David Foenkinos

11 septembre 2019

C’est ma première lecture signée David Foenkinos: Charlotte.

La structure du discours frappe d’emblée:  phrases courtes, chacune commande un retour à la ligne, assez souvent sans verbe.

Exemples:

«Un intellectuel rigide, amateur d’art et d’antiquités.» (p. 15)

«Le lieu secret de sa noirceur.» (p. 165)

Ou alors, avec ce genre de césure:

«Dans la nuit noire, sans témoin, elle saute.
Sans la moindre hésitation.» (p. 16)

Ce découpage est constant. Il a quelque chose de photographique: une succession d’images, me semble-t-il.

«Le tout se présente sous la forme particulière d’un long poème en prose, constitué d’une seule phrase par ligne», lit-on dans Le Devoir.

On y ajoute que «l’auteur n’hésite pas non plus à se mettre en scène».

Je confesse que l’intervention personnelle de l’auteur me gène. même s’il témoigne de sa passion pour le sujet.

Le contexte dans lequel se situe la vie de Charlotte et de sa famille (la montée du nazisme et la guerre) fait désespérer de l’humanité. Et pourtant… Il y a l’exutoire de l’art.

J’ai toujours eu beaucoup de mal à m’exposer à la violence et à la cruauté. Les images recueillies s’imprègnent et me font mal. Je préfère éviter. Oui, je sais, cela existe et ce livre en témoigne.

La dernière image du livre.

Charlotte est enceinte. Elle vient d’être séparée de son mari.

«Sur le bâtiment, on peut lire qu’on va prendre une douche.
Il faut mettre les vêtements sur un crochet.
Une gardienne s’époumonne.
Surtout, retenez bien le numéro de votre porte-manteau.
Les femmes mémorisent ce chiffre ultime.
Et entrent dans l’immense salle.
Certaines se tiennent la main.
On ferme alors les portes à double tour, comme dans une prison.

La nudité sous une lumière glacée creuse les corps.
On remarque Charlotte avec son ventre.
Au milieu des autres, elle ne bouge pas.
Elle semble s’extraire du moment.

Pour être là.» (p. 211)

L’odieuse suite n’a pas besoin d’être racontée, c‘est le lecteur qui la voit en abordant l’épilogue.

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David Foenkinos / Charlotte / Paris: Gallimard,  2014  / 219 pages

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