus pleins de lumière»;

Un fils qui lui dit son amour:

«(…) Je serre doucement sa main, et dans un sourire qui a les larmes aux yeux, je finis par lui dire que… je suis là… et que… je l’aime… et que je suis plein de son amour, de cet amour débordant qu’elle a toujours eu pour moi, que je me suis tellement senti aimé, qu’elle a eu une vie si remplie de cet amour, de tous ses amours, qu’elle peut être fière de ça, d’avoir tant aimé toute sa vie, si généreusement, et d’avoir été tant aimée, (…)» «Y a-t-il quelque chose de plus grand, de plus noble, de plus puissant que l’amour d’une mère?»;

Un fils qui nous raconte sa mère:

«(…) ma mère était une immense magasineuse, ça a été, après son homme et ses enfants, la grande passion de sa vie, (…).»; Ma mère était «une grande fumeuse (…)»;

Un fils qui sait dire l’implication des gens qui travaillent au «royaume des morts»;

Un fils poète:

«Au cœur de cet instant, comme au cœur de l’arbre où se trouve la branche, où se trouve le nid, où se trouve l’oiseau, où se trouve le cœur de l’oiseau, il n’y a rien de plus précieux que le temps d’aimer»;

Un fils d’une vaste culture qui fait des liens historiques entre notre monde et celui d’Ulysse:

«Les Grecs du temps du miracle qui a donné naissance au théâtre et à la démocratie disaient que le tragique, c’est la capacité de savoir se tenir debout au milieu du chaos.»;

Un fils qui se rappelle :

«J’ai vécu dans le ventre de ma mère un épisode de parfaite harmonie avec le monde, un moment où la température, les sons et les lumières, la nourriture et la satisfaction de l’essentiel étaient parfaitement assurés par le corps chaud et plein d’amour qui me portait.

Nos mères nous ont tous fait le présent du paradis. C’est de cette harmonie que nous venons.»

«Et puis vient le jour où on est chassé de ce paradis, et la vraie vie commence, dans un grand cri, le nôtre et celui de nos mères. »;

Un homme qui réfléchit sur l’humain, sur la condition humaine:

«C’est le propre de notre tragique condition que de vivre notre vie dans la déchirure et la nostalgie de ce retour à l’harmonie, au paradis, comme Ulysse rêve de retrouver sa maison et son pays, et le jardin que son père lui a appris à aimer. Et nous allons, errant, quelque part entre la nostalgie d’un passé révolu et le désir d’un nouveau monde à venir.».

Un texte qui aide à s’adapter à la présente réalité, qui invite à décoller le regard de nos petites habitudes, qui rappelle l’essentiel. Un texte à lire, à relire, à approfondir, à méditer. Un texte plein, à recevoir dans le silence.

Pourtant, que Dominic Champagne me pardonne, j’avais besoin de décortiquer ce texte pour en absorber tout le sens, la richesse et la portée.

«Regarde la lumière et admire sa beauté, ce que tu as vu n’est plus et ce que tu verras n’est pas encore.» (Léonard de Vinci)

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Source:

La fin du monde dure 10 minutes / L’ Actualité

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