Un coup de cœur – retour sur un livre en neuf billets

4 janvier 2018

Troisième billet :  Prisonniers des vents de la vie

Prisonniers des vents de la vie, pages 25 à 37 :

Dès le premier paragraphe de cette section du livre, Changer d’altitude le décor est planté et une question interpelante est posée.

«Quels que soient nos rêves de bonheur et nos espoirs de succès, les événements que nous rencontrons dans la vie, comme des vents plus ou moins turbulents, nous prennent par surprise et nous entraînent vers l’inconnu. Notre peur de perdre le contrôle nous pousse alors à construire des certitudes, à résister aux changements qui nous sont imposés et à nous battre pour obtenir ce que nous voulons. Cela nous rend-il plus heureux?» (p. 25)

Voilà une grande question. A-t-on envie de s’y arrêter pour tenter de répondre?

Après avoir énoncé, en s’émouvant, les attentes de l’enfant et de ses parents à l’égard de la vie, l’auteur se désole qu’elles soient en totale inadéquation avec la réalité de la vie». (p. 25)

Une succession de questions nous invite à réfléchir avec l’auteur.

Le ton adopté crée un véritable dialogue, un lien très engageant. Par des exemples concrets, «les vents de la vie» sont énumérés. Ils «surviennent à l’improviste (…), nous prennent par surprise, (…), nous entraînent vers l’inconnu. (…) Il faut souvent si peu pour que tout bascule.» pp. 27-28)

Vient un rappel que nous entendons mais que nous n’intégrons pas toujours en profondeur : «(…) la responsabilité n’est pas liée à la situation dont nous héritons, mais à ce que nous allons en faire! Ne pas comprendre cette première règle» ajoute l’auteur, «est une auto-condamnation à une vie de lamentations et de frustrations.» Du même souffle, l’auteur dit qu’il «ne voit pas comment nous pourrions être responsables de ce que l’existence nous fait subir» mais nous affirme «pleinement responsables de notre manière de réagir.» ( p. 28)

«Contrôle, force, vitesse (…) sont les outils que nous recherchons dans notre société occidentale. (…). Nous apprenons à lutter pour obtenir ce que nous voulons, à résister pour éviter le reste. La volonté et le courage deviennent les qualités primordiales pour vaincre les obstacles, traverser les turbulences; la force et le contrôle pour tenter de rendre notre avenir conforme à nos désirs. Et la vitesse aussi, bien sûr, car le plus tôt sera le mieux. Nous apprenons à nous comporter comme si tout dépandait de nous seuls (…). Cela faisant abstraction de l’imprédictibilité des vents de la vie.» (p. 29)

«Il n’y a plus de place dans notre société pour l’incertitude (…) depuis que les adeptes de Descartes ont estimé que la raison pouvait tout expliquer.» (p. 30)

«On dit que la nature a horreur du vide, mais (…) c’est l’être humain qui a horreur du vide, et qui veut à tout prix remplir tous ses doutes par des explications. Nous oublions que l’interrogation est porteuse d’ouverture pour le coeur et l’esprit (…)». (p. 30)

«Nous vivons comme si la mort n’existait pas et bannissons de nos pensées ce que nous ne voulons pas envisager». (p. 31)

Une autre vérité qu’il faut faire sienne à plusieurs niveaux.

(…) nous construisons petit à petit notre zone de confort. (…) Elle contient notre façon de penser, de nous comporter, d’entrer en relation avec notre environnement. C’est notre vision de la vie, du monde, des autres et de nous-mêmes. Elle devient la meilleure chose que nous ayons réussi à bâtir avec les outils que la vie nous a donnés à notre naissance et les expériences que nous avons faites depuis lors. C’est en même temps notre force et notre faiblesse. Elle nous aide à tenir debout, certes, mais représente en réalité notre seule façon de fonctionner. (…) Involontairement, nous payons notre sécurité illusoire au prix fort, car nous ne sommes pas prêts pour le moment où les vents de la vie se mettrons à souffler dans une autre direction.» (pp. 31-32)

Tellement juste, ce regard, cette analyse et cette réflexion.

Bertrand Piccard élabore en suggérant de modifier des approches dans l’éducation des enfants, entre autres.

3/9

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PICCARD, Bertrand, Changer d’altitude Quelques solutions pour mieux vivre sa vie, Stock, Paris, 2014, 301 pages.

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