Un coup de cœur – retour sur un livre en neuf billets

5 janvier 2018

Quatrième billet : Contrôler… mais quoi? Mieux fonctionner sans contrôle?

Contrôler… mais quoi?, pages 39 à 51 :

«Ce n’est pas la vie que nous devons apprendre à contrôler, c’est la conscience de nous-mêmes et de notre monde intérieur!» (p. 39)

«(…) le seul moment où je peux changer quelque chose à ma vie se situe dans l’instant présent, l’instant que je suis en train de vivre. Avant cela, c’est trop tard. Après, c’est de la musique d’avenir.»  (p. 41)

«Il y a tellement de troubles psychologiques dont l’origine provient du manque de conscience de soi-même dans l’instant présent, de l’incapacité à se sentir exister ici et maintenant. La plupart des troubles anxieux, (…) sont explicables par une projection de nous-mêmes dans le futur, de nos problèmes ou de nos peurs, mais sans y anticiper de solutions. (…) Nous nous retrouvons alors devant un avenir qui ne peut être que sombre et menaçant, et dont notre force et notre courage ne font pas partie.» (p. 43)

«(…) la seule chose que nous pouvons véritablement apprendre à contrôler est notre état de conscience dans l’instant présent. C’est cela qui nous rend pleinement performants.» (p. 45)

«Je pense que le plus grand risque de l’existence n’est pas de se lancer dans des sports extrêmes, mais bel et bien d’accepter la vie comme elle est, en fonctionnant comme nous l’avons toujours appris et en continuant à dormir dans les habitudes et les certitudes que nous appelons à tort réalité.» (p. 46)

«Les technologies modernes nous permettent de nous connecter aux habitants du monde entier, mais nous avons oublié l’importance de nous connecter à nous-mêmes.» (p. 47)

«Plutôt que de nous battre pour conserver la maîtrise de notre quotidien, nous pouvons nous mettre à utiliser les moments extrêmes de notre vie, comme une démarche initiatique, une sorte de voie spirituelle, à travers laquelle c’est clairement la relation avec notre être profond, notre âme, que nous allons chercher.» p. 51

«Pour s’épanouir dans l’existence, il faut se frayer un chemin ente maladies et accidents, guerres et catastrophes naturelles, licenciements et mises à la retraite, conflits et deuils. Notre éducation, pour cela, ne nous apprend qu’à tenter de lutter contre la vie et à chercher à en éviter les dangers. Elle ne nous apprend plus assez l’importance de la responsabilité individuelle, de la prise de décision, de la gestion du risque. Elle nous coupe de notre aspiration philosophique et spirituelle, mais elle ne pourra empêcher personne d’explorer son monde intérieur, quel qu’en soit le moyen.» p. 51-52

Mieux fonctionner sans contrôle?, pages 53 à 79 :

«Nous vivons généralement la perte de nos repères et habitudes comme une catastrophe. Une situation de rupture ne peut-elle pas être aussi l’occasion qui nous oblige à chercher au fond de nous-mêmes des solutions et des réponses que nous n’avons encore jamais apprises?» (p. 53)

Bertrand Piccard se confie :

«Le Delta m’a plus directement orienté vers la psychiatrie et la psychothérapie. Je ressentais le besoin d’appliquer professionnellement ce que j’apprenais en vol. L’intensité des moments de conscience et de lucidité que je découvrais sous mon aile, le degré de performance que je pouvais atteindre grâce au contrôle de mes réactions dans l’instant présent, l’aisance face aux pires moments de stress, je pensais que c’était justement cela qui manquait aux patients. (…) Je comparais les crises de l’existence à des turbulences, des trous d’air ou des orages qu’il faut être capable de traverser en force. À partir de là, j’entrevoyais la psychothérapie comme l’opportunité de développer les capacités de conscience de mes patients pour les aider à gagner en contrôle et en performance dans les moments acrobatiques de leur parcours. Il m’a fallu attendre de devenir pilote de ballon pour réaliser à quel point l’efficacité du contrôle a ses limites…» (pp. 53-54)  «Ce que l’aile Delta m’avait enseigné ne suffisait pas (…)» (p. 55) «Un vol en ballon est, à l’image de la vie, une permanente gestion de crise!» (p. 56)

«(…) l’aventure est une crise qu’on accepte, la crise est une aventure qu’on refuse. Et il est à chaque instant possible dans notre vie de décider si la rupture qui nous arrive est là pour nous détruire ou au contraire pour nous faire évoluer, nous forcer à trouver en nous des ressources dont nous ignorions jusqu’à l’existence.» (p. 60)

«(…) notre peur viscérale de l’inconnu est à l’origine d’une majorité de nos souffrances et (…) notre volonté de contrôle par manque de confiance et d’intuition nous fait souvent manquer les cadeaux de l’existence.» (p. 62)

«(…) ces tempêtes qui soufflent parfois sur notre tranquillité, (…) ne sont peut-être pas toutes destinées à nous engloutir. Elles peuvent au contraire nous stimuler à développer nos forces créatrices face au destin, nous obliger à apprendre un certain détachement, une remise en ordre de notre sens des valeurs, voire une indépendance ou une responsabilité accrues vis-à-vis nous-mêmes.» (p. 64).

«Je croyais qu’on ne pouvait être performant qu’en apprenant à tout contrôler dans l’instant présent et face au vent. J’ai compris alors que la perte de contrôle pouvait déboucher sur une performance beaucoup plus élevée, une conscience de soi-même, dans la vie, encore plus durable.» (p. 64)

«Bien sûr qu’il faut nous battre pour changer ce que nous pouvons changer. Mais le reste? Tout ce qui se trouve hors de notre contrôle? Plutôt que de le subir, il faut apprendre à l’utiliser à notre avantage, à l’amplifier même parfois, pour permettre à une nouvelle situation a priori bloquée de déboucher sur un résultat inattendu. Mais comment trouver le juste milieu entre stress et fatalisme?» (p. 65)

«(…) si nous regardons l’ensemble de notre passé avec lucidité, combien de fois les choses se sont-elles déroulées comme nous l’avions envisagées? Combien de fois les vents de la vie nous ont-ils permis d’obtenir exactement ce que nous voulions? Soyons honnêtes et considérons nos succès autant que nos échecs. Même nos succès ont parfois été imprévus! Tant que nous n’avons pas la conscience que nous traversons l’existence, poussés par des forces que nous ne maîtrisons pas, nous essayons de nous battre contre les éléments, contre les vents.» (p. 65)

«Mon Dieu, donnez-moi la force de changer ce qui peut être changé, le courage d’accepter ce qui ne peut pas l’être et la sagesse pour distinguer l’un de l’autre». (Prière de Marc Aurèle, empereur romain) (p. 66)

«Avant de réagir, il faut apprendre à marquer un temps d’arrêt, même très court, pour stimuler sa conscience de la situation et de se demander si les conditions requièrent d’aller avec ou contre l’agression, (…)» (p. 78)

«C’est sans doute cette crainte de devenir fataliste qui explique les innombrables situations où nous gaspillons notre énergie à tenter désespérément de changer ce qui ne peut pas l’être. Et cela, ça s’appelle le stress… Le stress n’est pas le contraire de la sérénité, mais le contraire du fatalisme.» (p. 78)

4/9

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PICCARD, Bertrand, Changer d’altitude Quelques solutions pour mieux vivre sa vie, Stock, Paris, 2014, 301 pages.

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