Après Sapiens, Homo deus

29 août 2021

Yuval Noah Harari signait une seconde somme en 2017: Homo deus Une brève histoire du futur, précédée de Sapiens Une brève histoire de l’humanité, parue en français en 2015.

«Sapiens retraçait l’histoire de l’humanité. Homo Deus interroge son avenir.» (Quatrième de couverture)

Ce second important ouvrage de Yual Noah Harari, Homo deus, se développe en trois parties et 11 thèmes:

1re partie: Homo sapiens conquiert le monde (pp. 85-173)

L’auteur se penche «sur la relation entre Homo sapiens et les autres animaux pour essayer de comprendre ce que notre espèce a de si particulier. (…)» (p. 79)

2e partie: Homo sapiens donne sens au monde (pp. 173-303)

Ici, l’auteur examine «le monde bizarre qu’Homo sapiens a créé au cours des derniers millénaires, et le chemin qui nous a conduits à la croisée des chemins actuelle. (…)» (p. 80)

3e partie: Homo sapiens perd le contrôle (pp. 303-455)

L’auteur y «décrit notre délicate situation actuelle et nos futurs possibles. (…)» (p. 80)

Mais Harari présente d’abord Le nouvel ordre du jour humain qu’il décrit en plus de 70 pages. (pp. 11-84)

Cet ouvrage particulièrement riche en informations et réflexions, je devrais le relire avant d’oser en parler. Si je le fais tout de même, c’est pour vous inviter à le fréquenter. Il y a matière à ouvrir les yeux, à élargir les horizons et à approfondir la pensée.

Au cours de la lecture, j’ai relevé des propos qui m’ont particulièrement touchée. L’auteur me permettra sans doute de le citer car mon intention est de respecter sa parole et de la faire rayonner.

Dans ce premier billet, je m’attarde sur la partie introductive du livre intitulée: Le nouvel ordre du jour humain.

Dans le deuxième billet qui va suivre, je survole le corps du texte qui en est le coeur: Homo sapiens conquiert le monde… donne sens au monde… perd le contrôle.

Le nouvel ordre du jour humain

Pendant des milliers d’années, «Ce sont les trois mêmes problèmes qui ont préoccupé les habitants (…) la famine, les épidémies et la guerre. (…)». (p. 11)

«À l’aube du troisième millénaire (…) l’humanité se réveille sur un constat stupéfiant. (…) au cours des toutes dernières décennies, nous avons réussi à maîtriser la famine, les épidémies et la guerre. (…) les forces incompréhensibles et indomptables de la nature sont devenues des défis qu’il est possible de relever. (…)» (p. 11)

«Il est probable qu’à l’avenir de nouvelles grandes épidémies ne continueront de mettre en danger l’humanité que si celle-ci les crée au service d’une idéologie implacable. L’ère où l’humanité était démunie face aux épidémies naturelles est probablement révolue. Mais il se pourrait bien qu’on finisse par la regretter.» (p. 24)

«Le mot «paix» a pris un sens nouveau. Les générations antérieures envisageaient la paix comme l’absence temporaire de guerre. Aujourd’hui, la paix, c’est l’invraisemblance de la guerre.» (p. 26)

«…) la valeur suprême de la culture contemporaine: la vie humaine.» «Au XXIe siècle, les hommes risquent fort de viser l’immortalité.» (p. 32)

«Le second grand projet à l’ordre du jour de l’humanité sera probablement de trouver la clé du bonheur.» (p. 41)

«Le droit à la pourssuite du bonheur, initialement envisagé comme un frein à la puissance de l‘État, c’est imperceptiblement métamorphosé en droit au bonheur, comme si les êtres humains avaient le droit naturel d’être heureux, et comme si ce qui nous laisse insatisfait était une violation de nos droits humains fondamentaux, obligeant l’État à intervenir.» (p. 43)

«(…) – assurer le bonheur de tous – implique de manipuler Homo Sapiens pour qu’il puisse jouir d’un plaisir éternel.» (pp. 54-55)

«Hisser les humains au rang des dieux peut se faire selon trois directions: le génie biologique, le génie cyborg et le génie des êtres non organiques.» (p. 55)

«Le génie biologique part de l’intuition que nous sommes loin de réaliser pleinement le potentiel des corps organiques.» (p. 55)

