Après Sapiens, Homo deus (suite)

29 août 2021

Dans le premier billet, je me suis attardée sur la partie introductive du livre intitulée: Le nouvel ordre du jour humain

Dans ce deuxième billet, je survole le corps du texte qui en est le coeur: Homo sapiens conquiert le monde… donne sens au monde… perd le contrôle.

Première partie : Homo sapiens conquiert le monde (pp. 85-172)

Dans la première partie : Homos sapiens conquiert le monde, la notion de algorithme prend une grande importance. Elle est ainsi définie:

«Un algorithme est un ensemble méthodique d’étapes que l’on peut utiliser pour faire des calculs, résoudre des problèmes et prendre des décisions. Un algorithme n’est pas un calcul particulier, mais la méthode suivie pour faire un calcul.» (p. 97

«Les algorithes domineront le XXIe siècle. Le concept d’algorithme (…) est de loin le plus important de notre monde.» (pp. 97-98)

«Si la révolution agricole a donné naissance aux religions théistes, la révolution scientifique a accouché des religions que j’appellerai humanistes, dans lesquelles les humains ont remplacé les dieux. Alors que les théistes adorent theos (…), les humanistes adorent les humains.» (p. 113)

«Si nous voulons comprendre notre futur, il ne suffit guère de décoder les génomes et de percer les codes à jour. Nous devons aussi déchiffrer les fictions qui donnent sens au monde.» (p 169)

Deuxième partie : Homo sapiens donne sens au monde (p. 171-302

«Au XXIe siècle, nous avons créé des fictions plus puissantes et des religions plus totalitaires qu’à aucune autre époque. Avec l’aide des biotechnologies et des algorithmes informatiques, ces religions ne contrôleront pas seulement notre existence minute par minute; elles pourront aussi modeler nos corps, nos cerveaux et nos esprits, et créer des mondes virtuels avec enfers et paradis. Être capable de distinguer la fiction et la réalité et la religion de la science deviendra donc plus difficile que jamais, mais aussi plus vital.» (p. 196)

«Le deal moderne soumet ainsi les humains à une très forte tentation, associée à une menace colossalle. La toute-puissance est là, presque à notre portée, mais sous nos pas s’ouvre l’abysse géant du néant complet. Sur le plan pratique, la vie moderne est une poursuite constante du pouvoir au sein d’un univers vide de sens. La culture moderne est la plus puissante de l’histoire; elle ne cesse de rechercher, d’inventer, de découvrir et de croître. En même temps aucune autre culture n’a été davantage en proie à une angoisse existentielle.» (p. 221)

«Ce chapitre» (le 6e) « traite de la quête moderne du pouvoir. Le suivant examinera comment l’humanité s’est servie de son pouvoir croissant pour glisser à nouveau du sens dans le vide infini du cosmos. Nous, modernes, avons en effet promis de renoncer au sens en échange de pouvoir, mais il n’y a personne ici pour nous rappeler à notre promesse. Nous nous croyons assez malins pour profiter de tous les bénéfices du deal moderne sans en avoir à payer le prix.» (p. 221)

«Le crédit est la manifestation économique de la confiance.» (p. 223)

Troisième partie: Homo sapiens perd le contrôle (pp. 303-428)

À La section La classe inutile (p. 342-352), l’auteur pose la question suivante et élabore:

«Que faire des surnuméraires? Ce pourrait bien être la question économique la plus importante du XXIe siècle. Que feront les hommes conscients le jour où nous aurons des algorithmes non conscients, capables de presque tout faire mieux que nous?» (p. 342)

«Au XXIe siècle, nos données personnelles sont probablement la source la plus précieuse que la plupart des humains puissent encore offrir, et nous les donnons aux géants de la technologie en échange de services de messagerie et de vidéos de chats.» (p. 366)

«L’humanité moderne est malade de la (…) phobie de passer à côté de quelque chose, et même si nous n’avons jamais eu autant de choix, nous avons perdu la capacité de prêter réellement attention à ce que nous choisissons.» (p. 388)

«En ce début du XXIe siècle, la politique est donc dépourvu de grandes visions. Le gouvernement est devenu une simple administration. Il gère le pays, il ne le dirige plus. (…)» (p. 405)

«Ne confondons pas la liberté de l’information avec le vieil idéal libéral de la liberté d’expression. La liberté d’expression a été donnée aux hommes, et protégeait leur droit de penser et de dire ce qu’ils voulaient – dont le droit de se taire et de garder leurs pensées pour eux. La liberté de l’information, en revanche, n’est pas donnée aux hommes, mais à l’information. De plus, cette valeur nouvelle peut empiéter sur la liberté d’expression traditionnelle en privilégiant le droit de l’information à circuler librement plutôt que le droit des hommes à posséder des données et à restreindre leur circulation.» (pp. 411-412)

Et c’est avec ces réflexions que se conclut cette somme riche de considérations à relire, à assimiler et à méditer.

«Compte tenu de tout ce qui se passe dans notre monde cahotique, sur quoi devons-nous nous concentrer? Si nous pensons en mois, nous ferions probablement mieux de nous concentrer sur des problèmes immédiats (…). Si nous pensons en terme de décennies, le réchauffement climatique, l’inégalité croissante et les problèmes du marché de l’emploi passent au premier plan. Mais si nous prenons encore plus de recul, tous les autres problèmes et évolutions sont éclipsés par trois processus liés les uns aux autres:

      1. La science converge sur un dogme universel, suivant lequel les organismes sont des algorithmes et la vie se réduit au traitement des données.
      2. L’intelligence se décuple de la conscience.
      3. Des algorithmes non conscients, mais fort intelligents, pourraient bientôt nous connaître mieux que nous-mêmes.

Ces trois principes soulèvent trois questions cruciales dont j’espère qu’elles resteront présentes à votre esprit longtemps après que vous aurez refermé ce livre:

      1. Les organismes ne sont-ils réellement que des algorithmes, et la vie se réduit-elle au traitement des données?
      2. De l’intelligence ou de la conscience, laquelle est-elle la plus précieuse?
      3. Qu’adviendra-t-il de la société, de la politique et de la vie quotidienne quand des algorithmes non conscients mais hautement intelligents nous connaîtrons mieux que nous ne nous connaissons?»

(pp. 426-427)

Cette sélection subjective de citations extraites d’un ouvrage marquant et interpelant que constitue Homo Deus peut servir de thèmes à de précieuses réflexions, à d’enrichissants échanges et à de vigoureux débats. Il constitue un fer de lance de la pensée histoirique et de l’évolution.

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Source:

Harari, Yual Noah / Homo deus une brève histoire du futur / Paris, Albin Michel / 2017 / 454 pages

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