Il y a des degrés dans la sévérité du confinement

8 mai 2020

Oui, la frustration engendrée par la pandémie touche tout le monde, mais, là comme ailleurs, l’égalité est inexistante.

Un exemple:

Une de mes connaissances vit dans une résidence pour aînés depuis plus de six mois. Cette personne est aveugle et souffre d’une surdité sévère. Elle est confinée à sa chambre 24 heures par jour sans être alitée (covide 19 oblige). Son unique activité est la lecture en braille. Or, depuis plus d’une semaine, elle a épuisé les ressources de lecture à sa disposition. Elle m’a contactée et j’ai senti son désarroi. La BANQ étant fermée, aucun livre ne circule depuis le début de la pandémie. Touchée par cette détresse, je lui ai fait parvenir huit volumes en braille dont j’avais complété la lecture. Comme les volumes ne lui étaient pas parvenus après plus de huit jours, je téléphone à la résidence pour leur demander de vérifier si les volumes étaient sur place. J’apprends alors que la résidence n’acceptait aucun courrier depuis le 16 mars. Je contacte poste Canada qui me précise que le courrier refusé par certaines institutions est stocké jusqu’à la fin de la crise. Donc, ce résident sera sans lecture pendant…

Avant d’apprendre cet état de fait et pour tenter d’alimenter ce lecteur, j’avais alerté la bibliothécaire du SQLA (Services québécois du livre adapté), tenté de rejoindre d’autres lecteurs de braille pour leur demander de faire suivre les volumes en braille dont ils avaient complété la lecture dans le but de soutenir le moral de ladite personne. J’apprends aujourd’hui que tout cela a été vain.

Entre la frustration de ne pas pouvoir aller marcher, faire ses courses, magasiner, voir ses parents et amis, etc. etc. et vivre dans une immense solitude dépouillé de ton unique accès à un monde imaginaire et de connaissance, il y a une inégalité profonde qui me brise le coeur.

Ayons au moins la décence de moduler nos frustrations, de les relativiser et même de les taire un peu. Soyons davantage conscients qu’il y a tant de situations plus pénibles que la nôtre. Apprécions davantage ce que la vie nous offre même en ces temps très difficiles.

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