«Le génie cyborg ira plus loin, et fusionnera le corps organique avec des appareils non organiques, telles que des mains bioniques, des yeux artificiels ou des millions de nanorobots qui navigueront dans nos vaisseaux sanguins, diagnostiqueront les problèmes et répareront les dommages.» (p. 56)

Le génie des êtres non organiques est «Une approche plus audacieuse» qui «consiste à se passer carrément de parties organiques en espérant fabriquer des êtres entièrement non organiques. Les réseaux neuronaux seront remplacés par un logiciel intelligent qui pourrait surfer dans les mondes virtuel et non virtuel en échappant aux limites de la chimie organique.» (p. 57)

«(…) le jour où la technologie nous permettra de réagencer l’esprit humain, Homos sapiens disparaîtra et l’histoire humaine touchera à sa fin. S’amorcera alors un processus d’un genre entièrement nouveau, que ni vous ni moi ne saurions comprendre.) (p. 58)

«(…) L’effort déployé pour améliorer Homo sapiens est susceptible de rendre le monde méconnaissable au cours de ce siècle.» (p. 62)

Voici en quels termes Haari exprime «Le paradoxe de la connaissance »:

«La prédiction selon laquelle au XXIe siècle l’humanité est susceptible de viser l’immortalité, la félicité et la divinité risque de fâcher, d’aliéner ou d’effrayer un certain nombre de gens, (…):

Premièrement, il ne s’agit pas de ce que feront la plupart des individus au XXIe siècle, mais de ce que fera l’humanité collectivement. (…) Deuxièmement, ce tableau n’est pas un manifeste politique mais une prédiction historique. (…) il est loin d’être évident qu’il faille viser l’immortalité, le bonheur et la divinité. Adopter ces projets pourrait bien être une grave erreur. (…) Compte tenu de notre passé et de nos valeurs actuelles, nous risquons cependant de nous lancer dans cette quête même si elle doit nous tuer. Troisièmement, chercher ne veut pas dire réussir. L’histoire est souvent façonnée par des espoirs démesurés. (…) Quatrièmement, et c’est le plus important, cette prédiction est moins une prophétie qu’une façon de débattre de nos choix présents. (…) » (pp. 68-69)

«(…) le propos de la science n’est pas simplement de prédire le futur. Dans tous les domaines, les savants cherchent souvent à élargir nos horizons, nous ouvrant ainsi un avenir nouveau, et inconnu. C’est particulièrement vrai de l’histoire. (…) l’étude de l’histoire vise avant tout à nous faire prendre conscience de possibilités que nous n’envisageons pas habituellement. Les historiens n’étudient pas l’histoire pour la répéter, mais pour s’en libérer.» (p. 72)

«L’étude de l’histoire a pour but de desserrer l’emprise du passé. Elle nous permet de tourner la tête à notre guise, et commencer à repérer des possibilités que nos ancêtres n’auraient su imaginer ou n’ont pas voulu que nous imaginions. En observant la chaîne accidentelle des événements qui nous ont conduits ici, nous comprenons comment nos pensées mêmes et nos rêves ont pris forme, et pouvons commencer à penser et à rêver différemment. Étudier l’histoire ne nous dira pas que choisir, mais cela nous offre au moins davantage d’options. » (pp. 72-73)

«(…) le véritable ordre du jour du XXIe siècle sera bien plus complexe que l’a suggéré ce long chapitre introductif. Pour l’heure, il pourrait sembler que l’immortalité, le bonheur et la divinité soient au premier rang de notre ordre du jour. Mais dès lors que nous serons près d’atteindre ces buts, les bouleversements qui en résulteront nous détournerons peut-être vers de tout autre directions. Le futur décrit dans ce chapitre n’est que le futur du passé: un futur fondé sur les idées et espoirs qui dominent le monde depuis trois cents ans. Le véritable futur – autrement dit, un futur né des idées et espoirs nouveaux au XXIe siècle – pourrait bien être très différent.» (p. 79)

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Voir le message suivant qui relève des commentaires cueillis dans le corps de l’ouvrage.

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Source:

Harari, Yual Noah / Homo deus une brève histoire du futur / Paris, Albin Michel, 2017 / 454 pages

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